La Clarté-Dieu
La Clarté-Dieu 

Homélies

8ème Dimanche du temps ordinaire - année A, 26 février 2017, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Is 49, 14-15 / Co 4, 1-5 / Mt 6, 24-34

Isaïe, au nom de son peuple qui subit la déportation et toutes ses conséquences, crie vers le Seigneur : « le Seigneur m’a abandonné ». Souvenons-nous sur la croix, le Christ en pleine souffrance, en plein anéantissement, reprend le cri de son peuple avec le psaume 22 : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ». C’est le cri de tant de souffrants, partout, sur toute la Terre, sur un lit d’hôpital, dans une cellule de prison, en pleine solitude vide, un amour trahi.

C’est alors l’occasion de douter de tout : de Dieu, de soi, les autres. Mais douter n’est pas péché, mais crier sa souffrance. D’abord pour ne pas la garder en soi. Crier sa détresse, c’est l’occasion d’un acte de foi, de confiance. Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné et en même temps, Seigneur aide moi faire confiance.

La réponse de Dieu à Isaïe : Même si une mère abandonnait son enfant, moi je ne t’abandonnerai jamais. Dieu, s’il est un père pour chacun de nous, il est aussi une mère ! Et quand tu nous sommes perdus, avec ce sentiment d’abandon, c’est lui, le Seigneur, qui n’a de cesse de nous chercher pour nous retrouver comme il le fait pour la brebis égarée.

Saint Paul, quand il s’adresse aux chrétiens de Corinthe, ne dit-il pas la même chose ? Les corinthiens, attirés par toutes sortes d’idoles, comme nous aujourd’hui, sont tentés de mal juger les autres et même parfois de mal se juger eux-mêmes ; ils deviennent alors les victimes de leur jugement qui est faussé parce que mal orienté vers une fin qui ne rend pas heureux. Paul leur dit et nous le redit : ne te laisse pas fausser et désorienter par ton seul jugement, par ton seul sentiment. Car ta foi en Dieu est plus grande que ton jugement et que ton sentiment. Dieu seul est capable te rendre justice, c’est à dire d’ajuster ton jugement, ton sentiment et les intentions de ton cœur, au réel de Dieu et des autres.

Il en est de même pour l’Évangile : nous ne pouvons servir deux maîtres à la fois. Nous jugeons parfois le réel à l’aune de ce que nous possédons ou alors de ce que nous ne possédons pas mais que nous voudrions. Nous sommes parfois affairés sans rien faire parce que nos désirs sont mal orientés en étant en quête de ce qui ne nourrit pas pleinement. Le souci excessif ne produit rien de bon : seule la confiance permet de vivre en paix et d’accueillir la vie comme un cadeau. Le but de notre vie est de rechercher ce qui comble : c’est le Royaume de Dieu et sa justice. Cherchons d’abord le Royaume de Dieu et tout le reste nous sera donné en plus. Gratuitement.

Bien sûr, il est de notre devoir de bien gérer notre existence et de ne pas vivre comme un oiseau sur la branche. Mais en même temps, ne vivons pas comme si tout dépendait de nous et en rien de Dieu. Si les soucis que nous avons et qui sont légitimes, nous paraissent parfois insurmontables, n’est-ce pas parce que nous ne comptons uniquement que sur nos propres forces. Or, notre vie consiste à chercher le Royaume de Dieu et sa justice : travaillons donc beaucoup mais comme si tout dépendait de Dieu est en rien de nous. Et en même temps, faisons confiance totalement à Dieu dans l’abandon, comme si tout dépendait de notre bon usage de notre liberté.  Alors oui, dans ces conditions, on peut dire avec le Christ : « chaque jour suffit sa peine ».

Je résume. Travailler et en même temps s’en remettre à Dieu. Exercer notre liberté et s’abandonner à sa grâce car il est une mère pour chacun de nous. Calmes dans la confiance et la foi, dignes de confiance et tendus vers ce Royaume de paix et de justice à construire pour tous et pour la plus grande gloire de Dieu. C’est cela qui rend heureux.

6ème Dimanche du temps ordinaire - année A, 12 février 2017, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Si 15, 15-20 / 1Co 2, 6-10 / Mt 5, 17-37

 

"Dieu qui veut habiter les cœurs droits et sincères" il vient faire sa demeure en ceux qui gardent sa Parole. Saint Paul nous le dit à sa manière : nous sommes le temple du Seigneur. Mais comment garder un "cœur droit et sincère" ?

La 1ère lecture montre que Ben Sirac le Sage n'ignore pas le drame du péché ; mais il fait confiance à la Sagesse. Elle s'offre comme une mère à ceux qui sont disposés à accueillir son enseignement. Dieu nous a créés libres et responsables, et nous avons à choisir : d'un côté la vie en observant les commandements d’amour du Seigneur, de l'autre la mort, à cause de l'orgueil qui les rejette. Si l'homme est libre de ses choix, il n'est pas seul, livré à lui-même. Nous pouvons toujours compter sur la protection du Seigneur. Lorsque la mort physique n'a pu prendre qu'un corps accidenté, usé, vieilli ou malade, elle ne prend rien d'essentiel. Par contre, si elle s'empare d'une vie dominée par la haine, le mépris des autres, la recherche du profit, alors la mort est victorieuse. Elle humilie l'homme et sa liberté ; elle le tue deux fois ; elle prend tout. Beaucoup confondent la liberté avec l’absence de règles morales. Il est difficile de rester vraiment libres devant les séductions de l’argent, du plaisir et du pouvoir. La vraie liberté s’obtient par un combat de tous les jours contre nos tendances égoïstes.

Saint Paul nous invite également à faire "le choix de Dieu". "Ce qui est folie aux yeux des hommes est sagesse de Dieu". C'est dans cette sagesse que nous trouvons la vraie vie. Et c'est l'Esprit Saint qui fait de nous des adultes dans la foi, des êtres capables de dire non à l'esprit de domination. Choisir de suivre le Christ, c’est prendre le même chemin que lui, celui du service, du don de soi, de l'ouverture à Dieu et aux autres. C'est ce qui nous fait reconnaître disciples du Christ.

« Je ne suis pas venu abolir mais accomplir ». L'ancienne alliance était une étape dans la croissance de sainteté. Elle reste toujours valable, mais aujourd'hui nous sommes invités à aller plus loin : "On vous a ditMoi je vous dis…". Obéir à des commandements ne fait pas de nous des "justes", des personnes ajustées à Dieu. La pratique scrupuleuse d'un règlement ne suffit pas à rendre heureux. Il lui faut aussi de la solidarité, de l'amour. Avec le Christ, nous pouvons faire un pas de plus, davantage : « Si votre justice ne surpasse pas celle des anciens… ». Non seulement il faut être juste comme les pharisiens, mais en plus aimer votre frère comme vous-mêmes. L’amour du prochain transfiguré par le Christ. Nous sommes donc invités à choisir, non plus entre le bien et le mal, mais entre le bien et le meilleur, vers ce qui tend vers la sainteté de Dieu. Il n'est plus question d'obligations ou d'interdits. Ce que Jésus attend de nous c'est que toute notre vie soit remplie de l'amour qui est en Dieu : "Soyez parfaits comme votre Père du ciel est parfait !".

Certes, il n’a que Jésus qui peut aimer comme cela !". Il a pardonné à Zachée en le regardant dans son arbre et en s'invitant chez lui. Il n'a pas jeté la pierre à la femme adultère, mais il lui a donné la force de poursuivre sa route. Il a pardonné à Pierre qui venait de le trahir. Il a pardonné à ceux qui le faisaient mourir sur la croix. Il nous a révélé le véritable amour, celui de la brebis perdue ou du fils prodigue…

Ce chemin est exigeant. Que votre oui soit oui, que votre non soit non. Amen et oui, cela revient au même. Si l’on choisit Jésus, tout ce qui ne conduit pas à l’amour doit être abandonné. Si l’on dit Amen à Jésus, c’est cela seul qui compte. Jésus est le Seigneur. Dieu l’a ressuscité des morts. Nous savons qu’il a réussi en Christ. Il nous offre son Esprit Saint qui se déploie dans notre faiblesse pour avancer sur le chemin de son Amour. Toutes les lignes de l’Ancien Testament se rassemblent dans le Christ : c’est lui le fondement de notre Amen à Dieu. Nous n’avons qu’un seul oui, qu’un seul Amen, c’est Jésus lui-même.

3ème Dimanche du Temps Ordinaire - année A, 22 janvier 2017, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Is 8, 23b - 9,3 / 1Co 1,10 – 13-17 / Mt 4, 12-23

 

Voici le début de la vie publique de Jésus. Jean-Baptiste l’a baptisé, il vient d’être tenté dans le désert quarante jours et Jean-Baptiste est emprisonné. Des risques pour tous en cette période trouble. Jésus quitte alors Nazareth, le pays de son enfance et va sur les bords du Lac de Galilée, un véritable carrefour, un lieu d’échange, là où sont entremêlés les diverses religions, de nombreux étrangers et même les païens. Au cœur du danger. Et c'est là qu'il commence son ministère, sur la terre de Zabulon et de Nephtali. Pas à Jérusalem dite pieuse, mais aux frontières, aux périphéries, là où sont des étrangers. Jésus choisit Capharnaüm, ville douanière, étape sur la route de la mer, entre Damas et Césarée-Maritime. Ce sera "sa ville", son port d'attache, son centre de rayonnement.

C’est là que, 700 ans avant, les armées violentes assyriennes détruisent les terres de Zabulon et de Nephtali. Sur ces mêmes rives du lac de Galilée, la population est vaincue, dominée, puis traînée en esclavage. Isaïe console alors le peuple de Dieu en prédisant une grande lumière : la libération de cet esclavage. Ce qui s’est effectivement réalisé. Lumière des lumières, Dieu lui-même vient libérer son peuple.

Dans cet évangile, Matthieu reprend ce texte d'Isaïe. Une façon de nous dire que l'action de Jésus vient accomplir ce qui s’était préparé du temps d’Isaïe. Mais Jésus vient cette fois nous délivrer du véritable esclavage : le péché. “Convertissez-vous, car le Royaume de Dieu est là”. Il est à portée de main, accessible. Suis-je ouvert à recevoir une telle parole qui éclaire ma vie, qui transforme la petite étoile des Mages en une puissance lumière qui me sauve ?

Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu se lever une lumière...”, « tu as prodigué l’allégresse, tu as fait grandir la joie ». Or, cette lumière, c'est le Christ Jésus, le Royaume de Dieu parmi nous.

Oui, dans le chemin de notre propre histoire, nous pouvons constater que des lumières durables sont intervenues dans notre existence ; qu’il s’est opéré des passages des ténèbres à la lumière ; d’un zapping à une unité ; d’une vie sans relief à une vraie paix, une vraie joie -ce qui ne signifie nullement absence de soucis, voire d’événements graves à vivre, à porter, à assumer-.

« Le Royaume de Dieu est tout proche », « Jésus proclamait la Bonne Nouvelle du Royaume, guérissait toute maladie et toute infirmité dans le peuple ». Voilà ce que nous annonce le Christ dans son Evangile. Non seulement il l’annonce, mais il est en acte : c’est lui-même. Chaque fois qu’un malade retrouve la guérison, chaque fois qu’un pêcheur accueille le pardon, chaque fois que quelqu’un qui s’auto justifie se laisse ajuster à la vie de Dieu. Et si notre vie est une marche, une marche vers l’autre, une marche avec des projets, une marche vers l’inconnu, vers les frontières, de manière exposée, elle est aussi une attente active où nous nous laissons rejoindre par l’autre, par les événements, par Dieu également.

Oui, le Royaume de Dieu se fait proche. Il est lui-même la lumière dans nos ténèbres.

  • Là où nous ne pouvions pas rejoindre l’autre, un Autre nous a rejoints.
  • Là où nos ténèbres intérieures étaient un obstacle, une lumière s’est rapprochée pour éclairer notre regard et y donner à reconnaître Celui de Dieu.
  • Là où nous étions paralysés par nos peurs et nos doutes, par nos histoires relationnelles difficiles parfois, par nos blessures, là où tu étais enfermé dans tes filets mortifères, un autre que nous même t’invite à être pêcheur d’homme pour les libérer de les filets qui les enferment.
  • Là où tu étais paralysé, je te ferai délivrer les autres de leurs paralysies.
  • Là où tu étais aveugle et tu ne voyais pas la vie, je mettrai en toi une lumière pour éclairer ceux qui marchent dans les ténèbres.
  • Là où tu étais bloqué dans ta barque, je te mettrai au carrefour des nations pour être un passeur de frontières.
  • Là où tu étais à ton compte, je te ferai partager mon destin et ma mission.
  • Là où tu étais bloqué par ton passé, aussitôt tu te lèveras vers l’avenir que le Christ te propose.

Sur un seul regard qui relève, Jésus appelle : « Venez derrière moi. Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent ». En le suivant, on devient libres et joyeux : libres dans nos rapports aux biens, libres dans nos rapports aux autres, libres dans nos responsabilités. Libres pour témoigner de Celui qui, gratuitement, s’engage avec nous, pour inaugurer un tissu de relations plus vraies et plus lumineuses.

Solennité de la Vierge - année A, 01 janvier 2017, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Nb 6, 22-27 / Ga 4, 4-7 / Lc 2, 16-21

 

Chers sœurs et frères dans la foi, Bonne et Heureuse Année ! Une année qui se termine, et l’année 2017 commence, c'est l'occasion de jeter un regard sur le temps qui s'écoule et de voir comment nous l'employons. C'est un moment où nous avons l'impression de pouvoir arrêter le temps... ne serait-ce qu'un instant, pour bien le regarder et ouvrir notre avenir.

Nous savons bien que ce qui est définitif n'est pas limité au monde qui passe. Les biens du monde transitoire et passager ne sont pas notre seule raison de vivre. Si nous sommes rassemblés ici, en ce moment, c'est parce que nous sommes croyants. Ce qui nous attire ici, c'est la présence du Sauveur, une présence toujours neuve au cœur de nos vies.

Nous sommes donc venus rencontrer le Seigneur, le premier jour de l'année, pour lui dire encore notre attachement, notre foi. Car nous savons que le seul moyen de donner un sens à nos années, c'est de vivre le présent en présence de Dieu, de nous remettre chaque jour à la suite de Jésus, de nous laisser entraîner dans son sillage, afin d'être avec lui dans ce qui a poids d’éternité dans le monde qui passe.

Nous savons que la bénédiction pour les autres n’est jamais sans effet. Tout comme son contraire, la malédiction. Si tout est centré sur le Seigneur, c’est parce que tout bienfait vient de lui : Que le Seigneur te bénisse et te garde ! Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu'il se penche vers toi ! Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu'il t'apporte la paix ! En ce jour où nous nous souhaitons une bonne et heureuse année, il n’y a pas de beau souhait à formuler à ceux que nous rencontrons pour que Dieu nous garde à travers heurs et malheurs. Voilà notre raison d'être en paix. Et c’est le jour de l’année pour prier pour la paix.

Le 1er janvier, qu'on appelait autrefois la Circoncision, est aujourd'hui la fête de Marie, Mère de Dieu. Le texte de saint Paul aux Galates est le seul texte de Paul qui parle de Marie. Dieu a voulu faire de nous ses filles et ses fils. Il nous a choisis comme des enfants tellement unis à lui que nous pouvons l'appeler notre Père. “ Son Fils est né d'une femme… pour faire de nous des fils.” Ainsi, le Fils de Dieu, en devenant Fils de Marie, a fait de nous des filles et des fils du Dieu vivant.

Par elle s'accomplit le grand mystère du Dieu vivant dans notre chair, un Dieu venu partager nos espoirs, nos fatigues, nos limites physiques et même notre mort. C'est par le oui de Marie que Dieu est venu vivre dans notre chair, qu'il a partagé notre condition humaine en devenant notre frère, en partageant à son tour avec nous sa condition de Fils de Dieu. C'est par Marie, finalement, que nous sommes devenus filles et fils de Dieu “par une femme”.

C'est Marie qui accueille Jésus en notre nom. C'est elle qui reçoit le message de l'ange et qui dit oui aux projets de Dieu sur nous. Et par elle, nous sommes devenus sœurs et frères de Jésus, filles et fils de Dieu.

En célébrant l'eucharistie aujourd'hui, unissons-nous de plein cœur à la volonté même de Marie, qui a laissé grandir en elle le projet de Dieu. Que durant cette nouvelle année, nous disions aussi notre oui au Dieu vivant, comme elle a su le faire. En ce début de l'année civile, comme Marie qui méditait tout dans son cœur, nous demandons de quoi sera fait l'avenir. Gardons sa disponibilité et sa confiance. Si nous appartenons à Dieu, nous savons qu’il marche avec nous. Même dans les ténèbres, comme le dit le psaume 22, je ne crains aucun mal.

Homelie du Jour de Noël - année A, 25 décembre 2016, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Is 52, 7-10 / Hb 1, 1-6 / Jn 1, 1-18

 

Dieu s’est fait homme pour que, marchant derrière un homme, ce que nous pouvons, nous parvenions jusqu’à Dieu, ce que nous ne pouvons pas. C’est saint Augustin qui parle de la sorte.

« Au commencement était le Verbe ». « C’est lui, le Fils unique, lui qui est Dieu, lui qui est dans le sein du Père (de toute éternité). C’est lui qui nous l’a fait connaître ».

Les parents, les éducateurs, les enseignants le savent bien : celui qui ne se sait pas aimé a un immense handicap de départ pour aimer à son tour et être fécond dans sa vie. Celui qui se sait aimé, précédé dans cette vie donnée et reçue, peut devenir à son tour plus facilement fécond. Celui qui fait l’expérience d’être enfant, peut devenir plus facilement parent.

Et voilà qu’en ce jour très saint, Dieu se fait Enfant. Il nous dit ce qu’est être enfant de Dieu pour que nous le soyons vraiment ; même si dans nos engendrements humains nous souffrons de ne pas l’être pleinement. Dieu se fait Enfant pour que nous soyons enfants de Dieu et nous le sommes vraiment.

Un Enfant qui naît dans les ténèbres d’une pauvre crèche pour être la lumière du monde.

Un Enfant qui ne peut pas manger du pain et qui est le pain de la vie.

Un Enfant qui ne sait pas marcher et qui est le chemin.

Un Enfant qui ne sait pas parler et qui est le Verbe éternel, la Parole de Dieu.

Un Fils unique pour que nous soyons uniques aux yeux de Dieu.

Un Enfant qui ne sera pas reçu par les siens parce qu’il est la Vérité.

Un Enfant pauvre pour nous combler de sa richesse divine.

Un Enfant qui se laisse aimer pour nous révéler l’amour de son Père pour les bons comme les méchants.

Un Enfant qui va transfigurer la Loi de Moïse en gratuité de l’Amour de Dieu.

C’est une joie immense que cette fête. Ecoutez la voix des guetteurs : tous ensemble ils crient de joie car tous les lointains de la terre ont vu le salut de Dieu. Tout ce qui est éloigné, même en nous, de nous, des autres, de Dieu, toute notre existence voit le salut de Dieu, le bonheur d’un Dieu qui vient Lui-même pour éclairer nos ténèbres et nous révéler notre véritable identité de fils et de filles de Dieu. Saint François dira que c’est la plus grande fête de l’Année liturgique car tout est déjà dans cet Enfant comme le développement de la plante et son fruit sont déjà entièrement dans son germe. Le reste n’est que déploiement logique de ce qui est déjà là. En lui est la vie et la véritable existence d’un Enfant de Dieu vient le lui. Rien de ce qui existe n’existe sans lui et ne se fait sans lui.

Comme ils sont beaux les pas du messager du Verbe fait chair ! Comme ils sont beaux les gestes de celui qui rend témoignage de celui qui vient dans le monde ! Comme ils sont heureux ceux qui naissent de Dieu, de cette vie donnée gratuitement par Dieu, reçue gratuitement par nous. Comme ils sont heureux quand ils la redonnent gratuitement à leurs proches, et à ceux qui sont si loin de notre Dieu qui nous aime ! Oui, comme ils sont beaux ces enfants de Dieu qui deviennent des messagers de cette Bonne Nouvelle qui jamais n’aurait pu être découverte par l’intelligence humaine, ni même pressentie, tant elle est inouïe, c’est-à-dire, jamais entendue, parce qu’aucune volonté d’homme ne pouvait prévoir. Cette Bonne nouvelle est devenue abordable pour tant hommes éloignés de leurs centres, jusqu’à faire pleurer et craquer le plus grand des meurtriers et l’émouvoir pour qu’il vienne à son tour adorer le Fils de Dieu dans la crèche de Noël.

1er Dimanche du temps de l’Avent - année C, 28 novembre 2016, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Is 2, 1-5 / Rm 13, 11-14 / Mt 24, 37-44

 

Le prophète Isaïe, dans la 1ère lecture, voit la Jérusalem nouvelle, l'Eglise du Christ, placée à la tête de toutes les autres montagnes. Toutes les nations afflueront vers elle, elle sera le centre d'où vient la parole du Seigneur. Mettre la transcendance de Dieu au cœur de nos vies, c’est construire l’homme intérieur et remplacer la guerre par la paix : les épées deviendront des socs de charrue et les lances des faucilles pour une paisible moisson. C’est apprendre non plus la compétition mais l’écoute, la miséricorde, la compassion.

Cette prophétie est réalisée, mais à la manière d'un germe. Les lances aujourd’hui, hélas, sont loin d'être transformées en faucilles. La 1ère lecture de cette nouvelle année liturgique nous propose d’avoir un regard profond vers la promesse de cette réalisation. Si cette promesse nous est donnée en germe, elle nous est donnée à faire. Venez, marchons à la lumière du Seigneur. C’est un impératif. Nous ne pouvons pas nous y soustraire.

Paul et les chrétiens de son temps étaient persuadés que le jour du Christ serait imminent. C’est pourquoi il nous invite à sortir de notre sommeil. A passer de la nuit au jour, des œuvres des ténèbres aux œuvres de lumière en revêtant les sentiments du Christ. C’est précisément la démarche baptismale de revêtir le Christ, ses attitudes de respect, de compassion et de pardon. En revêtant aussi les autres de la tendresse de Dieu. Les plus fragiles… Et nous-mêmes aussi… L’art de vivre bien comme le Christ nous y invite.

Notre vie de foi : une marche pour une rencontre. Hâtez-vous, ne tardez pas, il vient à notre rencontre : le voilà bien plus près de nous maintenant. La nuit de l'attente est bientôt finie, le jour est tout proche. Celui où les faibles seront respectés, où les enchaînés seront libérés, où la vraie révolution des cœurs qui se tournent vers Dieu sera effective.

Certes, notre vie humaine se vit dans la fragilité, mais l’important n’est-il de vivre avec un coeur vraiment en éveil. D’attendre le Christ, de désirer sa venue en nos vies. Telle est l’attitude fondamentale du chrétien. Et vivre en conséquence. Sortir de notre sommeil, spirituel par exemple. Vivre notre foi, souvent à contre-courant. C’est vrai combat.

En ce 1er dimanche de l'Avent, pas un mot de Bethléem, mais sur le fait que le Seigneur viendra. A quoi ressemblera cet avènement ? Jésus ne demande rien d'extraordinaire. Rien d’autre, dans notre condition même, que d’être vigilants. D’entrer dans une vraie intériorité avec le Christ Car si l'on va à Dieu, ce n’est pas malgré ou à côté de notre vie concrète, mais par elle. En veillant. Pour accueillir le jour où le Seigneur viendra. Et ce jour, c’est celui de la résurrection du Christ. Chaque fois que nous nous décentrons de nous-mêmes pour se donner aux autres, nous sommes dans ce jour de Dieu. Notre vie est une veille spirituelle, une veille les uns sur les autres, une veille dans toute la nuit de notre vie.

Tenez-vous donc prêts. Car c'est à l'heure où vous n’y pensez pas que le Fils de l'homme viendra. Mais au fait : qu'attendons-nous vraiment ? Paul nous le dit : devenez comme des enfants, au sens fort du terme, devenez ce que vous êtes par le baptême, des enfants de Dieu et ayez avec "Lui" une relation de cœur pour aimer. "Si quelqu'un m'aime, mon Père l'aimera et nous viendrons a lui". L'Avent est le temps du désir d’aimer comme Dieu.

Venez, marchez, rejetez les activités des ténèbres, revêtez le Christ, hâtez-vous, tenez-vous prêts pour "que ton Nom soit sanctifié, que ton règne vienne". Que ces quatre semaines de l'Avent liturgique viennent raviver en nous cette attente active.                             

33ème dimanche Ordinaire- année C, 13 novembre 2016, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Ml 3, 19-20a / 2Th 3, 7-12 / Lc 21,5-19

 

Le Christ est Alpha et Oméga : Alpha comme commencement de toute choses, origine de toute vie et de tout amour, car nous savons que nous venons de Dieu. Christ né dans une crèche, Alpha de notre existence. Christ Oméga comme achèvement et finalité de toute existence ; Christ monté à Jérusalem, mort sur une croix et ressuscité, premier-né relevé d’entre les morts. Nous terminerons dimanche prochain notre année liturgique pour en commencer bientôt une nouvelle. Un monde finit pour accueillir le monde nouveau que le Christ annonce, le jour de Dieu. Nous sommes tendus vers la venue du Christ en son accomplissement, en sa finalité. Le Seigneur est comme un feu. A ceux qui se laissent aimer et toucher par ce feu, il apporte la chaleur, la douceur, mais aussi la guérison. A ceux qui refusent ce feu, comme le dit le prophète Malachie les arrogants, ceux qui commettent l’impiété, ceux-là, ce feu consumera tout ce qui n’est pas de Dieu et pour Dieu, c’est-à-dire, nos péchés.

Face à ce feu d’amour que le Christ est venu révéler, même tout ce que nous considérons comme magnifique tel que ce temple que les disciples admirent, tout cela sera détruit. Mais que restera-t-il alors ?

Que restera-t-il quand passent la vie, les relations et même certaines amitiés qui peuvent aussi disparaître quand elles ne sont pas solides ? Que restera-t-il quand nos amours sont trahis ? Que restera-t-il de ce que nous traversons actuellement ?

  • Ce qui disparaîtra, ce sont les violences qui nous habitent ou celles que nous subissons ; ce sont les combats contre les autres ou contre nous-mêmes ?
  • Ce qui restera ? La naissance du vrai homme qui habite en nous et qui a tant de mal à accoucher, la vérité de nous-même qui se laissera enfin toucher par ce feu d’amour éternel.

Ces textes de la Parole de Dieu nous indiquent ce vers quoi nous allons : tout ce qui, en nous et dans notre humanité n’est pas de Dieu finira comme de la paille dans le feu ; tout ce qui est né de Dieu et trouve en lui sa force se trouvera soulevé par le Soleil de justice qu’est Dieu et que le Seigneur de toute vie viendra l’illuminer. Il nous apportera la guérison, le vrai bonheur, la vraie vie qui a poids d’éternité.

Dans la situation qui est la mienne actuellement, parfois au cœur des drames que je vis, comment je permets de faire advenir un homme intérieur solide et vulnérable, paisible et humble, décentré de lui-même et intérieur ? Comment j’accepte de devenir le témoin de ce feu qui brûle sans consumer, ce feu qui augmente ma liberté quand je m’en approche, ce feu qui m’anime de l’intérieur et me fait devenir un homme nouveau ? Comment j’accepte de travailler à l’édification de cet homme intérieur et de ce témoin du Christ en rejetant tout ce qui conduit au mal, sous quelque forme que ce soit ? Comment j’accepte d’être persévérant dans ce travail, ce qui est le contraire d’être affairé sans rien faire ?

Comme chrétiens, nous osons témoigner de notre unique espérance en la vie plus forte que la mort. Tout ce que nous tissons de liens amicaux, tout ce que nous créons et qui soit de l’ordre d’un amour vrai, évangélique, tout cela -au-delà des souffrances et même de la mort- tout cela a poids d’éternité. Seul l’amour demeure et il demeure pour toujours. Le reste passe comme beaucoup de choses. Seules les relations profondes inscrites dans le Christ, auront ce poids d’éternité que Dieu saura bien, à sa manière, parachever parce qu’en lui elles atteignent leur perfection. Dites à ceux qui vous côtoient et croient que notre espérance chrétienne est un joli conte pour enfants ou pour grandes personnes qui veulent se rassurer, dites que, dans toutes nos relations, quelles qu’elles soient, tout ce que nous aurons bâti avec Dieu, fait par Dieu et aimé pour Dieu, tout cela demeure dès aujourd’hui, et nous pourrons continuer d’en vivre encore plus pleinement pour une éternité d’amour.

Ne nous effrayons pas devant ce qui semble passer et qui est manifesté par tant de troubles et même par les persécutions actuelles auxquelles le Christ lui-même n’a pas échappé. Recherchons plutôt dans nos relations d’aujourd’hui les réalités qui ne passent pas et qui ont poids d’éternité pour que tous les hommes comprendront que le Seigneur seul est Dieu. Ce qui est de Dieu, rien, pas même la mort, ne pourra le détruire. 

29ème dimanche Ordinaire- année C, 16 octobre 2016, Fr Benoît DUBIGEON, Ofm

Ex 17,8-13 / 2Tm 3,14 à 4,2 / Lc 18,1-8

 

Tous les dimanches nous venons à la messe pour prier. Jésus nous demande de prier avec la ténacité de la veuve qui avait obtenu justice. Prier pour tenir dans la foi, pour être en éveil quand viendra le Seigneur. Prier pour l'Eglise, comme Moïse pour Israël. Non seulement parler à Dieu, mais le laisser parler, lui, par Sa Parole, pour ensuite proclamer la Parole à temps et à contretemps.

Homélie :

L'évangile nous invite à prier sans cesse, "jour et nuit". Moïse, les mains levées dans un geste d'imploration, prie toute la journée. Jusqu'au coucher du soleil. Il est en effet convaincu d'une chose : son peuple n’obtiendra son bonheur que de Dieu seul. Et pendant que Josué livre bataille dans la plaine, Moïse prie sur la colline, entouré de deux personnes.

Quand Moïse tient la main levée, Israël est le plus fort. Quand il la laisse retomber, l'ennemi est le plus fort. Or, si Israël dépend de Dieu dans la force de la prière, nous le savons bien, l’action de Dieu ne dépend pas de notre prière. Le pardon de Dieu comme son bonheur nous sont acquis de toute manière ; encore faut-il que nous l’accueillions ! Le soleil peut luire dans le ciel, si je n’ouvre pas les fenêtres de ma maison, ses rayons n’y rentreront pas. La source aura beau sortir pure du rocher, si je laisse cette source être polluée par toutes sortes de mauvaises choses sans la purifier, je ne pourrai y boire.

Nous prions pour que l'injustice n’ait pas le dessus. L’injustice, en effet, est terrible ; je l’ai compris en enseignant ; les élèves supportent beaucoup de choses, mais jamais d’être victimes de l’injustice. Mais si nous prions pour que la justice disparaisse, il faut que notre prière soit accompagnée d’une lutte volontaire contre toutes ces injustices, faire tout ce qui est en notre pouvoir, tel Josué dans la plaine.

Dans l’Evangile, les communautés chrétiennes auxquelles s'adresse Luc sont passées par une crise grave et risquaient de se décourager. Elles pensaient que le Christ viendrait très bientôt établir son Royaume. Or rien ne s'était passé : le Seigneur semble tarder à faire justice. Comme ce juge injuste. Pour nous aussi, le Seigneur semble tarder, tarder à répondre à notre prière. Passe encore qu'il n'écoute pas nos requêtes trop intéressées. Mais quand nous faisons l’expérience, alors que nous prions avec justesse, que Dieu se tait, nous risquons de nous décourager.

Alors Luc rapporte à ses communautés et, bien sûr à nous, l’invitation du Christ à toujours prier sans se décourager. Et de nous dire que cette attente-là, cette espérance tenace, cette prière incessante ne seront pas déçues. Voyez ce juge injuste et cynique qui ne respecte ni Dieu ni les hommes, qui refuse d'entendre une veuve qui demande justice : il finit par céder pour se débarrasser d’elle ! A fortiori, combien plus Dieu qui est juste fera-t-il justice à ses élus qui crient vers lui jour et nuit ! Oui, Dieu ne nous décevra pas : il viendra nous revêtir de Sa justice, il viendra nous ajuster à Sa vie, à son Royaume.

Nous fera-t-il attendre ? Nous croyons bien que oui. Mais Jésus reprend sur un ton solennel : Je vous le déclare, sans tarder je vous ferai justice. En fait, Dieu est déjà intervenu : la résurrection de Jésus est la réalisation pleine et entière de la promesse : la résurrection ajuste toute personne au Royaume de Dieu. Un changement qui est irréversible.

Si tout est déjà fait dans le Christ, tout reste à se manifester. Certes, l'attente de cette manifestation reste difficile, l'usure menace et la tentation de se décourager. Jésus lui-même s’inquiète de cette attente : le Fils de l'homme quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ?

Comme à ses disciples, le Christ nous invite à toujours prier. Prier, c’est aimer. Chacun est invité à aimer du meilleur de lui-même. Chacun est invité à prier du meilleur de lui-même. Aimer est irremplaçable, prier est irremplaçable. Cesser la prière c’est cesser d’aimer. Aimer, c’est louer, remercier, se tenir aux pieds de son maître, l’écouter, donc se taire, ou chanter. Mais c’est parfois crier de toutes ses forces quand la justice est bafouée pour faire monter vers Dieu la clameur de son peuple et lui demander de faire justice, de faire grandir l’amour. Spécialement au moment d'entrer dans sa passion, quand les trois disciples, au jardin de Gethsémani, seront près de flancher, Jésus dit ce qu’il fait lui-même : "Veillez et priez, afin de ne pas entrer en tentation". Comme cette pauvre veuve, crions notre désir, jour et nuit, et gardons notre foi vive.

Seigneur, fais-nous prier sans cesse, fais-nous aimer sans cesse, fais-nous toujours tenir le bâton de la Foi pour accueillir ton Fils, le Ressuscité !

26ème dimanche Ordinaire- année C, 25 sept 2016, Fr Benoît DUBIGEON, Ofm

Am 6, 1a.4-7 / 1Th 6, 11-16 / Lc 16, 19-31

 

Voici l'une des paraboles les plus spectaculaires. Nous sommes au shéol, en enfer, tel que les juifs se l’imaginaient. Le séjour des morts, avec des corps comme le nôtre, avec des doigts, une langue, le feu et l'eau, avec une fournaise d'où le riche peut apercevoir de loin les élus et converser avec son père Abraham.

Inconsciemment, à cause de sa richesse, cet homme s'est fermé le cœur à Dieu et aux autres. L'enfer où il souffre est l’expression de ses choix d'ici-bas. S’il s’était ouvert à l'amour et au partage, il aurait tissé des liens qui auraient eu valeur d’éternité ; mais il a préféré la richesse pour lui à l'amour pour les autres. Et il a creusé en lui et autour de lui un abîme infranchissable.

Le riche de la parabole n'a pas de nom. Comme pour le riche qui demande ce qu’il faut faire pour avoir la vie éternelle et qui s’en va tout triste car il avait de grands biens. Ou comme le second disciple d'Emmaüs dont on ne connaît pas non plus le nom. Dans la parabole de ce jour, on voit bien que le riche était trop rempli de ses richesses pour entr’apercevoir la détresse du pauvre. Il n'a pas tué, il n'a pas volé, il n'a pas commis le mal. Mais au milieu de ses festins, il a oublié une chose importante : il n'a pas vu le pauvre à sa porte. Ou il n'a pas voulu le voir. Ou simplement, il n'en a pas tenu compte.

Le pauvre, lui, a un nom bien défini : Lazare, El'azar signifie Dieu-a-secouru ou Dieu-aide. Le nom, initialement, peut être masculin ou féminin. Il représente celle ou celui qui met toute sa confiance dans le Seigneur et non pas dans la richesse. Car, selon le Magnificat, “Dieu comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides «Et la mission de Jésus, c’est d’envoyer porter la bonne nouvelle aux pauvres. » En particulier, pour réaliser la première béatitude en vue du Royaume : “Heureux, vous les pauvres : le Royaume de Dieu est à vous !”.

Mais pourquoi Jésus préfère-t-il le pauvre ? C'est que touché par le manque, il va à l’essentiel. Privé de l’essentiel des choses de la terre, il se tourne vers l’essentiel des choses éternelles : le Père. Il est déjà prêt à entrer dans le Royaume. Le Royaume où l’on a soif de justice, où l’on met tout son espoir en celui qui “comble de biens les affamés.” Quelle que soit la profondeur de sa détresse et de sa peine, il sait que son Sauveur est vivant, et qu'à la fin, il aura le dernier mot de tout, il sera vainqueur de tout.

La parabole donne donc raison à El'azar, Lazare, cette personne “que Dieu aide”. Elle sait garder confiance. Elle met en Dieu son espérance. Elle est disponible et prête à tout moment à entrer dans la logique du Royaume de Dieu. Elle a la première place sur le sein d'Abraham au festin du Royaume, de la même manière que saint Jean, allongé à table à la droite du Maître, pouvait “se pencher sur la poitrine de Jésus” à la dernière Cène (Jean 13, 25), pour goûter à la présence éternelle de Dieu qui vit en nous plus que nous-même.

Nous avons un nom, notre vraie identité, nous devenons vraiment qui nous sommes quand nous sommes ouverts aux autres et à Dieu, comme ce pauvre Lazare est ouvert à Dieu en s’ouvrant à l’essentiel que Dieu est venu offrir.

25ème dimanche Ordinaire- année C, 18 sept 2016, Fr Benoît DUBIGEON, Ofm

Am 8, 4-7 / 1Th 2, 1-8 / Lc 16, 1-13

 

Pendant cette messe, Jésus nous demande d'être un peu plus malins et de prévoir notre sortie de ce monde en nous faisant de bons avocats avec les pauvres que nous aurons secourus (évangile). Malheur à nous si, cupides, nous exploitons le petit ! (Première lecture). Soyons donc bons. Et n'oublions pas de prier, pendant cette eucharistie, pour tous les hommes, car Dieu veut que tous arrivent à connaître la vérité (deuxième lecture).

Homélie

Amos, au 8ème siècle avant J-C., était un bouvier fruste et simple, mais droit et courageux. Il a le courage de dénoncer le luxe inouï des riches de Samarie, dans le royaume du Nord, et leur malhonnêteté : Vous observez bien les fêtes religieuses, vous augmentez les prix -on se dirait au 21ème siècle et vous écrasez le pauvre ! Vous n'avez que le profit en tête.

Le Seigneur le jure : Jamais je n'oublierai aucun de leurs méfaits ! Ainsi ce texte prépare-t-il la sentence du Christ : "Vous ne pouvez servir deux maîtres, Dieu et l'argent".

Mais dans l’Evangile, l’on est quelque peu troublé de ce que Jésus loue un gérant malhonnête ! Il s’agit d’une parabole. Que Jésus veut-il nous dire ?

Un homme riche avait un gérant qui lui fut dénoncé, parce qu'il gaspillait ses biens. Il le convoque et le renvoie. Sans préavis. Voilà le gérant confronté à la catastrophe. Mais, au lieu de baisser les bras, il réfléchit et il cherche une issue. Il fait falsifier les factures des débiteurs. L’huile est d’ailleurs plus chère à l’époque que le blé. Et voilà les débiteurs gratifiés chacun d'une remise équivalant à une année et demie de salaire de l'époque. C’est énorme… Avec de pareilles ententes, il pouvait être assuré de trouver des personnes pour le recevoir, une fois renvoyé.

Le maître, que l'on peut fort bien identifier à Jésus lui-même, loue le gérant. Non pour sa malhonnêteté. Il l'appelle bel et bien un trompeur, un fils des ténèbres. Sans pour autant approuver l'acte lui-même, il le loue parce qu'il s'était montré très habile. C’est la pointe de cette parabole : quand vous êtes appelés à bien gérer votre vie selon l’Evangile, vous les fils de la lumière, eh bien soyez au moins aussi habiles que lui l'a été pour son avenir matériel, alors qu’il est fils des ténèbres. Il s'est trouvé des gens pour le recevoir. Eh bien, trouvez-vous, vous aussi, des amis acquis à la cause du Christ et de sa Bonne Nouvelle.

Comment ? En employant tous les moyens à faire le bien, spécialement aux plus déshérités qui se feront, eux, vos avocats quand vous aurez à rendre compte de la gestion de votre existence. En donnant de soi car c’est sur tous nos actes de bonté que nous serons jaugés.

Oui, nous sommes invités à nous montrer dignes de confiance dans la bonne gestion de notre existence et celle de ceux dont nous avons la charge, depuis les toutes petites choses jusqu’à celles de plus haute importance. Et la plus importante, que Jésus appelle le bien véritable, c'est notre réussite définitive en Dieu. Il prend alors l’image de l'argent qui est dit trompeur. Trompeur parce que, comme d’autres idoles, il peut nous tromper en nous détournant facilement de Dieu. Il nous donne de fausses assurances et peut nous tromper. Jésus en rajoute : nos idoles, quelle qu’est soient, nous rendent étrangers à nous-mêmes ; nous croyons les posséder, mais ce sont eux qui nous possèdent, tant ils peuvent nous aliéner.

Alors il nous faut choisir : ‘Vous ne pouvez servir deux maîtres’. Les liens qui enchaînent, ces fétiches qui nous hypnotisent, sont incompatibles avec l'amour de Dieu qui rend libre. Choisissons ce qui éveille à une plus grande conscience de soi.

24ème dimanche Ordinaire- année C, 11 sept 2016, Fr Benoît DUBIGEON, Ofm

Ex. 32, 7-11.13-14 / 1Tm. 1, 12-17 / Lc. 15, 1-32 ( 1-10)

 

Le peuple de Dieu était perdu avec ses faux dieux. Paul était perdu dans son radicalisme. Et nous pouvons l’être parfois. Ils le sont ceux qui ont fait l’expérience de n’être pas assez aimés, enfants ou plus tard. Cela nous détruit, cela nous perd. Jusqu’à aujourd’hui.

Au départ de la parabole, nous avons trois personnes, perdues, parce que sans relations et elles en souffrent. Ne voyons pas trop vite le père comme Dieu le Père, mais seulement le père de deux fils. Aucune vraie communication entre eux ; et c’est cela le drame. Et à la fin, nous découvrirons qu’une communication a pu se restaurer, fruit d’une expérience qui a transformé les gens. Prenons donc très au sérieux la communication entre nous car l’absence de communication est mortelle.

Le fils cadet demande et reçoit sa part d’héritage avec le père. Et le père le lui donne, sans discuter. Et le fils cadet fuit au loin sa maison parce qu’il n’est pas en relation. Combien de personnes ne disent-elles pas : « J’ai fui mes parents, j’ai fui la maison, j’y étais trop malheureux… ». Il fuit dans une vie de dissipation car il a faim des relations qu’il n’a pas. Il avait des relations quand il avait de l’argent, mais ce n’étaient pas des relations pour lui, seulement pour son argent. Quand on est malheureux, l’appétit de vivre remplace la joie d’être. Si la joie d’être nous construit, l’appétit de vivre nous dissipe : on remplit, on bourre. Jusqu’à se bourrer le ventre des gousses que mangeaient les porcs. Pour compenser sa souffrance. Et personne ne lui en donnait. Cette souffrance-là, cette souffrance énorme, le fait rentrer en lui-même ; il prend conscience de son manque, de ce qui le fait souffrir. Et voilà le début de son salut. « Des ouvriers chez mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je suis en train de mourir de faim ».

Il décide de renouer la relation et ose revenir. Il faut du courage pour oser renouer une relation. Sans savoir comment son père réagira ; d’ailleurs, il ne le connaît même pas. Mais parce qu’il est au 36ème de sou, il retourne pour vivre et vivre, ça passe par des relations.

Le père maintenant. Il est évident qu’il aime ses enfants. On le voit bien. C’est un homme qui aime ses deux fils mais faute de relation avec eux, il n’arrive pas à être père, même si c’est un homme aimant.

L’aîné : il n’a vu en son Père qu’un patron radin : « Tu ne m’as jamais donné un chevreau pour festoyer avec mes amis ». C’est impossible d’aimer ainsi !

Que va-t-il se passer dans la parabole ? Le père va se mettre en route vers son fils, parce qu’il est touché de compassion, pris jusqu’aux entrailles. Lui aussi ou ce qui va se passer. Mais il est fidèle à ses entrailles et il se laisse pousser par elles. Quand on a eu de grosses souffrances avec des proches, il faut beaucoup de courage pour aller les trouver et parler à partir de ce mouvement en profondeur qui nous habite. On a peur d’être gauche, un peu minable… Or, nous faisons quelque chose d’extraordinaire quand nous osons suivre le mouvement de ses entrailles. C’est cela qui sauve le père. Il se découvre père devant son fils alors qu’il le croyait mort à tout jamais, perdu à tout jamais. Il retrouve son enfant et c’est du vrai bonheur.

En fait, ce n’est pas le père qui retrouve son fils comme le berger retrouve sa brebis. Non, le fils est retrouvé ! Et Dieu donne à ce père son fils qui était perdu. Du coup, le père ose se montrer père. Il a fallu cette séparation si douloureuse pour que le père trouve enfin des mots et des attitudes qui expriment son amour de père à son fils qui était perdu. Ils entrent à nouveau en relation et ça change tout. Il peut y avoir la fête. Car chacun se montre enfin qui il est. De même, voyez comment Jésus nous révèle qui est le Père.

Pour le fils aîné, là aussi, c’est le père qui va faire le premier pas. C’est toujours, toujours, celui qui est transformé qui fait le premier pas. Mais quand on attend que ce soit l’autre qui le fasse, on pourra rester pendant des années avec dans son coeur des sentiments de distance, de rejet, d’inimitié envers l’autre. Puisque le père est transformé parce qu’il est fidèle à ses entrailles, c’est lui qui sort vers son aîné en faisant le premier pas. Et il le prie : il est en demande devant son fils, démarche qu’un patriarche de l’époque ne peut faire d’habitude. Il peut faire cela parce qu’il n’a plus rien à perdre puisqu’il vit d’amour. « Mon enfant, tout ce qui est à moi est à toi ». Il le dit à partir de ce qu’il a de plus profond en lui, c’est-à-dire sa capacité d’aimer. Voilà ce qu’il nous faut cultiver : notre capacité d’aimer ! Retrouver de façon renouvelée notre capacité d’aimer qui a été perdue, enfouie. C’est cela le bonheur !

C’est quoi être sauvé ? Ce n’est pas avoir des croyances mais c’est être en relation vraie, c’est restaurer ses relations quand elles sont perdues ou fragilisées, y compris celle avec Dieu. Car c’est cela qui fait vivre. Les relations existent quand on ose demander à l’autre à partir du meilleur de soi. La vie est heureuse quand on ose demander. Et Jésus enseigne cette belle prière de demande qu’est le Notre Père. « Celui qui aime connaît Dieu ».

23ème dimanche Ordinaire- année C, 04 sept 2016, Fr Benoît DUBIGEON, Ofm

Sg 0, 13-18 / Phm 9b-10.12-17 / Lc 14, 25-33b

 

Le tout pour le Tout

Jésus qui se dirige vers Jérusalem draine avec Lui une foule énorme qui ne se doute pas du chemin qu’elle empreinte. Jésus est honnête avec elle : Il la prévient qu’elle va devoir tout quitter pour le suivre jusqu’au bout. Il place la barre au plus haut au risque d’en désespérer certains, sinon tous.

Il faudra des générations de chrétiens pour faire la distinction entre un idéal humain et l’absolu évangélique. L’idéal est une idée portée à son sommet et si l’on manque à son idéal, cela nous semble impardonnable : chacun est laissé face à ses échecs. Par contre, l’absolu évangélique, c’est l’exigence de l’amour qui impose sa propre loi, qui est personnelle et toujours à la mesure de ce que chacun peut donner de lui-même.

Pour qu’un amour grandisse, il s’agit de quitter. L'homme quittera son père et sa mère pour s'attacher à sa femme, et ils ne feront plus qu’un. Abraham devra quitter sa famille et son pays pour aller vers la terre où coulent le miel et le lait.

De même, Jésus prévient : pour le suivre, il faut tout quitter jusqu’à soi-même. Il ne s’agit pas d’un idéal, mais d’un amour prioritaire. L’absolu n’est pas un idéal, mais une personne : le Christ. On pourra manquer d’amour pour Lui, mais Lui n’en manquera jamais pour nous. Le tout pour le Tout : quitter tout ce qui ne peut que vieillir, quitter ce qui nous sépare de cet amour-là, quitter pour le Tout qu’est Dieu.

Quitter ? mais quitter quoi ?

La 1ère lecture du livre de la Sagesse nous invite à quitter un regard trop humain où notre enveloppe d’argile alourdit notre esprit aux mille pensées. C’est déjà très difficile de regarder avec vérité notre réalité quotidienne à portée de mains, qui plus est la réalité de Dieu qu’on ne voit pas. Le Christ, qui personnifie la sagesse, nous invite donc à quitter un regard trop mondain sur le réel et sur les autres, pour y risquer un regard évangélique, même sur notre éducation, sur les drames de nos vies, sur ce que nous avons subi, ou sur ce que nous avons fait subir aux autres. Laissons-nous connaître par la Sagesse qu’est le Christ.

Devenir chrétien, c’est prendre sa croix. Ce n’est pas devenir maso. C’est quitter un certain regard sur le réel et sur les autres : Onésime, dit saint Paul, tu le regardais comme un esclave, ce qu’il était et tu ne te rends même pas compte qu’il est devenu un homme libre. Parce que, dit saint Paul, « je lui ai donné la vie du Christ ». Porte donc sur lui un regard autre, car il est devenu ton frère. Quitte ton regard de haine, et porte sur ton ennemi le regard de douceur du Christ. Quitte tes ressentiments, tes rancunes, tes jalousies, quel que soit ce que l’on te fait, et deviens chrétien pour revêtir des comportements de non-violence. Préfère aimer comme le Christ que d’aimer comme ta pente naturelle. Cloue sur la croix ton « cher moi », comme disait saint François, pour épouser la manière du Christ de servir, de guérir, de pardonner, de donner sa vie et de donner la vie de Dieu aux autres, afin de les enfanter de la vie même que l’on aura accepté d’épouser, celle du Christ.

Il faut du temps pour cela. C’est pour cela que le Christ demande de s’asseoir pour mesurer les atouts que nous avons avant de bâtir une tour, celle de la préférence au Christ à toute autre valeur, celle de mener la bataille de l’amour contre les nombreuses forces adverses qui seront toujours plus fortes et plus nombreuses que la force évangélique.

Quitter le tout pour le Tout qu’est Dieu, jouer à qui perd gagne : c’est la condition du Chrétien. C’est le risque de sa vie. Tout quitter n’est pas une ascèse héroïque, mais un amour préférentiel du Christ à tous les autres pour servir tous les autres. Nous savons en Qui nous croyons et Qui nous suivons, ici et aujourd’hui !

16ème Dimanche Ordinaire - année C, 17 juillet 2016, Fr Benoît DUBIGEON, Ofm

Gn 18, 1-10a / Col 1, 24-28 / Lc 10, 38-42

Si, dimanche dernier, Jésus dénonçait une pitié sans charité, aujourd'hui il veut nous préserver d'un activisme sans profondeur. La messe n'est pas du temps perdu. Mieux, il nous faut perdre du temps pour Dieu, comme Abraham avait pris du temps de bien recevoir le Seigneur. L'ayant accueilli, nous pouvons le dire aux autres (deuxième lecture).

Homélie

Dans la 1ère lecture tirée de la Genèse, nous est racontée la visite du Seigneur à Abraham et l'accueil empressé de ce dernier. La scène a été choisie comme heureux parallèle à l'évangile de l'accueil de Jésus par Marthe et Marie.

Il y a quelque chose de frais et de grave, tout à la fois, dans cet épisode au chêne de Mambré près d'Hébron. Voyez, chez Abraham, la ferveur dans l'accueil du Seigneur : il court vers les trois hommes, il se hâte vers Sara : Vite, prépare quelque chose ; Abraham lui-même court vers son troupeau pour choisir un veau frais et pour le préparer. Puis, il se tient debout devant les trois hommes pendant qu’ils mangent.

L'hospitalité, l’accueil, c’est sacré. Le voyageur qu’on accueille, c'est le Seigneur lui-même qui passe près de son serviteur. En cette visite, Dieu renouvelle ses promesses : dans un an, ta femme Sara aura un fils ! Abraham, trop vieux, avait perdu l'espoir de ce fils tant attendu. Cette visite, elle va trouver son accomplissement dans une visite plus pleine encore quand Dieu va visiter son peuple en envoyant le Messie, Jésus, le fils tant attendu. Un tel évènement se répète en chacun de nous quand nous savons attendre la promesse et l’accueillir avec empressement, comme Abraham. Dieu frappe souvent à notre porte ; mais sommes-nous chez nous quand il frappe à notre porte ?

Soit dit en passant, le fait que trois hommes viennent visiter Abraham, trois qui sont en fait un seul, nous pouvons y voir la première trace du Dieu unique en trois personnes. L'art oriental a aimé représenter la sainte Trinité par cette scène du repas au chêne de Mambré, et l'icône de Roublev est, sans doute, la réussite la plus belle.

Venons-en à l’Evangile. Jésus est en route vers Jérusalem, vers sa mort et sa résurrection. Il entre dans le village de Béthanie, à trois kilomètres de la ville sainte. Cette fois-ci, c’est Jésus qui visite amis très chers, Marthe, Marie et Lazare. Qu’il est beau de voir que Jésus a des amis, ce bien précieux dans la vie. C’est Marthe qui le reçoit dans sa maison. Avec empressement.

Notre sympathie ne va-t-elle pas spontanément vers Marthe pour son beau service concret alors que Marie laisse sa sœur faire le service toute seule ? Pourquoi Marie a-t-elle choisi la meilleure part ? Comme si la vie des contemplatifs était supérieure à celle des laïcs insérés dans le monde… N’oublions pas l'évangile de dimanche dernier, où Jésus fustige le prêtre et le lévite affairés aux choses de Dieu, au lieu de secourir l'homme tombé aux mains des brigands. N’oublions pas que Jésus lui-même a été charpentier à Nazareth et non contemplatif dans un cloître ? Qu'il a été un missionnaire - actif jusqu'à l’épuisement !

Mais allons plus loin. Marie se tient aux pieds du Seigneur, dans l'attitude réceptive du disciple devant son maître. Elle écoute la Parole du Seigneur. Elle représente en fait toute l'Eglise dont la tâche première est d'écouter la Parole de Dieu pour la mettre en pratique.  Jésus parle à son Eglise. Marie, représentant toute l'Eglise, et donc nous-mêmes, écoute le Christ ; elle lui ouvre son cœur ; elle le laisse entrer dans sa vie ; elle est ouverte à la vraie vie. Marie l’accueille avec empressement, comme Abraham. Et Marthe la met en pratique. Marie, Marthe, comme les deux faces d’une même feuille de papier. C’est notre unique vocation.

Accueillir la Parole de Dieu qu’est le Christ. L’écouter. Avec empressement et transformer cette écoute profonde en gestes de justice, de tendresse, de bonté et de service de nos frères et sœurs.

Prier et travailler.

Accueillir, écouter pour mieux servir.

Bien servir et revenir à l’écoute.

 

14ème Dimanche Ordinaire - année C, 3 juillet 2016, Fr Benoît DUBIGEON, Ofm

 Is 66,10-14 / GA 6,14-18 / Lc 10,1-12.17-20

 

La mission n’est pas réservée aux prêtres, aux missionnaires ou religieux. Dans cet évangile, le Christ s'adresse non pas aux 12 comme l'accoutumée mais à 72 disciples. La mission n'est donc pas le domaine de quelques-uns qui auraient une vocation particulière mais celui de tout chrétien. Tout croyant est invité à annoncer l'Evangile. Car l'Evangile est pour tous.

Regardons comment cet Evangile de la mission est construit. Tout d'abord, le Seigneur appelle des hommes et les envoie deux par deux. Un chrétien n'est pas un prosélyte mais un témoin. Ce n'est pas son discours qui fait témoignage mais c’est son témoignage de vie sa façon d’être en relation avec des frères, qui deviennent parole,: « voyez comme ils s'aiment ». L'Evangile est le fait d'une communauté de foi, de relations évangéliques avec des frères et des sœurs. C’est come cela que le monde connaîtra l'amour de Dieu.

« Il les envoie dans les villes où lui-même devait aller ». Nous sommes comme Jean-Baptiste invités à préparer les chemins du Seigneur et, s’il nous précède, il viendra lui-même transformer, compléter et accomplir tout ce que nous aurons commencé

« Allez ! Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups » : imaginons des agneaux au milieu de loups. À vue humaine, la partie est perdue d'avance, les puissances du mal auront le dernier mot. Mais à vue de Dieu, il en est tout autrement et même l'inverse : notre suite du Christ nous mettra certes face au péché et au mal. Mais nous savons que l’amour du Christ est fort que la haine et la mort elle-même. Et notre présence au monde, dans son humilité sera signe de cette victoire déjà définitive, mais en devenir.

Et voici comment nous sommes appelés à être missionnaires :

« N'emportez ni argent, ni sac, ni sandales » : il ne nous est pas demandé de partir nus, mais dans notre mission repose, non pas sur des moyens trop humains, ni dans des sciences ou des théologies trop savantes, mais sur la seule confiance en Dieu. La simplicité des moyens au service de la présence aimante de Dieu.

« Mangez et buvez ce qu'on vous offrira » : le missionnaire de l'Evangile n'est pas d'abord un bel orateur qui sait convaincre avec ses idées. Il est d'abord une personne de qualité dans ses rencontres du quotidien, dans son accueil et la simplicité de sa vie. Il sait créer des liens au nom de Dieu. Pas de réception évangélique sans annonce. Et pas d'annonce sans la création de liens profonds et de qualité.

« Paix à cette maison » : nous avons là la première annonce explicite. C'est beaucoup plus qu'un souhait. C'est la paix qu’est Jésus que nous transmettons. Saint François, quand il allait dans les villages, commençait toujours par dire aux habitants : « Que le Seigneur te donne la paix ». La paix et la réconciliation sont, avec la charité, les signes que le Royaume de Dieu est proche de la vie des personnes. La paix, c'est rendre possible ce qui est impossible : les tordus de la vie sont regardés comme des personnes, des couples qui se déchiraient acceptent de faire à nouveau un chemin ensemble, un enfant reprend le chemin du regard vers ses parents, les prisonniers sont libérés. Oui, vienne la paix de Dieu.

Le Christ nous met en garde sur nos propres volontés de puissance. Ce n'est ni notre volontarisme ni notre zèle ni la quantité de nos actions qui font avancer le Royaume de Dieu. Mais c'est la qualité de notre relation à Dieu et donc aux autres, cette paix que nous acceptons d'accueillir en nos vies et qui débordera de nous-mêmes, même et surtout sans nous en rendre compte.

« Guérissez les malades »  : la guérison est le signe de la venue du Royaume. Nous ne ferons sans doute aucun miracle, si ce n’est de vivre l'Evangile en acte, en soulageant toute détresse, en aidant, en secourant, en aimant. Alors on pourra dire en vérité : « Le règne de Dieu est arrivé jusqu'à vous, il est tout proche de vous ». Alors la paix, c’est-à-dire l'Esprit Saint, ira reposer sur tous ceux que nous approcherons et dont nous serons compagnons d’humanité.

Je vous envoie. Comme des agneaux au milieu des loups qui n’ont pas peur. N’emportez que votre amour de Dieu. Créez des liens. Dites : « Paix à cette maison » et faites la paix. Guérissez ce qui est blessé… et la Paix sera là !

13ème Dimanche Ordinaire - année C, 26 juin 2016, Fr Benoît DUBIGEON, Ofm

1R 19, 16b.19-21 / GA 5. 1.13-18 / Lc 9. 51-62

 

Dans la première lecture, Elisée est en train de labourer. Elie jette vers lui son manteau. Le Seigneur lui a effectivement désigné Elisée pour lui succéder comme prophète. Dieu envoie et les hommes sont sa voix. Elie lui donne quelque chose de lui-même, son manteau, en signe de passation de pouvoir. Elisée a compris l'appel, mais demande d'aller d'abord embrasser son père et sa mère, par affection.

Dimanche dernier, Jésus nous disait : "Celui qui veut garder sa vie, la perdra..." Aujourd'hui il demande tout. "Ne regarde pas en arrière !" Tout de même, sa demande paraît inhumaine car il est tout naturel d’embrasser son père et sa mère quand on les quitte. Quoi de plus naturel et de beau que cette reconnaissance de ce lien qui nous attache à ceux avec qui nous avons créé et tissé des liens d'amitié et d'amour. 

Elie lui réponds : Va t'en, retourne là-bas, je n'ai rien fait ; comme si Elie retirait son mandat. Mais ensuite Elisée prend l'appel au sérieux et décide de partir à la suite d'Elie, comme un disciple qui partage la vie de son maître, pour se mettre au service de Dieu. L'envoyé dépasse ses propres frontières : il donne bien plus que ce qu'il croyait.

Le Christ nous invite à le suivre où il va. Le suivre sur un chemin où la désappropriation en est la dynamique : " Pas même une pierre pour reposer sa tête !". Partir dans la vie sans esprit de propriétaire. Aller vers Jérusalem, au cœur de notre foi, pour accomplir la Pâque du Christ, ce passage où meurt ce qui n’est pas de Dieu et où germe le bonheur de Dieu. C’est pourquoi les Samaritains ne reçoivent ni les disciples ni le Christ lui-même car c’est pour eux un chemin trop exigeant.

Jésus connaît notre manière de nous donner. Nous donnons mais en gardant un peu pour nous, ce qui nous amène à n’être libres qu’à moitié. Or, dit saint Paul aux Galates, "si le Christ nous a libérés, c'est pour que nous soyons vraiment libres."

Si le Christ nous a libérés, ce n'est pas pour reprendre les chaînes de notre ancien esclavage que sont les fausses contraintes et les angoisses, mais pour être vraiment, effectivement libres. Libres dans toutes nos relations. Libres d’aimer en vérité, comme Dieu nous l’a montré. Libres de répindre à l’appel. Libres de se donner à une mission plus grande que la sienne. Ainsi, je n'obéis plus aux tendances égoïstes de ma nature, mais je vis sous la conduite de l'Esprit Saint.

Que ce ne soit pas chose facile, Paul le sait bien. Il parle d'affrontement, au point que nous sommes empêchés de faire le bien que nous voudrions. Mais si nous nous laissons conduire par l'Esprit Saint, nous devenons ce que nous sommes : vraiment libres... et non plus sujets de la Loi. Et nous serons alors capables d’aimer notre prochain comme nous-mêmes.

"Maître je te suivrai partout où tu iras !" Quelle générosité mais aussi quelle inconscience ! Bien sûr, nous ne sommes pas assez fidèles, mais c’est le Seigneur qui creuse en nous les chemins de la fidélité. Dans le don incessant qu'il nous fait de sa vie, il suscite en nous cette réponse d'amour qui consiste à le suivre partout où il ira, sans savoir où nous irons et où cela nous mènera.

Il ne s'agit pas tant de nous ajuster à Dieu, que de nous laisser ajuster par lui à sa vie pour pouvoir participer à l'œuvre de sa création. Peu à peu, il va construire en nous cette capacité à dénouer les attaches mortifères qui nous retiennent (le fils de l'homme n'a pas où reposer sa tête) pour privilégier notre liberté intérieure au service de l'annonce du Royaume (laissez les morts enterrer les morts !), ce qui est le plus urgent.

En nous désappropriant de nous-mêmes et de tout ce qui nous entrave, nous grandirons dans la liberté du Christ pour le suivre et pour aimer servir son Royaume.

Le Saint Sacrement Solennité du Seigneur - année C, 29 mai 2016, Fr Henri Namur, ofm

Gn 14, 18-20 / 1 Co 11, 23-26 / Lc 9, 11b-17

 

Alors que Jésus cherche à s’isoler avec ses disciples, voilà que les foules se mettent à sa recherche et finissent par le trouver. En fait, c’est Jésus qui se laisse trouver et qui renonce à son projet de s’isoler. Cela montre d’une part que Jésus, dans ce qu’il enseigne et accomplit répond à une véritable attente puisque les foules se mettent à sa recherche ; et cela montre aussi que Jésus accepte que ses plans soient bousculés par la foule. Cela révèle sa façon unique d’être présent au présent de l’homme, sa manière de faire face aux événements, c’est-à-dire, au sens étymologique, à ce qui lui advient. Enfin, je pense que cela met clairement sous nos yeux tout l’amour qu’il a pour nous…

Nous voyons aussi, dans ce passage d’Evangile, que la raison d’être de la présence de jésus au milieu de nous, c’est de nous parler du Royaume de Dieu. C’est-à-dire, tout simplement, du monde de Dieu et de sa proximité. Jésus enseigne, soigne et guérit. Ces guérisons sont le signe que le monde de Dieu est déjà là : Dieu ne veut pas un monde de gens malades, mais un monde de gens bien portants.

Luc note que cette rencontre avec la foule se passe au moment où le jour avait commencé à décliner (le verbe klinô en grec). Dans tout le Nouveau Testament, il y a un seul autre passage où on parle de jour qui décline, et c’est celui des disciples d’Emmaüs chez le même Luc : « Reste avec nous, c’est le soir et le jour a déjà disparu (ou décliné : le même verbe grec klinô) » (24, 29). Nous connaissons la suite du récit des disciples d’Emmaüs : à la maison, Jésus va prononcer la bénédiction sur le pain, le rompre et le donner aux disciples. Ce n’est pas un hasard si Luc utilise dans notre récit la même expression : il nous situe clairement dans un contexte eucharistique. De plus, c’est bien le soir que les premières communautés chrétiennes avaient l’habitude de se réunir pour célébrer l’eucharistie.

Après s’être approché de Jésus, les Douze lui disent : « Renvoie la foule pour qu’elle aille dans les villages tout autour et fasse halte dans les fermes pour trouver des victuailles, car nous sommes ici dans un lieu désert. » De la part des douze, ce genre de réflexion relève de la prévenance et du bon sens. Mais voilà, cette vision purement humaine entre en contraste avec celle de Jésus. En effet, Jésus leur répond : « Donnez-leur vous-même à manger ». Ce à quoi, étonnés, ils ne peuvent que répliquer : « Nous n’avons pas plus que cinq pains et deux poissons, faudrait-il alors partir acheter de la nourriture pour tout ce peuple ? »

Donnez-leur vous-même à manger : c’est là précisément que se trouve la perspective de Dieu. C’est un peu comme s’il disait : vous pouvez intervenir, vous pouvez agir, vous avez quelque chose à donner. Le contraste est saisissant entre ces deux perspectives, celle des disciples qui pensent ne rien pouvoir faire et celle de Jésus qui nous assure que nous avons de quoi leur donner à manger...En fait, Jésus veut nous éduquer. L’attitude de Jésus est dictée par sa communion intime avec le Père et par sa compassion pour nous tous. Jésus sent nos problèmes, il sent nos faiblesses, il sent nos besoins. Devant ces cinq pains, Jésus pense : voici la providence ! Jésus ne claque pas des doigts et ne fait pas apparaître, comme par magie, le pain et les poissons à volonté. Il nous demande ce que nous avons et ce « peu » il nous invite à le partager ; De ce « peu », Jésus sait que Dieu peut tirer le nécessaire pour tous. Jésus fait totalement confiance au Père céleste. C’est pourquoi il dit aux disciples de faire asseoir la foule par groupes de cinquante. Et c’est ainsi que la foule sort de l’anonymat pour devenir des communautés, nourries par le pain de Dieu.

C’est alors que Jésus prend ces pains et ces poissons, il lève les yeux au ciel, récite la bénédiction – si la référence au geste de Melkisédek est claire, l’annonce de l’Eucharistie l’est encore plus, puis il les rompt et commence à les donner aux disciples pour qu’ils les distribuent… et les pains et les poissons ne s’épuisent pas : Ils mangent tous et il en reste : c’est le signe de Jésus, pain de Dieu pour l’humanité.

Ils mangèrent et furent tous rassasiés. Comment ne pas penser à l’épisode de la manne au désert ? Le geste de Jésus reprend celui de Dieu qui nourrit son peuple au désert.

On emporta les morceaux qu’ils avaient eus en excédent. On pourrait se demander pourquoi le récit mentionne le fait qu’on emporte ce qui reste. En fait, ce qui reste tient dans douze paniers. Le nombre douze évoque les douze tribus d’Israël. De même Jésus s’est choisi douze disciples, un chiffre symbolique, parce qu’il voyait sa mission comme le rassemblement des douze tribus d’Israël. Alors les douze paniers de pain qui restent sont pour l’ensemble des tribus d’Israël, puis la communauté chrétienne et finalement pour nous tous jusqu’à la fin des temps afin que nous puissions faire la route de notre retour à Dieu. Au sens strict, le pain et le vin eucharistiques sont notre « viatique », c’est-à-dire notre provision de route inépuisable (dans « viatique » il y a « via » qui veut dire route) : c’est Jésus qui vient en nous et marche à nos côtés par le don qu’Il nous fait de l’Esprit que nous invoquons sur le pain et le vin de nos célébrations eucharistiques…

Rappelons-nous la prière que le prêtre dit à l’Offertoire : « Tu es béni, Dieu de l’univers, Toi qui nous donne ce pain fruit de la terre et du travail des hommes, nous te le présentons, il deviendra le pain de la vie. » C’est donc bien à nous, aujourd’hui, dans une charité inventive, de distribuer ce que nous recevons du Seigneur à la table de son Eucharistie. C’est bien à nous de ramasser les morceaux de son amour partagé afin de les distribuer à tous ceux qui ne sont pas là et qui attendent de nous que nous les rassasions de ce pain de vie qui nous vient d’en haut.

Comme nous le rappelle Saint Paul, en agissant ainsi, c’est-à-dire en vivant à notre tour de manière eucharistique en entrant dans la logique du don partagé, nous proclamons la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne.

Solennité de la Sainte Trinité - année C, 22 mai 2016, Fr Benoît DUBIGEON, ofm

Pr 8, 22-30 / Rm 5, 1-5 / Lc 16, 12-15

 

Traditionnellement, le dimanche qui suit la fête de la Pentecôte est appelé dimanche de la Trinité : cette dénomination, aux résonances plus comptables que poétiques, dit la richesse de relation et de vie qui est en Dieu Père - Fils et Esprit ! Dieu Trinité, cela veut dire : Dieu est relation. Perfection de la relation pour que nous soyons entraînés à vivre de cette relation-là.

Comment accueillir le Mystère de Dieu qui se donne lui-même à connaître sans un regard contemplatif, sans une écoute intérieure et un cœur de pauvre ? C'est un peu comme lorsqu'on part en randonnée, sur des sentiers de montagne : il est indispensable de faire le vide de soi, avec un sac le plus léger possible, se décentrer de ses préoccupations et fatigues pour accueillir le son bondissant et rafraîchissant du torrent qui dévale au loin, et qui se laisse entendre avant même d'être aperçu ! Ainsi en est-il du mystère de Dieu qui sourd au détour de chacune des lectures de ce jour comme au détour de chacune de nos vies. Loin d'être pour nous un concept théologique aux formes mathématiques difficiles à appréhender, Dieu se laisse expérimenter dans le secret de nos vies comme une cascade jaillissante et bondissante dont les embruns viennent rafraîchir nos visages marqués par la fatigue ou brûlés par les épreuves. Pas d'intelligence possible de Dieu sans l'expérience d'un cœur à cœur qui nous le révèle comme jaillissement incessant de vie, sortie de soi, dépossession, communion de Personnes œuvrant dans une même profusion de création et de recréation !

Cette expérience de Dieu comme communion de trois personnes, nous la faisons chaque fois que nous contemplons la croix de Notre Seigneur. C'est là notre première expérience du Dieu Trinité. Car en mourant sur une croix, Jésus se révèle à nous comme don total de lui-même au Père. Et le Père, quant à Lui, en ressuscitant Jésus dans la force de son Esprit, nous révèle qu’il est don total au Fils ! Et ce don réciproque du Fils pour le Père et du Père pour le Fils, nous croyons, dans l'expérience de l'Eglise et dans l'expression de sa foi, que c'est une personne « qui donne la vie » et que nous appelons Esprit-Saint ! L’Esprit saint est bien la présence aimante du Père pour le Fils, du Fils pour le Père, donné à chacun de nous.

Ainsi, c'est comme Père, Fils et Esprit que Dieu ne cesse de se révéler et d'œuvrer pour nous ! La 1ère lecture nous montre qu’Ils préexistent à toute la création. Et c’est leur amour éternel et parfait qui n’a de cesse que de vouloir se communiquer à chacun de nous, de nous apprendre à être en relation comme ces trois Personnes ne font qu’une en étant en parfaite relation.

C'est pourquoi, chaque fois que nous nous adressons à Dieu comme Père, nous confessons Dieu comme Celui qui est au-delà de nous, préexistant, sur qui, jamais nous ne pourrons mettre la main ! Quand nous prions Dieu comme Fils, nous confessons que Dieu s'approche de nous, qu'Il se rend visible et audible. Quand nous accueillons Dieu comme Esprit, nous reconnaissons que Dieu vient au-dedans de nous, qu'Il nous transforme de l'intérieur afin que nous puissions connaître l'inconnaissable. Oui, notre Dieu est à la fois éternel et infini, proche et intérieur. Et il est communion.

         Tous les musiciens savent que le rythme ternaire est un rythme circulaire : c'est celui de la valse ! Les relations en Dieu Trinité sont donc circulaires : çà communique bien ! et elles sont ludiques : la vie en Dieu danse ! Suivre le Christ ne serait-ce pas aussi réapprendre auprès du Fils et dans son Esprit la musique du Père qui chante dans les cœurs convertis et pauvres comme celui de frère François ?

         Habités par l’Esprit-Saint, nous pouvons donner aux autres le goût de Dieu-Père et faire sentir combien le Royaume du Fils était tout proche, beau et bon.

         En cette fête de la Sainte Trinité, demandons pour nous-même au Seigneur l’illumination de son Esprit afin que notre vie soit miséricorde, comme elle l’est dans le cœur du Père, du Fils et de l’Esprit-Saint. Demandons à Celui qui est avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde la grâce de faire goûter aux hommes de ce temps combien Dieu, dans la profusion de vie de son mystère Trinitaire, est un Dieu bon et combien son amour mérite d’être aimé. AMEN !

Solennité de la Pentecôte - année C, 15 mai 2016, Fr Miki KASONGO, ofm

Ac 2, 1-11 / Rm 8, 8-17 / Jn 14, 15-16.23b-26

 

En cette liturgie de la Pentecôte, nous revivons l’effusion de l’Esprit Saint opérée par le Christ ressuscité sur son Eglise. Nous nous réjouissons de l’accomplissement des promesses du Christ à ses disciples : « Je m’en vais vers mon Père et votre Père, je ne vous laisserai pas Orphelins, je vous enverrai l’esprit de vérité, l’esprit Consolateur. C’est lui qui vous apprendra toutes choses ». Mais que se passe-t-il en ce jour si éloigné de nous, et pourtant si proche de nous ?

 

La pentecôte, un événement à plusieurs symboles

      C’est le 50e jour après la Pâques. Il se passe quelque chose dans la maison des Apôtres. Saint Luc raconte bien les faits de ce récit. Ce récit fait état d’un grand bruit venu du ciel, d’un violent coup de vent, et des langues de feu qui se posent sur chacun des Apôtres. Dans l’Ancienne Alliance comme dans la Nouvelle, ces symboles sont significatifs, car ils sont la manifestation de la présence divine au milieu des apôtres. C’est le renouvellement de la théophanie du Sinaï dont la Pentecôte juive est la commémoration. Les langues de feu qui se divisent au-dessus des têtes des apôtres signifient la descente de l’Esprit de Dieu sur eux. Elles symbolisent également le don fait à chacun d’eux pour le rendre apte à annoncer l’Evangile avec une langue de feu à tous les hommes. Le récit des Actes des Apôtre fait aussi mention du don des langues que reçoivent les apôtres et les disciples pour annoncer l’Evangile à tous les hommes et à toutes les nations.  On peut y voir l’épisode de la tour de Babel, car là les hommes ont été divisés dans leur volonté d’égaler Dieu, mais à la Pentecôte, les peuples divisés se retrouvent unis par l’Esprit saint. Et ainsi l’humanité est appelée à vivre cette unité non pas sans Dieu mais en lui et pour lui.

 

L’Eglise de la Pentecôte est ouverte et non pas enfermée

       Les apôtres ont fait de l’Eglise après la résurrection de Jésus, une Eglise enfermée, calfeutrée par peur, dans la sécurité de la chambre haute, derrière les portes closes. Mais l’esprit saint les obligea à s’ouvrir, à ouvrir les portes toutes grandes et à sortir. Cette Eglise de Pentecôte refuse de s’enfermer dans les sacristies en cherchant à échapper aux réalités de la vie, elle s’implique dans notre vie, dans notre monde. C’est pourquoi, la vie de l’Eglise aujourd’hui c’est d’être un signe de l’amour de Dieu au milieu de notre monde. L’esprit a donné aux disciples le courage d’affronter les défis de la vie, car selon saint Paul à Timothée « ce n’est pas un Esprit de crainte que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, de paix, de maîtrise de soi » (2 Tim 1, 6-7.).

 

L’esprit Saint nous propose l’unité dans la diversité et le respect dans la divergence

      L’idée fondamentale de la fête de ce jour n’est pas que tous parlent une seule langue mais que tous comprennent le message de Jésus-Christ chacun dans sa propre langue. Il y a une invitation faite à l’Eglise de se faire comprendre par tous, d’apprendre toutes les langues et de se joindre à toutes les cultures. Pour être fidèle à l’esprit de la pentecôte, l’Eglise ne doit pas s’identifier à une culture ou à une nation. Ce n’est que de cette façon que l’Eglise de la pentecôte crée un effet unificateur, tout en respectant la diversité des cultures.

       La pentecôte nous rappelle que l’esprit saint que nous avons reçu au jour de notre baptême est présent en nous, on le voit par ses fruits en nous : « l’amour, la joie, la paix, la bonté, la bienveillance, la générosité, la fidélité, la maîtrise de soi ». En cette fête, changeons nos peurs en engagements courageux et remplaçons notre cœur de pierre en cœur de chair. Si on n’y arrive pas, demandons à l’esprit saint de venir en nous pour assouplir ce qui est raide, réchauffer ce qui est froid, rendre droit ce qui est faussé. Amen

7ème dimanche de Pâques - année C, 08 mai 2016, Fr Benoît DUBIGEON, ofm

Ac 7,55-60 / Ap 22,12-14.16-17.20 / Jn 17,20-26

 

Ce dimanche peut être appelé le dimanche de la prière, car il se situe dans la période où les apôtres, sur l'ordre de Jésus, attendirent, du jour de l'Ascension à la Pentecôte, la venue de l'Esprit Saint, en étant fidèles à la prière, avec Marie, Mère de Jésus. C’est aussi la journée chrétienne de la communication.

 

En ce septième dimanche du temps pascal, regardons attentivement Etienne. Il est en face de ses accusateurs. Mais, rempli de l’Esprit Saint, il contemple les cieux ouverts, vers le Fils de Dieu, debout à la droite de Dieu. Nous avons là la vocation de tout baptisé : être en face de la réalité, y compris la plus dure qui soit, même devant tous nos faux dieux et tout ce qui nous empêche de vivre notre vie et notre Foi. Et, là, au cœur de notre vie, les pieds enracinés sur notre terre d’homme, dans nos réalités parfois si banales ou si bancales, avoir les yeux tournés vers le Christ, debout à la droite du Père, et qui Le montre. L’Esprit saint donne à Etienne, et à nous-mêmes également, de nous tenir en cette double fidélité : celle d’être un bon compagnon d’humanité, dans le meilleur et pour le pire, et celle d’être pour le Christ.

 

Alors on commence à lancer à Etienne des pierres. Mais, lui, prie, demandant à Dieu de ne pas leur compter un tel péché. Comme le Christ au gibet de la croix, il pardonne. Comme dit le livre de l’Apocalypse, il donne tout ce qu’il est : entre tes mains, je remets ma vie ! Se donner pour tout recevoir du Christ, l’Alpha et l’Oméga, premier et dernier, commencement et fin de toute vie. Et nous sommes heureux, oui heureux, de plonger notre vie dans celle du Christ pour franchir les portes de la vie de Dieu, de vivre animés par l’Esprit saint et non pas par des fausses valeurs et les faux dieux de ce monde. Nous sommes heureux, comme Etienne, en nous donnant aux autres, qu’il nous soit donné d’exercer ce qu’il y a de plus noble dans notre existence : au-delà des contradictions et des oppositions de toute sortes, pardonner, donner ce don sans mesure qu’est le pardon. Un don qui ne peut venir de nous-même tellement il est impossible. Ce don vient de Dieu et il passe par nous. Pour la libération des forces de vie du Royaume.

 

Comme Etienne, si nous avons soif de la vie de Dieu, si nous désirons contempler les cieux ouverts où le Christ nous montre son Père, nous serons comblés. Comme Etienne, nous venons à la table de la Parole et de l’Eucharistie, celle où le don de soi aux autres est vrai, pour que nous soyons comblés, gratuitement. Venez, approchons-nous de la vie de Dieu, et buvons de cette eau : elle est gratuite, vivifiante ; elle nous désaltère ; elle est la seule qui augmente quand on la partage.

 

Nous avons lu aussi, dans l’Evangile, une partie de la prière sacerdotale de Jésus. Ici, dans sa dernière partie, Jésus élargit sa prière à tous celles et ceux qui accueillent la parole des apôtres et croient en lui.

 

Le Christ se donne à nous totalement ; il nous donne sa gloire qu’il partage de toute éternité avec son Père afin que nous soyons dans l’amour du Père et du Fils qui est de toute éternité, même avant la création du monde.

 

Epousons vraiment ce désir du Christ que la gloire qu’il vit avec son Père soit connue et aimée de nombreuses personnes. Etre passionné de cet amour du Fils pour son Père dans l’unité de l’Esprit peut mobiliser une vie entière. Partageons son désir que l’unité de nos familles et de nos diverses communautés soit le signe majeur de sa vie. Désirons de toute notre vie que nos pardons soient plus réels et plus engagés afin que le monde croie que le Christ est bien notre source de vie. Que le Christ soit bien reconnu à la fraternité et l’humilité de nos communautés : notre pape François nous en montre un si bel exemple qui touche le cœur de tant de personnes, parfois si éloignées de l’Eglise.

 

La meilleure évangélisation, c’est celle-ci : Aimez-vous ! Sans rien faire, vous attirerez alors les hommes à Dieu. Un fourneau bien chaud rayonne sa chaleur. Vivons du désir même du Christ : « Père, ceux que tu m'as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi ». Comme Etienne, être avec Jésus, partager son bonheur, contempler sa gloire. Contempler, expérimenter, savourer, la tendresse de Dieu. L’expérimenter, et la prolonger par le don de nous-mêmes aux autres dans le service, la compassion, la douceur, l’unité, la vérité, la patience, l’humilité et le pardon.

Solennité de l’Ascension du Seigneur - année C, 05 mai 2016, Fr Benoît DUBIGEON, ofm

Ac 1, 1-11 / He 9, 24-28 ; 10, 19-23 / Lc 24, 46-53

 

Qu'avez-vous à regarder le ciel ?

  1. Ce que nous fêtons au juste, c'est moins un départ qu'une autre présence de Jésus. Ne nous dit-il pas, au moment de nous quitter visiblement : « Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde » ? Il est donc toujours là, mais autrement et même plus intensément. Agissant dans son Esprit qu’il nous communique.
  2. Quand un père de famille, un chef de groupe partent pour préparer une bonne place où passer les vacances, ce n'est pas un adieu. Ce départ réjouit même le coeur qui, déjà, rêve de beaux jours. Ainsi le Christ dit-il : « Je m'en vais vous préparer une place, mais je reviendrai et je vous prendrai avec moi, afin que là où je suis vous soyez aussi ».
  3. Il part et, en ce jour, il nous donne une tâche : « Soyez mes témoins... » avec son Esprit qu’il nous envoie. Travailler les deux pieds sur la terre et le regard tourné vers le ciel. Y cueillir des fleurs, y soutenir le faible qui marche à mes côtés...

 

En fait, nous célébrons à nouveau la fête de Pâques où le Christ passe de la vie terrestre à sa vie glorieuse. Pour nous y entraîner. Premier né d’une multitude. Certes définitivement retiré du regard immédiat après 40 jours passé auprès de ses disciples, le Ressuscité est désormais présent dans le seul regard de la foi.

Nous célébrons aussi notre espérance : "Il reviendra" (Ac 1,11). L'Ascension n'est pas une question de départ, ni à la fin des temps une question de retour. Nous possédons déjà en amorce ce que nous aurons un jour en plénitude : notre place avec lui auprès du Père.

Jésus s'élève et disparaît dans une nuée. Pas de lévitation ni de nuage. Etre élevé, c’est s’engager dans la cause de l’Evangile. Jésus reste parmi nous avec son Esprit, dans l’humilité des sacrements et la lumière de la foi.

Si les Apôtres se prosternent au départ du Christ, ils ne restent pas à regarder le ciel, mais ils partent pour travailler au Royaume jusqu'à ce que Jésus-Christ vienne parachever l’œuvre immense de sa création.

Les disciples que nous sommes savent désormais que tout pouvoir a été donné au Christ. Un pouvoir total. Sur tout, au ciel et sur la terre. Même sur toutes les forces mortifères et la mort elle-même. Qu’il envoie son Esprit pour déléguer ses pouvoirs à son Eglise et les assister. Allez donc ! De toutes les nations -et non plus seulement du peuple juif-, faites des disciples : préparez-les à la foi ; baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. Apprenez-leur à vivre la foi. A vivre de la foi.

Je vous quitte des yeux du corps, mais je suis avec vous tous les jours, avec l'Eglise d'aujourd'hui, jusqu'à la fin du monde. Et là où je suis, vous y serez aussi.

Seigneur, tu es la porte du Royaume. Tu es la route vers le Père. Tu nous élève vers ce qui est éternel pour en vivre au quotidien. Par ton Esprit, tu nous fais donner de l'importance à ce qui ne sera jamais détruit par la mort : l'amour, le don de soi, l'aide aux plus vulnérables, l'engagement pour la justice et le témoignage de notre foi...

6ème dimanche de Pâques - année C, 1er mai 2016, Fr Henri Namur, ofm

Ac 15, 1-2.22-29 / Ap 21, 10-14.22-23 / Jn 14, 23-29

 

« Si vous n’acceptez pas la circoncision selon la coutume qui vient de Moïse, vous ne pouvez pas être sauvés. »

 

Ces propos tenus à Antioche par des gens venus de Judée ont de quoi, effectivement, jeter le trouble… La première question qui surgit d’une telle réflexion c’est d’abord de savoir ce que signifie être sauvé. Et pour cela il me semble qu’il faut avoir éprouvé dans sa propre vie le sentiment d’être perdu pour savoir ce que veut dire « être sauvé ». Tous nous avons connu des situations périlleuses et angoissantes de toute nature dont nous sommes sortis grâce à la présence d’autres personnes. Etre sauvé c’est donc un peu comme quand une main se tend vers nous pour nous relever de l’ornière dans laquelle nous sommes tombés. Être sauvé, en langage chrétien, c’est donc comme ouvrir ma vie à quelqu’un d’autre, c’est me détourner de ma prétention auto-suffisante pour me recevoir en confiance d’un autre, du Tout-Autre et du si proche, de Celui-là seul qui peut combler mon désir de vie au-delà de toute espérance, Notre-Seigneur Jésus-Christ…

 

Pour en revenir à la réflexion qui nous occupe ce dimanche, ce qui nous sauve ce n’est donc pas la circoncision ou les coutumes alimentaires qui ne sont que des signes, mais ce qui nous sauve c’est Celui à qui ces signes renvoient, à savoir notre Seigneur Jésus-Christ qui se définit lui-même comme notre chemin, note vie et notre Vérité. L’absolu c’est lui et pas les signes ! Et c’est pourquoi l’Eglise n’aura de cesse d’imiter son Seigneur en nous déliant de tout ce qui est secondaire comme la circoncision ou les pratiques alimentaires, pour mieux nous lier par un attachement du cœur à Celui de qui nous recevons l’être et la vie…

 

En fait, ce qui est fort intéressant pour nous, c’est de repérer dans ce texte le processus qui permet d’arriver à une décision au sein d’une situation complexe et décisive pour les premières communautés chrétiennes. Processus que nous voyons encore à l’œuvre aujourd’hui par exemple dans les rencontres synodales sur la famille.

 

Ce que nous pouvons repérer dans le texte des Actes c’est que le verbe « décider » revient à quatre reprises… ce qui laisse entendre qu’il y a urgence à décider pour le bien de tous. De plus, ceux qui ont à décider pour le bien de tous, ce sont bien les Apôtres et les Anciens qui sont au service de l’Eglise naissante. Ainsi, avec ce texte des Actes nous sommes en présence des premiers débats décisifs pour la vie des premières communautés de l’Eglise. C’est ce que la Tradition a appelé le premier Concile de Jérusalem.

 

Ce que nous pouvons repérer encore c’est une formule typique et de première importance utilisée par les Apôtres et les Anciens : « L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé (v 28). Cela peut paraître prétentieux voire même orgueilleux. Or, ce qui est remarquable, c’est que l’Esprit Saint est clairement présenté comme une Personne, une personne avec qui s’instaure un dialogue nécessaire avant toute prise de décision. L’Esprit-Saint est cette Personne avec laquelle notre intelligence et notre cœur entrent en dialogue afin d’en recevoir inspiration et illumination. C’est ce même Esprit-Saint dont l’Evangile de Jean nous rappelle qu’Il nous enseignera tout, et nous fera souvenir de tout ce que le Seigneur a dit et enseigné. C’est donc bien en Eglise, éclairés par l’Esprit Saint que nous pouvons être assurés d’être dans la vérité, jamais seuls ou isolés… !

 

Ainsi, aujourd’hui comme hier et demain, pour être fidèles à la Bonne nouvelle dans les décisions que nous avons à prendre dans l’intime de notre cœur et en Eglise, il nous faut commencer par accueillir l’Esprit Saint qui est l’envoyé du Père et la Présence de Jésus Ressuscité à nos vies. Cet l’Esprit Saint qui a le pouvoir d’allumer en nos cœurs le texte de l’Evangile à la façon dont un souffle d’air vient faire jaillir les flammes qui couvaient sous la cendre. C’est bien l’Esprit Saint qui fait des Ecritures une parole vivante pour aujourd’hui, une parole qui fait son chemin de lumière et d’amour dans la complexité de notre cœur et de notre monde. Oui, l’Esprit Saint est un « acteur » du mystère Trinitaire c’est-à-dire Celui qui met en actes, en action les paroles de Vie du Père et du Fils qui sont dans la Création, dans les Ecritures et dans notre Histoire. L’Esprit Saint est par excellence Présence à nos vies du Christ mort et ressuscité. Mieux encore, c’est notre vie en Dieu elle-même qui est profondément Trinitaire car être uni à l’une des personnes c’est être uni aux deux autres…

 

En ce temps qui nous conduit à la Pentecôte comment ne pas penser à la Vierge Marie qui a enfanté le Verbe de Dieu en commençant par accueillir la Parole du Père (portée par l’Ange Gabriel) et l’action de l’Esprit-Saint qui la couvrit de son ombre ? Par son intercession, que la parole que Jésus nous adresse aujourd’hui dans l’Evangile puisse trouver également en nos cœurs, par notre foi, une pleine réalisation : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure ». 

 

Vigiles de Pâques – année C – 26 mars 2016 Frère Benoît DUBIGEON, ofm

Les lectures : Gn 1, 1-2,2 / Gn 22, 1-13. 15-18 / Ex 14, 15-15, 1 / Is 54, 5-14 / Is 55, 1-11 / Ba 3, 9-15.32-4,4 / Ez 36, 16-17a. 18-28 / Rm 6, 3b-11 /

 

L’Evangile : Lc 24,1-12

 

Des femmes se rendent au tombeau de leur bien-aimé. Elles lui portent des aromates pour embaumer son corps, mais elles ne trouvent rien. Rien, pas même le corps de celui qu’elles veulent honorer : il a disparu. Mais elles s’aperçoivent que quelque chose a été déplacé. La lourde pierre a été roulée ! Quel déplacement ! Puis, deux hommes se présentent alors à elles dans un vêtement éblouissant ! Et contrairement aux autres récits, pas une seule rencontre avec le Ressuscité !

On comprend leur crainte, on le serait à moins… On devine leur silence, leur peur, leur incompréhension, leur visage baissé vers le sol…

« Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? ». C’est la première parole qui surgit du fin fond du tombeau de la part des deux hommes aux vêtements éblouissants. Parole qui rompt avec ce silence de mort. Parole qui ouvre ces femmes à un possible avenir, elles qui n’en avaient plus. Parole qui les remet de nouveau en route. Parole qui s’ouvre au Vivant et à ce qui est encore vivant en nous. « Pourquoi cherchez vous le Vivant parmi les morts ? »… « Il faut que le Fils de l’Homme soit livré aux mains des pécheurs, qu’il soit crucifié et que, le troisième jour, il ressuscite ».

Et aujourd’hui ?

  • Pourquoi cherches-tu dans tes peurs ce qui ne peut que te paralyser ou cacher dans ton perfectionnisme ta recherche de toi-même qui t’isole des autres ? Le Fils de l’Homme a été livré à l’angoisse de tes peurs mais il y a planté la gratuité de sa vie.
  • Pourquoi cherches-tu dans tes principes froids de vérité ce qui ne peut que te faire rester seul ? Le Fils de l’Homme, la Vérité en personne, muette comme la brebis devant le tondeur, se découvre en marchant humblement avec lui et avec tous les témoins de la foi aux vêtements éblouissants.
  • Pourquoi nourrir ta violence et tes rancunes intérieures qui détruisent en toi l’enfant de l’innocence ? Le Fils de l’Homme a été giflé par la haine de ses détracteurs et a livré la force fragile de sa non-violence.
  • Pourquoi cherches-tu dans tes difficultés d’être en relation avec ce qui ne peut que t’écarter de la douceur de relations vraies, douces et bienfaisantes ? Le Fils de l’Homme est resté fidèle à ce qu’il est pour nous montrer l’Homme réussi aux yeux de Dieu.
  • Pourquoi te crisper sur tes doutes, tes biens, tes responsabilités, en livrant le Fils de l’Homme ? Car en s’abandonnant dans la confiance, il a fait jaillir la vie éternelle. Il est venu proposer son Royaume à tous, à Zachée, à la samaritaine, à la prostituée, à Marie-Madeleine, jusqu’à y perdre sa vie pour eux, pour nous, afin que nous vivions selon le cœur de Dieu, plus largement que les jugements ou les seules conventions.

Comme le dit saint Paul, avec le Christ, fixons à la croix nos peurs, notre perfectionnisme, notre violence, notre difficulté d’être en relation, nos doutes pour ne plus en être esclaves. Réduisons-les à l’impuissance en nous laissant transfigurer par l’amour du Christ. Cherchons la vie là où elle est, pas là où elle n’est pas. Cherchons la liberté où elle est, mais pas dans nos idoles ou notre haute idée de nous-même. Laissons-le ressuscité rouler notre cœur de pierre pour devenir cette personne resplendissante de bienveillance et de paix, témoins du Ressuscité. Cherchons à devenir vrai cœur de chair empli de vérité, de tendresse, de bonté et de compassion. Comme notre pape François nous y invite : n’aies pas peur de la vérité, de la bonté et de la beauté : cela seul grandit et sauve.

Ces femmes quittent le tombeau où elles n’ont pas trouvé le Vivant ; elles retournent à Jérusalem. Là, dans ta vie, dans tes relations, dans ton perfectionnisme, dans tes peurs et dans tes doutes, toi aussi rapporte les paroles de ces hommes aux vêtements éblouissants : « Pourquoi cherchez vous le Vivant parmi les morts ? »… « Il faut que le Fils de l’Homme soit livré aux mains des pécheurs, qu’il soit crucifié et que, le troisième jour, il ressuscite ». Même si l’on croit tes propos délirants, laisse rouler la pierre de son incroyance, annonce à temps et à contre temps qu’Il est vivant. Par ton baptême, laisse-toi revêtir de ces vêtements éblouissants qui font de toi un vivant et manifeste-le par des actes de justice et de sainteté, par des gestes de tendresse et d’humilité, par ton attitude de pardonnant, par ton espérance au cœur de la nuit des hommes.

Tu seras devenue éblouissante de ces vêtements-là du Ressuscité, en cherchant le Vivant dans des relations devenues plus vraies, dans la paix de ta non-violence, dans la confiance de tes doutes assumés, dans la docilité à ce que tu es en vérité et dans l’humilité retrouvée.

D’autres que toi, en se penchant sur leurs propres tombeaux, te verront alors revêtu de façon éblouissante pour être invités, eux aussi, à vivre là où ils ne vivaient plus.

« Eveilles-toi, ô toi qui dors,

Réveilles-toi d’entre les morts,

Le Christ t’illuminera ! »

5ème dimanche de carême - année C, 13 mars 2016, Frère Christian de Montaigu, ofm

Is 43, 16-21 / Ph 3, 8-11 / Jn 8, 1-11

 

Quelle joie de lire cet Evangile dans cette année de la miséricorde. Nous devons savourer ce texte qui exprime toute la compassion de Jésus face à une loi qui ne donne plus aucune chance à cette femme « prise en flagrant délit » comme ils disent. Laissez-vous envahir par la phrase percutante de Jésus « que celui qui n'a jamais péché lui jette la première pierre ». Puis écoutez ces pierres mortifères tomber les unes après les autres sur le sol même où Jésus dépose les signes de sa patience et de son écoute. Jésus a ouvert une brèche si terrible dans la certitude de ces scribes et pharisiens qu'il ouvre un chemin de paix dans la vie de tous. La mort s'éloigne et la vie s'installe à nouveau dans l'avenir de cette femme. « Moi non plus, je ne te condamne pas ». Elle peut retourner ainsi dans son monde habituel sans pour autant être dédouanée d'une chute éventuelle dans la mise en garde de Jésus : « va et ne pèche plus ». Grâce à Jésus quel chemin fait cette femme qui de l'effroi de la mort passe à la vie, qui du péché passe à la renaissance.

A ce dimanche correspond un scrutin que l'Eglise propose aux catéchumènes. Nous devons témoigner que le message de Jésus c'est la vie. L'absence de miséricorde tue. Jésus est le premier à faire miséricorde et c'est sans doute ce que les futurs baptisés ont ressenti le plus. Cette rencontre nous conduit aussi à faire de même comme nous voudrions que les autres fassent pour nous. Au lieu de nous recroqueviller, nous sommes invités à nous redéployer afin de vivre dans ce monde en témoins du vivre ensemble par des hommes et des femmes réconciliés.  Pour se faire, il nous faut un temps privilégier seul avec le Christ, comme cette femme de l'Evangile qui resta seule avec lui. C'est de là qu'a jailli l'accueil qui envoie. Comme un temps d'inspiration et un temps d'expiration. La samaritaine a vécu cela au bord du puits. Jamais en effet Jésus ne garde la relation pour lui. Il offre à celui qui le rencontre d'aller à la source avec tous les prochains que nous croisons.

Aussi le livre du prophète Isaïe que nous avons lu devant vous préfigure déjà cette attente que nous avons tous. Le Seigneur dit en effet. « Voici que je fais une chose nouvelle : elle germe déjà ne la voyez-vous pas ? » La loi va se vivre autrement pour que de la source la vie jaillisse à nouveau. « J'aurais fait couler de l'eau dans le désert... pour désaltérer mon peuple, celui que j’ai choisi ». C'est bien ce que nous demandons aujourd'hui encore : être désaltéré, recevoir ce bien être nécessaire à notre corps et à notre âme, nous qui avons été choisis par le Seigneur.

C'est pourquoi Paul dans son épitre aux Philippiens met le doigt sur ce qui a bouleversé toute sa vie.  La connaissance du Christ Jésus, son Seigneur. A cause de lui j'ai tout perdu confesse-il. Il reconnaît en effet que tout vient de la foi au Christ. Celui qui lui a fait justice sur le chemin de Damas. Il nomme ainsi ce qui est la source de tout, cette justice qui vient de Dieu. Celle-ci porte un nom : miséricorde. Elle est offerte par le Christ à tous ceux qui s'approche de Lui. Il s'agit alors pour moi, poursuit St Paul, de connaître le Christ, d'éprouver la puissance de sa résurrection et de communier aux souffrances de sa Passion.

Alors d'un seul cœur, accueillions ce que la femme adultère reçoit : la visite de celui qui sauve.

Amen.

4ème dimanche de carême - année C, 6 mars 2016, Frère Didier Brionne, ofm

Js 5, 10-12 / 2Co 5, 17-21 / Lc 15, 1-3. 11-32

 

 

« Tout cela vient de Dieu : il nous a réconcilié avec lui par le Christ ». Tel est l’essentiel du message de Paul aux Corinthiens, tel est bien le message de notre foi quand nous contemplons le mystère de la croix et quand nous célébrons et professons notre foi pascale : don total qui ouvre à la vie. La réconciliation est l’initiative de l’amour de Dieu, elle est œuvre du père, sans calcul, et manifestée dans le don de son Fils.      
Il nous est proposé de l’accueillir nous aussi, de la recevoir comme une grâce, cette grâce de la miséricorde que nous célébrons tout au long de cette année, et d’en vivre pour nous-mêmes et au cœur de ce monde, malgré les divisions, les conflits, les abandons ou exclusions des plus pauvres. Se laisser réconcilier avec Dieu, pour mieux se réconcilier avec soi-même et avec les autres. Telle est la mission qui nous est confiée : être à notre tour artisan de cette réconciliation. Que François d’Assise nous guide dans cette voie. C’est le message du Christ dans la parabole que nous venons d’entendre.

Qu’il me soit permis de reprendre l’article écrit voilà peu pour la revue Arbre (312) où je mettais en avant la place du père miséricordieux, et plus particulièrement « la miséricorde du père ». Sans nier la réalité de la démarche de conversion de l’un et le refus obstiné de l’ainé, c’est bien de réconciliation, d’amour et de vie dont il s’agit. Il en faut du courage, de l’humilité, pour choisir et décider de faire demi-tour et de se laisser accueillir.

Une des questions de l’auditeur que nous sommes est bien de s’interroger pour savoir quel nom donner à la parabole de Luc (15, 11-32) : « le fils prodigue » ou « le père miséricordieux » ? Tout dépend du regard choisi : celui du père, celui des fils, voire même celui des serviteurs. Il ne faudrait pas oublier non plus les personnages extérieurs au récit. Ils ne sont pas de simples spectateurs : Jésus lui-même, le narrateur, et son auditoire, celui d’hier et celui d’aujourd’hui, nous aujourd’hui. Tout cela en fait un passage complexe aux multiples lectures. Aux assises de la Fraternité, à Reinacker en juillet dernier, l’atelier théâtre en a réalisé une superbe mise en scène pleine d’émotion.

Vous conviendrez avec moi, qu’il est impensable, impossible que Jésus veuille insister sur la mauvaise conduite de l’un ou l’autre fils, et ainsi donner une leçon de morale filiale ! Si le cadet, anéanti par son échec et pris de remords, revient tout contrit, l’aîné est un piètre modèle, enfermé qu’il est dans sa jalousie. L’un, en partant, a choisi l’impasse de l’autonomie, l’autre, resté à la maison, celle d’une vision de l’obéissance réduite à la soumission. Seront-ils réceptifs à la miséricorde de leur père ?

Car le personnage central, c’est bien lui. Chacun doit le redécouvrir comme tel. Et celui-ci fait tout pour retrouver ceux qu’il a perdus et redonner à chacun sa juste place dans son cœur, celle de fils, et pour lui celle de père. 
Au plus jeune qui vient vers lui, il offre pitié et miséricorde : « Comme il était encore loin, son père l'aperçut et fut pris de pitié : il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers. » (Lc 15, 20). Puis il lui manifeste le bonheur de ce retour par des gestes concrets : une robe, un anneau, rien n’est trop beau pour que celui-ci revenu retrouve sa dignité de fils et la joie de son père.   
L’aîné, lui, se sent non reconnu, voire même ignoré. Resté près de son père, il n’a pas conscience de sa chance. Son père tente de lui faire goûter cette proximité de l’amour paternel partagé au quotidien : « Mon enfant, toi tu es toujours avec moi… » (Lc 15, 31) Rien n’y fait.

 

La miséricorde du Père ne fait pas de différence entre les fils. Elle est, pour tous, débordante de tendresse et de pardon, même si son expression tient compte de celui à qui elle s’adresse. Pas toujours facile à accueillir par les bénéficiaires, elle suppose une conversion où chacun doit se reconnaître perdu pour accepter d’être retrouvé, et de se savoir aimé.     
Ainsi donc, « Cette parabole nous enseigne combien le pardon est de l’ordre de la surabondance : Dieu se réjouit, fait la fête, danse pour un pécheur qui se repent. » Danserons-nous avec Lui ?

2ème Dimanche de carême - année C, 21 février 2016, Fr Henri Namur, ofm

Gn 6, 15, 5-12.17-18 / Ph 3, 17 à 4, 1 / Lc 9, 28b-36

 

Deux verbes peuvent résumer l’ensemble des trois lectures de ce deuxième dimanche de Carême, les verbes « voir » et « entendre ». L’invitation à voir parcourt les trois lectures et celle d’entendre illustre la fin du récit de la Transfiguration.

Dans le récit de la vocation d’Abraham celui-ci est appelé à lever son regard vers le ciel. La conséquence d’une telle élévation comparable à un regard de contemplation, c’est la promesse d’une descendance innombrable et le don d’une Terre. De plus, cette attitude contemplative animée par la foi fait l’objet d’une Alliance en bonne et due forme selon la manière propre à ce temps de conclure une alliance en faisant passer un feu au milieu des morceaux d’animaux, un feu qui n’est pas sans signifier la Présence de Dieu …

Dans la lettre qu’il adresse aux chrétiens de la ville de Philippe, Saint Paul leur lance également un appel à regarder vers le haut mais ce n’est plus vers le ciel c’est vers la croix du Christ. Et il leur demande de se comporter en amis de cette croix…

L’Evangile de St Luc, quant à lui, nous fait entrer dans le récit de la Transfiguration. Là aussi le regard entre en jeu.  Mais c’est un regard qui voit au-delà de ce que voient les yeux de la chair.... Entrons maintenant plus avant dans cette expérience du regard de la foi…De même que Jésus gravit la montagne et prend avec lui Pierre, Jacques et Jean, de même, ce matin, accompagnons ces disciples et entrons avec eux dans la prière de Jésus et dans ce qui advient au coeur même de cette prière.

Que se passe-t-il ? Ce que voient d’abord les disciples, c’est le visage de Jésus qui devient « autre », c’est-à-dire un visage qui laisse entrevoir ce que nos yeux de chair ne peuvent voir, un visage qui devient « autre » parce qu’il révèle le Tout-Autre. Jusqu’ici, nous savions que nul ne peut voir Dieu sans mourir, désormais, sur le visage de Jésus, il est possible de contempler le Père sans mourir : « qui me voit, voit le Père ».

Que voient-ils encore ? Moïse et Elie, piliers qui encadrent, si j’ose dire, le Premier Testament. Ils sont en train de s’entretenir avec Jésus. En fait, ils parlent de son départ qui allait s’accomplir à Jérusalem. C’est donc la mort de Jésus qui est l’objet de leur conversation. La présence de ces témoins et le contenu de leur entretien ont deux buts : le premier c’est de manifester que la Parole de Dieu et sa Révélation sont une : en effet, les témoins en présence ne se tournent pas le dos mais ils conversent. Ce qui signifie que Jésus vient non pas abolir le Premier Testament mais bien l’accomplir. Le deuxième but c’est de faire comprendre aux disciples que l’amour du Père pour les hommes en la personne de Jésus est un amour qui ira jusqu’au bout de la croix. La gloire qui va être entrevue un court instant passe donc par le scandale de la Croix…

D’où la troisième manifestation que nous sommes conduits à voir au sens de contempler et qui est celle de la blancheur éclatante des vêtements de Jésus. Cette blancheur laisse entrevoir sous forme anticipative la Résurrection de Notre Seigneur. Si vous voulez, c’est un peu comme quand on marche en montagne en pleine purée de pois et que le sommet illuminé se laisse entrevoir un court instant entre deux nuages : nous ne sommes pas encore arrivés au terme de la course mais nous avons déjà un aperçu, un dévoilement de la splendeur qui nous attend au terme de la fatigue de la marche… Ainsi, par-delà la montée à Jérusalem, par-delà l’imminence de la Passion du Seigneur il est donné aux disciples de contempler la Résurrection. Ceci afin de leur donner la force de traverser les heures sombres de la Passion et le scandale de la Croix. Et cela est vrai pour nous aujourd’hui…

Et puis, tout-à-coup, la vision cède le pas à l’audition : c’est la voix du Père qui se fait entendre, comme au baptême de Jésus. Jusqu’ici nous étions appelés à voir, au sens de contempler, et maintenant nous sommes appelés à écouter. Ce que nous dit le Père au cœur de la nuée c’est que Jésus est son Fils qu’Il a choisi et que nous devons écouter en toutes choses… y compris jusque dans les souffrances de sa Passion d’amour pour nous. Comme les disciples nous sommes appelés à renoncer au Dieu tout puissant de nos imaginaires pour accueillir la toute puissance de Dieu qui est celle de son amour inconditionnel pour tout homme, jusqu’au dernier d’entre eux auquel il s’identifie sur la Croix.

Au terme de ce cheminement intime, amical qui nous a associé à la vision contemplative de Pierre, Jacques et Jean on peut légitiment s’interroger sur ce que cela va changer dans notre propre montée vers Pâques en ce temps de Carême ? Je pense que le changement auquel nous sommes conviés est le même que celui qui leur advient. Je pense que nous sommes appelés à vivre nous aussi cette expérience qui nous fait passer d’un regard extérieur sur Jésus à un regard « autre », un regard contemplatif dans lequel nous est révélé par l’Esprit-Saint sa véritable identité de Fils de Dieu. Pour entrer dans une telle prière qui fait voir autrement, pas d’autre moyen que celui de devenir comme les amoureux. Lorsqu'on tombe amoureux, la personne aimée, devient soudain l'unique, une véritable transfiguration se produit. Or, pour tomber amoureux il faut se fréquenter ! Ce à quoi nous sommes don appelés dans l’expérience de cette Transfiguration c’est, comme nous le rappelle le Psalmiste, à fréquenter le Seigneur en laissant notre cœur nous redire sa Parole, nous sommes aussi appelés à le fréquenter en cherchant son visage dans la prière, le jeûne et la charité.

Au point où nous en sommes, impossible de terminer cette méditation sans prier Notre-Seigneur avec les mots que l’on trouve au livre des Nombres : « Seigneur bénis-nous et garde-nous, fais pour nous rayonner ton visage et découvre-nous ta face… » afin que nos propres visages rayonnent de ta lumière lorsqu’en ton Nom nous accomplissons les œuvres de miséricorde…

Homélie de la messe pour le départ du frère François LEMAIRE– 15 février 2016 – Clarté Dieu- frère Christian de Montaigu, Ofm

Chers amis, vous tous qui êtes là pour notre frère, pour votre frère François je voudrais vous faire part de ma conviction. Il m'a été donné d'apprendre à regarder, en particulier autour de la prière, le rayonnement d'un frère. Pas de tous heureusement mais de certains comme François. Je ne sais pas pourquoi mais c'est ainsi. J'ai croisé leur vie, j'ai observé par pure grâce leur douceur, leur gentillesse, leur patience, leur écoute et mille autres choses........

Aussi, je dois vous dire, parce que c'est ma prière et ma conviction, qu'aujourd'hui nous faisons un beau cadeau au Bon Dieu ! Oui François, l'évangile nous l'a appris dans la prière de Jésus lui-même : Père ceux que tu m'as donnés.... Ils étaient à toi et tu me les as donnés....... Ce qui est à toi est à moi et ce qui est à moi est à toi…. Oui avec toi François nous rappelons que nous sommes un cadeau, un don de Dieu. Jésus dans l'eucharistie nous rend au Père. Oui François nous rendons au Père le cadeau que tu es pour nous.

Comme pour la majorité d'entre nous, François a été une respiration dans nos vies. Certes je vous donne l'impression de le surestimer alors qu'il était si modeste. Il avait surement des défauts ! Mais c'est la qualité de son silence qui fait que nous ne nous en sommes pas préoccupés. C'est Saint François qui donnait la définition du vrai frère mineur : « c'est frère Genièvre parce qu’il est un bon priant, c'est frère Paul parce qu’il a souci des pauvres, c'est encore frère Glorieux parce qu’il est toujours le premier à l'office ou frère Joseph parce qu’il est le meilleur dans le service.... etc.

En fait, St François enseignait ainsi ses frères à découvrir ce qui est bon dans l'autre et de ne pas en rester avec les travers que nous avons tous. Nous avons donc regardé notre frère à la méthode de son St Patron. Si nous avons pu le voir, c'est parce qu’il était lui-même hors de toutes critiques, vivant paisiblement ce qu'il avait à vivre et sachant simplement faire connaître ses besoins quand cela lui semblait nécessaire.

Parmi les témoignages qui nous ont été rapportés, le service du pain était certainement celui le plus lié à sa personne. Cela l'a maintenu jusqu'au bout. Il y a un mois il s'en préoccupait encore. Ce service le liait à tous ceux qu'il servait, ici dans cette maison. Ce souci fraternel le maintenait dans la communion au corps du Christ à travers son office à la sacristie. Il portait ainsi son offrande silencieuse, comme vous l'avez tous vu, devant l'autel. Il était franciscain jusqu'au bout dans le sacrement du frère, rejoignant ainsi le frère universel.

J'admirai sa prière. Je le voyais assis au pied de la Vierge Marie, à la chapelle Ste Claire. Attentif à son service à l'autel, il demeurait cependant tout entier dans sa méditation. J'en reste encore admiratif.

Il y avait aussi le François, qui plusieurs fois par jour, passait un grand moment dans la chapelle du couvent. Il y dormait parfois. Mais ai-je véritablement bien vu ! C'était un frère habité. C'est ainsi, il me semble, que les gens le rencontraient quand il allait à la poste ou voir les boulangers. Il y avait des amis de très longue date.

       Le dépouillement qui a marqué toute sa vie deviendra une lourde réalité dans les derniers jours passés à l’hôpital. Ce sera une réelle épreuve pour lui comme pour nous. S'il est mort dans la dignité nous le devons aux frères d'Athis Mons et l'équipe soignante qui auront pour lui toutes les attentions nécessaires pour son passage vers le Père.

Nous rendons grâce pour notre frère.  Que Dieu soit béni. « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits. » Oui Père découvre lui ton visage et donne la paix à notre frère François. Amen

5ème Dimanche Ordinaire - année C, O7 février 2016, Fr Benoît DUBIGEON, Frère Chapelain

 Is 6, 1-2a.3-8 / 1Cor 15, 1-11 / Lc 5, 1-11

 

Qui devient ami intime du Christ, au point d’être le centre de son existence, devient missionnaire de Dieu.

Au début de sa vocation de prophète, Isaïe, diplomate de la cour royale, est un homme très religieux. Mais il se reconnaît, lui comme son peuple, un homme pécheur aux lèvres impures. Il a une vision : il voit ‘le Seigneur siéger sur un trône élevé’. Des séraphins, mot à mot, des brûlants, des êtres saisis par le feu de l'amour de Dieu, qui crient : ‘Saint ! Saint ! Saint !’. Isaïe fait ce jour-là l'expérience d'un Dieu qui lui brule ses péchés, d’un Dieu qui est le seul saint, « trois fois saint », littéralement ‘tout autre’. Impur des lèvres, mais saisi par Dieu qui lui brûle son péché : belle miséricorde de Dieu ! Devenant ami de Dieu, il se rend alors pleinement disponible pour être envoyé par Dieu auprès de son peuple. Ses lèvres auparavant impures vont pouvoir porter la Parole de Dieu, pour devenir le prophète de Dieu, pour parler en son nom.

Regardons maintenant saint Paul : pour lui, l'Evangile, c'est le Christ, qui est passé de la mort à la résurrection. Paul, persécuteur zélé contre Jésus, se retrouve terrassé sur le chemin de Damas. Là, ses yeux d’homme ancien deviennent aveugles pour mieux voir le Seigneur de toute vie et le rencontrer en vérité. Grand pécheur pour avoir voulu détruire le Prince de la paix, par la seule grâce de Dieu il devient ami de celui qu’il persécutait. Cette expérience bouleversante a transformé sa vie de façon radicale, à la racine même de son être. Saisi par le Christ, devenu ami intime du Christ, il en reçoit la mission d'être son apôtre auprès de toutes les nations qui ne connaissent pas encore Dieu.

Dans l’Évangile, la foule se presse autour de Jésus. Il monte dans une barque, celle de Pierre et il s'éloigne du rivage. Il s'assoit pour enseigner. Un maître en Israël donnait toujours son enseignement assis. Aucun poisson pris, après toute une nuit de pêche. Pour les disciples, aucune fécondité. Rien ! Avance au large’, dit Jésus à Simon. Mot à mot : avance en eau profonde, quitte ta superficialité, ton idéologie, ton manque d’authenticité et rejoins les racines de ton être. Pierre, risque ta vie en risquant une vraie relation avec Jésus. Arrête de vivre avec tes masques. En effet, les eaux profondes, pour ces terriens qu'étaient les Juifs, sont le lieu où règnent les forces du mal, du mal être, de l’équivoque, du paradoxe. Eglise, tu es invitée au large, à quitter les rives sûres de la justice de l’homme qui se fait par lui-même et sans Dieu pour rejoindre les zones ambiguës et paradoxales de notre humanité où le Christ vient nous faire le don de son amitié et de sa fécondité.

Là, au large, où l’impur côtoie le pur, là où la haine jouxte l’amitié, là où le péché revêt d’un masque de laideur la figure de la grâce, là, jette les filets pour prendre du poisson ! Tu as pêché toute la nuit et c'est en plein jour que je te demande de prendre du poisson ! Dans la lumière du Christ. Une nuit de travail et de peines insupportables, sans rien prendre, mais sur ma parole, Simon, donne ta confiance. Commence à croire et fais fi des raisonnements trop humains. Confiance où l’amitié s’offre sans réserve à celui qui peut devenir son ami.

A cause de cette amitié, ces trois hérauts de la Foi, Isaïe, Paul et Pierre passent de la stérilité à la fécondité, du péché à la miséricorde, de la tristesse à la joie. Cet homme aux lèvres impures se met à proclamer. Ce persécuteur du Christ témoigne de lui en donnant sa propre vie. Ce disciple incapable de prendre un seul poisson devient rassembleur d’une multitude d’amis du Christ. Tous sont saisis là où ils avaient le plus peur. Là où ils donnaient le pire d’eux-mêmes, ils reçoivent le meilleur de Dieu. Là où la parole était mortifère, elle devient libératrice pour eux, pour d’autres. Dieu Lui-même est avec nous.

Isaïe, Paul, Simon, chacun de nous, nous quittons la peur et nos péchés quand nous faisons l'expérience personnelle de Dieu. Saisis par le Christ et devenus son ami, nous recevons la mission d'être disciples, amis du Seigneur, puis prophètes de sa Parole par le témoignage de notre vie dans le monde des petits et des grands, dans le monde tel qu’il est et que nous apprenons à aimer comme Dieu l’aime. Nous allons vers la rive de l’autre, en eaux profondes, pour tisser en Dieu des liens d’amitié. Cette avancée en eau profonde, c’est la mission de tout ami de Dieu, c’est notre mission, particulièrement auprès de ceux qui ne sont pas encore amis de Dieu.

Isaïe demande : « envoie-moi ! » L’avorton de Dieu déploie la Bonne nouvelle sur de nombreux pays. Pierre : ‘désormais, ce seront des hommes que tu prendras’. Amis du Christ, nous voici appelés à être missionnaires pour les autres, pas pour les tenir captifs, mais pour les rendre vivants, pour les libérer des forces du mal et pour être le roc sur qui d'autres s'appuieront pour devenir ami du ressuscité.

4ème Dimanche Ordinaire - année C, 31 janvier 2016, Daniel Maleval Diacre (Paris)

Je 1, 4‑5. 17‑19 / Co 12, 31 – 13, 13 / Lc 4, 21‑30

 

On ne peut pas accueillir le Christ si l’on ne devient pas humble.

C’est ce que nous dit la lettre de St Paul et ce que nous enseigne ce passage de l’Evangile.

Dans la synagogue de Nazareth, Jésus lit un passage du livre d’Isaïe, ce livre de l’Ancien Testament qu’on surnomme parfois le 5e Evangile tant il annonce de façon prophétique et précise la mission du Christ.

Dans la synagogue, l’auditoire est admiratif en écoutant Jésus mais hélas cela ne dure pas. Le doute s’installe et les préjugés prennent le dessus. Comment ce fils de charpentier qu’on a vu grandir ici, peut-il venir nous donner des leçons.

Pour eux, Jésus, ce travailleur manuel, n’a pas le profil d’un prophète, il ne correspond pas à l’idée qu’ils se font du Messie, peut-être parce qu’il leur ressemble, parce qu’il est des leurs, parce qu’il est un homme. Dieu- le-Fils s’est enfoui si profondément dans la pâte humaine que les Nazaréens ne le reconnaissent pas.

Nous aussi, il nous arrive de nous interroger sur ce Dieu qui ne correspond pas toujours à l’image que nous nous faisons de lui. Et nous nous posons quelquefois ces questions : Mais que fait Dieu ? Comment Dieu peut-il permettre cela ? 

De la même manière, on s’insurge contre l’Eglise qui ne tient plus son rôle de grande puissance religieuse en Europe, une église qui s’abaisse en demandant pardon pour ses erreurs passées, qui tend humblement la main aux autres religions, qui ne se réforme pas assez vite ou au contraire qui semble renier trop facilement ses traditions.

Nous sommes consternés de voir l’Eglise à la fois persécutée en Orient et tourmentée par des querelles internes.

Pourtant, c’est cette Eglise, humble et fragile, qu’il nous faut aimer et soutenir car c’est parce qu’elle est vulnérable et tellement humaine qu’elle est vraiment à l’image de Jésus de Nazareth.

Tout au long de sa vie publique, le Christ a découvert chez des samaritains ou des païens une foi qu’il n’a pas trouvé chez les Israelites.

On retrouve cela dans le passage de la femme Syro-phénicienne qui dit à Jésus qu’elle veut bien comme les petits chiens ramasser les miettes tombées de la table ou chez le centurion romain qui déclare n’être pas digne de recevoir Jésus chez lui.

On rencontre également dans l’ancien testament des prophètes que Jésus cite dans l’Evangile d’aujourd’hui et qui ont sauvé des étrangers de la maladie ou de la famine.

Ces personnages de la Bible, sauvés par les prophètes ou par Jésus, ils ne sont pas juifs mais ils ont en commun une même caractéristique : ils sont humbles devant le Seigneur.

Il n’y a pas de charité, c’est-à-dire d’amour d’amitié envers Dieu, d’amour ajusté à la volonté de Dieu, sans humilité.  

Sans l’humilité, il m’est impossible de demander pardon et de pardonner. Sans l’humilité je suis tout simplement déconnecté de Dieu.

Les écueils de nos vies, nos souffrances et même les péchés qui nous meurtrissent sont nécessaires pour que nous devenions humbles de cœur et que nous puissions reconnaitre en Jésus de Nazareth le Christ de Dieu.

Les juifs présents dans la synagogue, exaspérés par ce qu’ils entendent  poussent Jésus hors de la ville pour le précipiter d’une falaise.

Mais ils ne parviennent pas à le saisir, ils ne le saisissent pas, au sens réel et au sens figuré du terme et Il va son chemin.

Ce passage de l’Evangile est un message d’espérance pour toute l’Humanité.

Il nous dit que le salut n’est pas réservé à une élite qui serait née au bon moment au bon endroit, dans la bonne famille, qui aurait reçu une bonne éducation religieuse.

Non, le salut est proposé par Dieu à tous les hommes, de toute condition et de toute religion.

Le catéchisme de l’Eglise Catholique nous éclaire sans ambiguïté sur ce point : « Tout homme qui, ignorant l’Évangile du Christ et son Église, cherche la vérité et fait la volonté de Dieu selon qu’il la connaît, peut être sauvé ».

Isaïe annonce une année favorable accordée par le Seigneur. Comme Jésus, nous pouvons affirmer qu’aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’écriture. En effet, l’Eglise nous a annoncé une année sainte de la miséricorde. Symboliquement les portes de la miséricorde ont été ouvertes dans toutes les cathédrales du monde.

Le pape François engage l’Eglise à élargir les champs du sacrement du pardon. Le synode sur la famille invite à définir un nouveau chemin d’accès aux sacrements pour les personnes divorcées remariés. Nous ne pouvons pas nous contenter d’être spectateurs de ces évolutions de la pastorale catholique.

Dieu nous demande d’être plus que jamais des acteurs de sa miséricorde, d’aller au-delà de nos peurs et d’ouvrir les portes de l’Eglise à tous ceux qui s’en sentent exclus, aux blessés de la vie, aux réfugiés, aux opprimés.

 

Alors, à l’invitation de Sainte Faustine cette religieuse polonaise du XXe siècle, véritable précurseur de l’année de la miséricorde, puisons au cœur transpercé de Jésus, la force et le sens de nos engagements.

Du cœur de Jésus, jaillit l’infinie miséricorde de Dieu, sous la forme de sang et d’eau, mélange d’amour et d’humilité. AMEN

3ème Dimanche Ordinaire - année C, 24 janvier 2016, Fr Benoît DUBIGEON, Frère Chapelain

Ne 8, 2-4a.5-6.8-10 / 8 / 1 Co 12, 12-14.27 / Lc 1, 1-4 ; 4, 14-21

Que nous dit Néhémie ce matin ? Il nous dit que peuple était rassemblé ce matin-là « comme un seul homme ». Ce qui fait l’unité du peuple de Dieu, y compris pour les petits enfants, c’est la Parole de Dieu. Traumatisés par l’exil, Israël a perdu son espérance et même sa propre identité. Ils sont tous avides de la retrouver de retour à Jérusalem. Certains même ne sont pas revenus. Mais ceux qui sont revenus attendent le renouveau tant espéré. Proclamer la Parole, c’est -pour le peuple élu- être restauré, renouvelé. C’est recevoir sa véritable terre, sa terre sainte où il peut habiter, demeurer, être en sécurité.

La Parole, c’est ce qui construit en nous ce qui n’est pas de Dieu. La Parole, c’est ce qui ouvre en nous un avenir qui a poids d’éternité : c’est pourquoi nous disons AMEN, AMEN, ce qui signifie : ça tient, c’est solide, cela fonde toute notre existence. La Parole, c’est ce qui nous fait le don d’un guide pour nous accompagner au jour le jour. La Parole, c’est -en cette semaine de prière pour l’unité des chrétiens- ce qui construit notre unité, celle de nos personnes et celle du peuple de Dieu.

Saint Paul nous dit aujourd’hui ceci : ce n’est pas l’Église qui est comparée à un corps bien ordonné, mais le Christ. L’Église ne se limite pas au jeu harmonieux de ses fonctions : elle est son Seigneur, elle est le corps du Christ. « Nous avons été baptisés dans l'unique Esprit pour former un seul corps », parce que cette unité est déjà réalisée par le Christ : il nous en fait le don. S’il nous la donne, il nous la donne à faire.

Prenons notre personne et voyons comment elle est constituée. Par nos sens, notre tête, notre cœur, nos bras, nos mains, nos genoux et nos pieds, nous sommes le corps du Christ. Par nos oreilles, nous entendons la Parole de Dieu. Par notre cœur, nous intériorisons l’amour de Dieu. Par notre tête, nous en comprenons le sens. Par notre bouche, nous la proclamons. En levant nos mains, nous rendons grâce à Dieu. En joignant les mains, nous sommes des priants; joindre les mains, ce n’est pas se croiser les bras. En nous serrant les bras, notre forgerons notre unité. Avec nos genoux, nous nous prosternons pour nous mettre à notre place de fils de Dieu et pour adorer Dieu. Et si nous nous tenons debout pendant la messe c’est pour recevoir notre liberté du Christ qui nous a remis debout par sa résurrection.

S’il y a l’unité entre notre cœur, notre tête, nos bras, nos pieds, nous saurons courir pour porter la Parole de Dieu. Nous serons de vrais missionnaires de sa Parole pour aller vivre ce que nous aurons célébré.

Chaque fois que nous faisons des fautes contre l’unité, que nous nous comparons les uns aux autres ou rivalisons dans les responsabilités, ou recherchons quelque pouvoir que ce soit, -pour se prouver quoi ?-, c’est contre le Christ que nous agissons. Chaque fois que nous nous portons les uns les autres, en particulier nous portons les plus faibles d’entre nous, ou les moins aimables à nos yeux, chaque fois que nous partageons, c’est au Christ que nous le faisons. Tout personne est infiniment respectable car elle est membre du Christ. Même le plus défiguré : il fait partie de ce corps, il a du prix aux yeux du Seigneur comme il doit en avoir à nos propres yeux.

L’Evangile nous dit que l’autorité du Christ vient du fait que ce qu’il dit, il le fait. Sa parole se confond avec sa présence. Parfaitement, comme aucun homme n’est capable de le faire. C’est le propre de Dieu. Il est la Parole de Dieu faite chair en notre humanité. C’est ce que nous vivons dans le sacrement de l’Eucharistie où le Christ fait ce qu’il dit. Quand il dit : « ceci est mon corps », il se donne en nourriture et c’est cette nourriture qui constitue le peuple que nous formons et qui assure son unité. Cette Parole, « c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit ». Et quand nous quitterons cette chapelle à l’invitation du Christ « Allez dans la paix du Christ ! », c’est pour aller vivre dans le concret de notre existence le corps du Christ que nous aurons reçu, donné en sa Parole et en son pain de vie. Ce corps fait de nous un peuple appelé à être à son tour donné en nourriture pour les hommes, nos frères, en particulier pour les plus défigurés d’entre eux.

Oui, avec Néhémie, redisons : « la joie du Seigneur est notre rempart ! ».

Messe de la Sainte Famille - année C, 27 décembre 2015, Fr Benoît DUBIGEON, ofm

1 Sam 1, 20-22.24-28 / 1 Jn 3, 1-2.21-24 / Lc 2, 41-52

 

" Comment se fait-il que vous m'ayez cherché ? "    Nous savons l'angoisse des parents dont l'enfant a disparu : fugue ou enlèvement ? Nos inquiétudes et nos angoisses sont tout à fait légitimes. Mais le Christ apprend à ses parents à ne pas en être victimes de l’attachement à notre enfant, mais à être dans des relations positives qui lui permettront de développer de vraies amitiés.

" Ne le saviez-vous pas ? C'est chez mon Père que je dois être. " Quelque chose avait échappé à Marie et Joseph. Ils savent bien que sa naissance n’est pas comme les autres, que Joseph est son père adoptif. Douze ans après, ils l’ont un peu oublié, habitués qu’ils sont à ne voir en lui qu’enfant affectueux et obéissant. Il est devenu simplement leur enfant et ils avaient oublié qu'il venait de Dieu et qu'il leur échapperait, que cet enfant leur était confié, qu'il y avait en lui un mystère qu'ils devaient respecter. "Sa mère gardait dans son cœur tous ces événements."

Un rappel éclairant pour tous les parents. Le cas de Marie et Joseph est certes unique, mais il y a dans cet évangile un appel pour tous les parents. La vie de leurs enfants, ils ne l'ont pas "donnée", ils la transmettent. Elle vient de plus loin qu’eux et a son origine dans l'Amour créateur de Dieu. La paternité n’est pas l'objet de notre désir mais un don à recevoir avec émerveillement. La maîtrise des conceptions aujourd’hui est certes bonne, mais elle peut aussi fermer à l'imprévu, de tout ce que l’on ne maîtrise pas et qui est bien plus vaste que le seul désir de l’homme et de la femme. Dieu a l'initiative et l'amour a besoin de l'inattendu pour rester un véritable amour. Si l'enfant est reçu comme un cadeau, un don, il y aura moins de risque qu'on cherche à le posséder ou le surprotéger. La part de mystère en chacun est à révéler et à respecter. Acceptons donc les distances nécessaires à toute croissance, en préparant des relais : famille élargie, éducateurs, enseignants, prêtres, parrain & marraine, etc. Nous connaissons tous ce poème de Khalil Gilbran : "vos enfants ne sont pas vos enfants…". Ou la chanson de Lynda Lemay : "Ceux que l’on met au monde ne nous appartiennent pas".

Le regard que l'on porte sur l'autre permet son développement ou au contraire l'en empêche. Les vrais parents sont ceux qui quittent le désir qu'ils ont projeté sur leur enfant pour accueillir son réel. Cela aussi est douleur d'enfantement qu'il ne s'agit en aucun cas d'anesthésier. Mais la manière d’aimer doit libérer. Avec tous les processus d'attachement, légitimes bien sûr, apprenons à mettre en place les processus de détachement pour que ce soit assumable et par le jeune et par les parents. C'est dès la naissance du bébé que l'on peut mettre en place ce qu'on aura à vivre 20 ans plus tard : quitter son père et sa mère. L'enfant ressentira que c’est une bonne chose qu’il parte du foyer. Même si cela fait effectivement souffrir, les parents ont à donner des signes à leur jeune qu’ils sont capables de l'assumer. L'adolescent veut tester la solidité de ses racines. Il n'est ni du côté des adultes, ni du côté des enfants. Et c'est ce qui arrive à Jésus à l'âge de 12 ans : Joseph croit que Jésus est avec Marie en arrière de la caravane, avec les enfants. Marie, elle, le croit avec son père en début de la caravane avec les adultes. En fait, il est avec les docteurs de la loi, c'est-à-dire qu'il est passé à un autre niveau que la seule filiation. Il est déjà dans une autre dynamique. Ce qui construit, c’est d’être chacun à sa place, rien qu’à sa place et toute sa place en complémentarité avec les autres. C’est le challenge de toute personne vis à vis de ceux qui les ont fait naître et grandir. Nul n’est prophète en son pays parce que nous nous croyons être trop connu à cause de l’affectif qui règne souvent en maître. Mais nous savons que nous nous sommes appelés, chaque jour, à renaître de l’eau et de l’Esprit, c’est-à-dire de passer de ce que l’on croît être ou de ce que les autres croient connaître de nous à ce que l’on peut effectivement devenir.

Marie et Joseph accompagnent Jésus, leur fils. Accompagner, veut dire susciter admiration, imagination, créativité. Cet Evangile nous invite à aider les jeunes à créer, à inventer, à réaliser des choses passionnantes et à sortir d’une attitude de consommateurs uniquement passifs, et à bien les accompagner sur ce chemin.

Jésus leur était soumis : soumis ne veut pas dire infantiliser, mais permettre que nos jeunes se mettent sous l’influence de ce qui leur donnera une véritable autonomie, et leur en donner les moyens.

Quand nous reconnaissons la vie comme un don de Dieu et que nous vivons dans une immense attitude de confiance en cette vie déposée en nos proches, quel bonheur nous vivons !

Messe de Noël - année C, 24 décembre 2015, Fr Christian de Montaigu, ofm

Is 62, 1-5 / Ac 13, 16-17.22-25 / Mt 1,1-25

 

« Le peuple qui habitait les ténèbres a vu se lever une grande lumière ».

Le texte d'Isaïe fait donc état des ténèbres, de l'ombre, des dépouilles, des vaincus, du joug, du bâton, du fouet, des manteaux couverts de sang et des chaussures qui piétinent les plus faibles. Et c'est ce soir Noël ? Oui, tout cela est bien d'actualité : même ce soir, nous ne pouvons pas faire l'impasse des récents événements si violents et de tous ces pays actuellement en guerre de par le monde.

Et nous fêtons Noël. Au cœur de ce constat douloureux, Isaïe nous dit que ces ténèbres sont éclairées, que ces bourreaux sont mis à terre, que ces violences sont brisées. La lumière casse définitivement les ténèbres : elle resplendi. La paix stoppe la guerre : elle repose. Car un enfant nous est né. Les langes d'un nouveau né remplacent les manteaux ruisselants de sang. Le pouvoir des puissants cède le pas à la fraîcheur de cet Enfant. Si les paradis fiscaux de l'argent virtuel mets sur la paille les plus modestes et révèlent la fragilité extrême de notre système de valeurs, nous accueillons en cette nuit un Enfant né sur la paille, né sur la paille de nos fragilités.

Dans cette crèche, cet Enfant est venu révéler :

Un nouveau Royaume, celui de Dieu,

Une nouvelle paix, celle du Christ Prince de la Paix,

Une nouvelle solidarité, celle où ceux qui pleurent sont consolés.

Où le plus grand est le plus humble,

Où le plus humble diffuse sa force,

Où le priant qui rayonne casse les ténèbres,

Où le pacifique qui fait le premier pas fait déposer les armes,

Où celui qui a traversé sa propre humanité paradoxale vient laver le sang,

Où la joie parfaite qui assume la rudesse de la vie devient contagieuse,

Où les mains qui s'entraident transforment les cœurs,

Où les prisonniers en état de veille découvrent la vraie liberté,

Où les plus sécularisés accueillent leur Créateur d'en Haut.

Oui, « un Enfant nous est né, un Fils nous est donné ». C'est le Christ, C'est le Seigneur.

N'ayons pas peur :

Il vient pour tout aimer,

Il vient pour tout assumer,

Il vient pour tout sauver,

Il vient pour ouvrir le ciel et refermer nos égoïsmes,

Il vient au plus bas pour nous élever au plus haut,

Il vient le Très-Bas pour nous faire le don du Très-Haut,

Il vient comme un Fils pour révéler son Père afin qu'Il devienne le nôtre,

Il vient de chez son Père en se faisant notre frère,

Il vient comme un pauvre pour que personne ne craigne de l'approcher,

Il vient comme un enfant pour faire craquer nos cuirasses,

Il vient emmailloter pour délier nos entraves,

Il vient coucher dans une crèche en bois pour nos relever de nos ornières,

Il vient quand il n'y a plus de place pour donner à chacun sa propre place,

Il vient dans une crèche pauvre pour enrichir notre vie de sa richesse divine,

Il vient, menuisier de son métier, cloué sur le bois de la croix pour nous faire le don de sa vie,

Il vient en Premier-Né d’entre les morts, ressuscité,

Il vient pour faire sonner les trompettes des anges et réjouir tout homme.

Il vient et ce soir nous l'accueillons dans un cœur émerveillé.

Comme un enfant qui découvre ce qu'il n'a jamais vu, nous lui ouvrons

La porte de notre cœur

La crèche de nos vies,

Le temple de nos prières,

La maison de notre intimité,

Les mains de nos solidarités,

La tête de notre raison,

Les pieds de nos élans missionnaires,

Et notre cœur qui reste à attendrir.

  • Un Enfant nous est né, un Fils nous est donné ».
  • Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes » qu'Il aime passionnément, à qui Il s'est donné totalement, sans rien retenir de Lui-même.
  • Voilà ce que fait l'Amour de notre Dieu ! ».

Visitation 2015 - 4ème dimanche de l’Avent- année C, 20 décembre 2015, Fr Benoît Dubigeon, ofm

Mi 5, 1‑4a / He 10, 5‑10) / Lc 1, 39‑45)

 

  1. l'allégresse du départ
  2. le soupir d'Elizabeth
  3. le flash de l'enthousiasme marial.

 

  • L'allégresse du départ

Saint Luc nous précise tout d'abord que c'est immédiatement, juste après le départ de l'ange à l'annonciation que Marie s'en va de suite spontanément chez sa cousine Elizabeth. Elle vient d'apprendre qu'elle en est au sixième mois de sa grossesse et elle part sans plus attendre pour l'aider. Non pas « rapidement », comme le dit la traduction, mais dans un empressement joyeux, c'est-à-dire « allègrement » ! Elle est partie à l'insu de son fiancé et peut-être même de ses parents. « Messire Dieu, premier servi », comme disait Jeanne d’Arc !

Elle part allègrement pour un voyage long et risqué vu son jeune âge, dans la montagne lointaine. Ce récit de Luc, en fait, fait allusion au transfert de l'arche de l'alliance par David dans la montagne de Juda où elle demeurera trois mois avant d'être portée à Jérusalem : exactement le temps que demeurera Marie auprès d'Elizabeth. Or, Marie est la nouvelle arche d'alliance, consciente de son trésor qu’elle porte en elle.

  • Le soupir d'Elizabeth

Contrairement aux usages des juifs en entrant dans la maison, Marie ne salue pas le maître des lieux, le prêtre Zacharie, mais sa femme Elizabeth, sa cousine. Elisabeth ne cache pas sa surprise. Elle ne sait pas par Zacharie que son propre enfant serait rempli du Saint Esprit et qu'il serait précurseur du Messie : en effet, Zacharie est muet !

Marie vient pour aider ! Or, à la voix de Marie, l'enfant qu’Elizabeth porte en elle tressaille et bondi de joie. Elizabeth est remplie de l'Esprit Saint et reconnaît en Marie, non plus seulement sa petite cousine, mais la femme choisie pour être la mère du Seigneur. Tout comme David avait dansé de joie devant l'arche, ainsi, dans le sein de sa mère, Jean-Baptiste danse de joie (c'est le mot précis) à la salutation de Marie. Et comme le peuple d'Israël crie de joie à la vue de l'arche de l'alliance, ainsi Elizabeth pousse de grands cris de joie à l'arrivée de Marie sous l'action de l'Esprit.

Elisabeth comprend alors l’abîme qui sépare la vierge Marie de Zacharie son époux. Celui-ci était muet à cause de son incrédulité. Marie porte le Verbe de Dieu et exulte de sa foi « bienheureux es-tu, toi qui as cru à l'accomplissement des paroles qui lui furent dite de la part du Seigneur ».

  • Le flash de l'enthousiasme marial

C'est dans cette visitation de Marie avec Elizabeth que va jaillir un Magnificat inattendu. Elle, une fille de quinze ans, originaire d'une bourgade de mal famés (« de Nazareth, rien de bon ne peut sortir »), voilà que Dieu a regardée cette jeune fille, autrement : il a fait en elle une histoire sainte, pour sauver son peuple ! Marie entrevoit l'avenir : la culbute des puissants et la promotion des humbles !

C'est l'exhaussement de l'histoire sainte. C’est la future naissance de l'Eglise avec Marie présente au Cénacle. Si l'Esprit Saint a suscité le Magnificat pour la merveille accomplie en elle, les apôtres proclameront la Pentecôte les merveilles de Dieu au monde entier.

« Il renverse les puissants de leur trône, il renverse les puissants de leur trône, il élève les humbles » : le Magnificat est dangereux ! Tremblez les dictateurs de tout poils !

Et nous ? Si nous vivions toutes nos rencontres comme une visitation ? Si nous laissions notre vie, notre foi, notre crèche intérieure à la présence de Dieu ? Et porteur de ce don de Dieu dans nos vies, quand nous allons à la rencontre de nos plus proches, les bons comme les méchants, si nous les rencontrions comme étant eux aussi porteur du don de Dieu. Alors, ce que nous portons de meilleur en nous, notre foi, nos dons, se mettraient à danser, à exulter et à donner à voir le meilleur d’eux-mêmes. Nous permettrions ainsi aux autres de donner le meilleur d’eux-mêmes. Et la vie serait une danse de personnes animées de l’intérieur par la présence de Dieu dans nos vies.

Faisons de nos rencontres, non pas seulement des visites, mais des visitations.

3ème dimanche de l’Avent - année C - 13 décembre 2015, Fr Henri Namur, ofm

So 3,14-18 / Ph 4, 4-7 / Lc 3,10-18

 

       Ce troisième dimanche de l’Avent est traditionnellement appelé dimanche de Gaudete, verbe latin qui signifie « soyez dans la joie ». Or, effectivement, la joie est le Maître mot qui traverse les lectures de ce jour. Ecoutez :

 

       Le prophète Sophonie : Pousse des cris de joie…ne crains pas…

 

       Le Psaume : Jubilez, criez de joie, habitants de Sion,

 

       St Paul, dans la lettre qu’il adresse aux chrétiens de Philippe : Soyez dans la joie du Seigneur…Que votre sérénité soit connue de tous les hommes.

 

       Pourquoi ces appels vibrants à la joie ?

                       

       Pour le prophète Sophonie c’est Parce que le Seigneur est parmi nous, qu’il a écarté nos accusateurs et que son amour a puissance de nous renouveler…Effectivement, il y a de quoi se réjouir ! Mieux encore, c’est parce que le Seigneur trouve en nous sa joie et son allégresse au point qu’il est même prêt à danser pour nous ! C’est toujours le prophète Sophonie qui parle…

 

       Pour le Psalmiste, c’est parce que le Seigneur est grand au milieu de nous !

 

       Pour Saint Paul, c’est parce que le Seigneur est proche et que le constat de cette proximité doit chasser nos inquiétudes et nous pousser à la prière… Saint Paul ajoute que cette joie est aussi la résultante de notre capacité à accueillir la paix de Dieu qui dépasse notre imagination et gardera nos cœurs et notre intelligence dans le Christ.

 

       L’Evangile, lui, ne nous invite pas explicitement à la joie mais il désigne très clairement Celui qui en est tout à la fois la source et l’accomplissement. Saint Luc nous met en présence de Jean-Baptiste, celui qui par excellence représente toute l’attente d’Israël et, en même temps, désigne Celui qui est attendu et qui accomplit cette attente…

 

       Jean Baptiste est là au milieu des nombreuses personnes qui viennent se faire baptiser par lui. Beaucoup s’interrogent sur ce qu’ils doivent faire pour accueillir le Messie ? Face à cette interrogation Jean répond sans détours, avec humilité et sagesse. Il ne propose pas aux personnes rassemblées autour de lui des choses extraordinaires pour vivre cette attente. Il les invite au partage ; c’est ainsi qu’aux collecteurs d’impôts il demande de ne rien exiger de plus que ce qui leur est fixé. Quant aux soldats, il les invite à ne faire ni violence ni tort à personne et à se contenter de leur solde. A première vue on pourrait penser que Jean promeut la soumission et la résignation. Loin s’en faut ! Il appelle au contraire ses interlocuteurs à une simplicité de vie qui ne soit pas une course effrénée à l’argent mais qui prenne souci de l’autre. Ce que Jean dit en s’exprimant ainsi c’est que l’égoïsme, comme seul critère de l’action, n’est pas la meilleure façon d’attendre le messie. Faire de notre « moi » notre seule raison de vivre c’est à coup sûr rater l’attente du Messie… En fait, la meilleure façon que nous propose Jean pour nous préparer à la venue du Seigneur, c’est de sortir de nous-mêmes et de prêter attention à nos proches. Cette invitation résonne déjà comme une première annonce du sermon sur la montagne : « ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait »…

 

       Ces personnes sont à ce point en attente du Messie qu’ils en viennent même à se demander si Jean n’est pas le Messie attendu ?

 

       C’est alors que Jean, avec une humilité et une droiture étonnantes s’adresse à tous : « Moi, je vous baptise avec de l'eau ; mais il vient, celui qui est plus puissant que moi. Je ne suis pas digne de défaire la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l'Esprit Saint et dans le feu. » L’Esprit-Saint et l’eau. L’eau, symbole de conversion, le feu, symbole de l’Esprit-Saint. L’eau caractérise Jean-Baptiste en tant qu’il est le Dernier Prophète du Premier Testament et qu’il prépare les chemins du Seigneur par un baptême de conversion ; L’Esprit-Saint, lui, caractérise Jésus, en tant que son baptême, à la différence de celui de jean, nous plonge dans le feu de l’amour de Dieu et nous introduit dans la Sainte Trinité.

 

       Puis Jean continue. Il ne se contente pas de désigner le Messie, il nous le présente comme un vanneur qui bat son blé en plein vent pour séparer le grain de la balle. Dites, séparer le grain de la balle, cela ne vous rappelle rien de la part de Dieu ? Pensez au récit de la Genèse. Au commencement, Dieu ne crée-t-il pas déjà en séparant ? Cette séparation du blé et de la balle dit bien ce qu’il en est de nos vies aujourd’hui : tout ce qui dans nos vies a été essais infructueux, erreurs, échecs, péché, tout cela disparaîtra. Seul le bon grain caché au cœur de nos existences souvent enlisées dans bien des préoccupations nécessaires mais éphémères, seul ce bon grain sera engrangé ; seul le fruit de nos efforts désintéressés accomplis pour les autres sera engrangé ; Seuls nos partages fraternels du vêtement et de la nourriture avec ceux qui en ont besoin seront engrangés dans les demeures éternelles.

 

       N’est-ce pas ce qui est à l’œuvre dans chacune de nos célébrations eucharistiques quand nous demandons à Dieu de ne pas regarder nos péchés mais d’accueillir en nous ce qui vient de lui ? Pensez au paroles prononcées à l’Offertoire : nous offrons à Dieu le pain, « fruit de la terre et du travail des hommes », et il nous le rend en Pain de la vie éternelle.

 

       Voilà, la source de notre joie en ce troisième dimanche de l’Avent. Oui, soyons dans la joie car le Seigneur notre Dieu est parmi nous. Non seulement il est parmi nous mais c’est en nous qu’il trouve sa joie et son allégresse chaque fois que nous le laissons nous renouveler par son amour lui permettant ainsi de danser pour nous avec des cris de joie comme aux jours de fête.

2ème dimanche de l’Avent 2015 - année C, 6 décembre 2015, Augustin Grillon,Diacre du Diocèse de Créteil

Ba 5, 1-9 / Ph 1, 4-6.8-11 / Lc 3,1-6

 

Nous sommes aujourd'hui le deuxième dimanche de l'Avent. Or qu'est-ce que l'Avent ? C'est le temps qui précède ce qui doit ad-venir, et c'est la même racine qui donne sens au mot aventure. Dans cet « ad-venir » il y a une relation au temps : de ce qui est, a été, et sera.

Dans le livre de Baruc, nous sommes dans une aventure, qui s'est déroulée dans le passé, et ce passé a été un temps terrible « Tu les avais vus partir à pied, emmenés par les ennemis », mais ce temps est révolu, puisqu'il est dit à Israël « Debout, Jérusalem ! Tiens-toi sur la hauteur et regarde vers l'orient... » Le temps du récit est maintenant le présent qui bientôt cède la place à un futur « Sur l'ordre de Dieu, les forêts et les arbres odoriférants donneront à Israël leur ombrage ; car Dieu conduira Israël dans la joie... ». L'évocation du passé est la racine du présent, lui-même support d'un lendemain de joie et de justice.

Cette orientation du regard et du cœur nous la retrouvons dans le psaume, qui évoque la captivité, puis la libération et la joie du retour à la maison. Cette joie, une vieille dame du quartier me l'a racontée, quand son Félix, parti à la guerre, fait prisonnier, est enfin revenu dans leur village de Loire-Atlantique. Le captif était revenu, et l'eau rejaillissait dans la vie de sa fiancée Marie-Thérèse ! Une émotion immense tenaille encore cette jeune fille, de 98 ans !

Alors maintenant que les Anciens, Baruc et David, ont planté en nos mémoires ces souvenirs, ce décor intérieur, nous entendons Luc. Il définit un temps, « l'an quinze du règne de Tibère... », il définit un lieu, le désert, il définit une action : « la parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, le fils de Zacharie. »

La parole de Dieu fut adressée à Jean, le fils de Zacharie. Le silence du désert est nécessaire à l'homme pour l'écoute de la parole du Seigneur.

Pendant des années aux enfants du catéchisme j'ai posé la question suivante : Pourquoi les textes de l'Evangile que nous lisons le dimanche commencent presque toujours par un verbe de mouvement ? (Alors que la ressource du papier et de l'encre est une denrée chère à l'époque !)

Et bien après les présentations des puissants assis sur leurs trônes respectifs, ce qui concerne la relation à Dieu est en mouvement : « il parcourut toute la région du Jourdain ». C'était une réponse difficile à trouver pour les enfants, il s'agit juste de dire que les serviteurs de Dieu, et Dieu lui même sont dans ce mouvement. Il y a une évidence que nous voyons sans arriver à la formuler : Jean, et Jésus plus tard, mais ses parents, Joseph et Marie, aussi bientôt... arrivent d'ailleurs, … parlent un peu et … repartent.

Jean demande un baptême de conversion, pour le pardon des péchés. N'est-ce pas encore un mouvement, intérieur. Cette parole de Jean, qui reprend Isaïe, décrit un paysage, avec des sentiers, des ravins, des montagnes et des collines, des passages tortueux et des chemins rocailleux. De ces paysages intérieurs, Jean nous demande d'en travailler les voies de communication, de manière à ce que nous percevions le salut de Dieu dans nos vies et que l'action de Dieu, de miséricorde, puisse s'y accomplir.

Une promenade, l'été, dans les Cévennes sous le soleil brûlant a été pour moi l'occasion d'un échange avec notre fille. Elle râlait beaucoup, comme j'avais râlé enfant dans les montagnes du briançonnais. Nous avons monté la pente, ensemble, séparément, doucement, vite, elle râlant, mon épouse et moi la poussant encourageant motivant à continuer. Et à un moment, la pente s'est adoucie, le paysage de la vallée était splendide, nous avions moins chaud, l'horizon n'était plus dans nos pieds. Il était là, le loin n'était plus caché et nous savions que l'eau bientôt, des sources du Tarn, nous rafraîchirait bientôt. Le présent était beau car empli d'une promesse de bientôt nous désaltérer.

De cette proclamation de Jean, à un baptême de conversion, dans ces oracles d'Isaïe pour qui tout être vivant verra le salut de Dieu nous avons à garder en mémoire qu'il y a pour nous un chemin vers Dieu, chemin intérieur, de bonheur, oui, même s'il y a des ravins et des rocailles.

Paul dans sa lettre aux Philippiens emploie un langage plein de douceur et de tendresse, il parle de sa « vive affection pour […] tous dans la tendresse du Christ Jésus ».

Ce chemin c'est aujourd'hui que nous le continuons, ensemble ici rassemblés au nom du Seigneur Jésus-Christ, pour quelques instants. N'oublions pas que nous nous recroiserons un jour prochain, ou lointain, et que nous pourrons alors faire quelque pas les uns près des autres, nous écoutant. Avons-nous l'audace d'écouter la voix de Dieu en nous, dans la présence de nos frères et sœurs près de nous ? Même s'il y a des ravins entre nous ? Pouvons-nous combler ces ravins ? Seigneur donne-nous le désir de nous mettre en chemin, et de dépasser les obstacles qui nous séparent de toi et de nos frères et sœurs.

Ainsi nous nous préparons à accueillir dans nos vies, le mystère de ton incarnation.

Ainsi nous partagerons tout à l'heure le pain, le vin.

La parole vivante de la miséricorde du Seigneur Dieu naîtra dans quelques jours. Elle sera longtemps fragile. A nous de la fortifier, dans nos cœurs.

Amen !

Homélie 1er dimanche de l'Avent - 29 novembre 2015, Frère Christian de Montaigu, ofm

Jr 33, 14-16 / 1 TH 3, 12-4, 2 / Luc 21.25-28.34-36

 

Nous commençons l'Avent dans des temps bien troublés. Notre cœur est inquiet; le monde est en grande souffrance dans les violences faites aux hommes par les hommes eux-mêmes et par une nature qui réclame sa place. Crimes, guerres, assassinats, viols, attentats et tueries en tout genre sont le lot quotidien de nos informations couplées aux ouragans dévastateurs, à la banquise qui s'effondre, au déplacement des peuples, aux incendies gigantesques, aux mers qui s'élèvent. L'homme, la flore et la faune sont désemparés. Serions-nous dans la description de l'Evangile de ce jour? « Sur terre, les nations seront affolées et désemparées par le fracas de la mer et des flots. Les hommes mourront de peur! » Il y a effectivement de quoi s'interroger.

Face à cela, l'Eglise poursuit son train de sénateur. Dans cette même année, le pape nous a offert déjà deux grandes encycliques: la joie de l'Evangile et laudato Si. Et nous attendons celle sur la miséricorde d'ici quelques jours. Au milieu de nos bouleversements, l'Eglise rappelle à chacun de nous l'espérance des baptisés. Le Christ demeure là présent dans nos vies. La joie de l'annonce manifeste, notre certitude de notre appartenance au Christ et rien ne pourra nous séparer de son amour. Nous sommes avec lui des vivants armés contre l'angoisse, la peur et le désespoir. Notre rédemption approche. Saurons-nous tenir debout devant le Fils de l'Homme, comme des hommes et des femmes qui assumons notre humanité.

Laudato Si ne nous cache pas la tâche qui est là, présente devant nos yeux. L'encyclique nous rappelle notre vocation à être les gardiens de l'œuvre de Dieu. C'est une part essentielle de la vertu de notre existence et ce n'est pas un élément optionnel et encore moins un aspect secondaire de notre expérience chrétienne. Il y a urgence à y être présent. A partir de la foi nous pourrons nous rappeler à nous-mêmes et au monde que les réalités naturelles sont des créatures de Dieu. Cette observation élémentaire pour chaque croyant a l'effet bienfaisant de nous faire sortir d'une relation bipolaire homme-nature qui peut devenir conflictuel pour une réelle relation incluant Dieu et ouvrant ainsi une vraie perspective. Homme et nature sont des créatures de Dieu; nous reconnaissons ainsi qu'Il est vraiment à l'origine de tout. Il en découle une relation fraternelle si chère à St François d’ Assise. Pour une vraie rencontre entre tous, François à l'exemple du Christ propose la sobriété dans l'usage des ressources et une relation pacifiée dans l'accueil de l'autre.

Nous nous mettons en route à l'invitation de l'Eglise afin d'accueillir le Fils de Dieu. Qu'allons-nous offrir à la crèche? Que préparons-nous au fond de notre cœur pour découvrir l'immensité du don de Dieu? St Paul,  dans sa lettre aux Thessaloniciens, nous invite à faire « de nouveaux progrès ». Cette interpellation me semble à propos. Avec les évènements qui nous entourent, faire des progrès change sans doute notre façon habituelle et traditionnelle d'aborder ce temps si précieux de conversion qu'est l'Avent.

Sans doute est-il nécessaire de se mettre en situation de miséricorde pour accueillir et écouter notre monde. Non pas avec les yeux des hommes mais avec ceux du Christ. C'est s'habituer à prendre le regard de celui qui nous apprend vraiment à regarder. Simplement en pensant que la personne qui est en face de moi est autant aimée par Dieu que moi.

Puisque nous recevons ce regard, naturellement mettons le Christ au centre de notre vie. Non seulement le mettre au centre de notre vie mais aussi l'annoncer. Dire que, par Lui, tout homme est aimé de Dieu.

Enfin puisque le Christ a foulé cette terre, que puis-je faire dans mon quotidien pour que celle-ci puisse réellement respirer. Evitons d'être désabusé en croyant que ce n'est pas à notre niveau mais au contraire pensons qu'avec des petits pas, on fait de grandes choses, et qu'une goutte d'eau est nécessaire pour faire une mer. Il est beau d'avoir l'Esprit du Seigneur mais encore faut-il avoir sa sainte opération. Nous devons revoir nos comportements sur l'utilisation personnelle, familiale ou communautaire de notre propre consommation d’électricité, de chauffage, de l'air conditionné ou des appareils de réfrigération. L'élimination de nos déchets devra orienter nos comportements. Nous devrons sélectionner nos acquisitions en considérant leur caractère éthique, outre la convenance ou la commodité. Et il y a bien d'autres choses que nous pouvons faire. Cependant la réflexion communautaire et la formation sont nécessaires.

Voilà comment nous pouvons faire des progrès dans notre vie de chrétien à l'approche de Noël. La terre, don de Dieu,  attend notre conversion pour qu'elle puisse toujours offrir un avenir à l'humanité. Faisons lui miséricorde. Amen

Christ Roi - année B, 22 novembre 2015, Fr Benoît Dubigeon, ofm

Dn 7, 13-14 / Ap 1, 5-8 / Jn 18, 33b-37

 

La clôture de l’année liturgique qui précède le premier dimanche de l’Avent nous fait anticiper un ultime accomplissement : celui de la fin des temps, celui du jugement dernier. Aujourd’hui, le Christ nous est présenté comme Celui qui est le Roi tant des univers que de nos cœurs. Sa Royauté n’a rien à voir avec celle des hommes. Les insignes de son pouvoir sont la tunique et l’humilité du serviteur ainsi que la croix des suppliciés. La Royauté du Christ, c’est le fruit, si j’ose dire, de sa façon de venir jusqu’à nous et de vivre parmi nous : n’ayant rien revendiqué pour Lui de ce qui le rendait égal à Dieu, vivant pour nous l’amour du Père jusqu’au bout de sa croix, il a été élevé au-dessus de tout…

Je voyais venir un Fils d’homme. A lui furent donné la royauté et la gloire. Un fils d’homme, un fils de notre humanité qui a reçu sa gloire de son Père. Un fils qui était de toute éternité, dans le dynamisme de l’Esprit, dans la contemplation de son Père. Quand il n’était pas d’homme encore pour avoir part à la beauté de Dieu, le Christ, le Premier-Né,  chantait dans l’Esprit Saint la beauté et la magnificence de Dieu.

S

 

a domination  est une domination éternelle : elle ne passera pas, elle ne sera pas détruite. Quelle merveille ! Quelle joie avons-nous, chrétiens, d’être invités à cette espérance d’être, en Christ, associés à une telle éternité. Devant ce monde qui passe, face aux espérances déçues, spectateurs, parfois acteurs, de tromperies politiques et économiques qui détruisent les fils des hommes, le Christ nous invite à siéger sur son trône de gloire. Amen !, disons-nous tout au longe de la messe : ça tient, c’est solide, c’est éternel.

Mais de quelle sorte est cette royauté, cette domination ? Nos royautés humaines sont périssables, instables et parfois tournées vers l’appétit du pouvoir. Mais pas toujours, il faut aussi le dire. Il y a de beaux témoignages en ce domaine. La royauté du Christ, dit-il à Pilate à la veille de mourir, sa royauté ne vient pas de ce monde. Elle ne prend pas sa source dans les valeurs humaines. Elle n’a pas besoin de la force pour s’imposer mais elle reçoit tout du Père ce qu’elle est de toute éternité. Elle donne la vie en rejoignant chacun là où il en est, sans le devancer. Elle accompagne, en particulier le plus blessé d’entre nous. Elle ne juge pas, mais espère toujours. Ceux qui sont jugés comme étrangers à nos morales officielles se découvrent les premiers aimés par Dieu et par ceux qui sont les témoins fidèles de l’Evangile. Sa royauté relève et réchauffe ceux qui sont glacés par le manque de tendresse. Elle donne la vie à profusion et témoigne de l’unique vérité qu’est le Père, Dieu de tout l’univers.

Donner la vie ainsi, pour le Christ, comme pour tous ceux qui s’y risquent, a été crucifiant. Il a été rejeté par ceux-là mêmes à qui il voulait passionnément donner la vie. Tuer le Roi de l’univers, le Christ auteur de la vie, c’est le péché par excellence. Mais le Christ, « le témoin fidèle du Père, le premier-né d’entre les morts, le souverain des rois de la terre », notre Christ a reçu de son Père, à cause de l’amour qu’il a vécu jusqu’au bout, la résurrection pour l’éternité. Eternité qu’il a promise à tout homme, ce pour quoi chacun de nous est fait. « Tous les hommes le verront, même ceux qui l’ont transpercé », nous est-il dit dans le livre de l’Apocalypse, le livre de la Révélation du Christ-Roi de l’univers. Il est Roi d’amour pour tous : toute l’humanité est concernée. Quelle espérance !

Oui, c’est bien notre espérance que personne, au nom du Christ-Roi, et parce qu’il est fils ou fille de Dieu, personne n’est réductible au mal qu’il peut commettre. Mais que le Christ nous associe, gratuitement, à sa Royauté d’amour auprès du Père et dans l’Esprit-Saint. S’il est l’Alpha, il est l’Oméga, c’est que je suis précédé dans l’amour et il viendra finaliser ce que j’ai commencé. Oui, Seigneur, tout ce que j’aurai commencé sera accompli. Et puisque par mon baptême je suis aussi roi, qu’envers les plus petits et les plus difficiles à supporter, fais Seigneur que je sois roi à ta manière, en prenant la position humble de serviteur. 

33ème dimanche du temps ordinaire - année B, 15 novembre 2015, Fr Henri Namur, ofm

Dn 12, 1-3 / He 10, 11-14.18 / Mc 13, 24-32

 

Une fois n’est pas coutume : je vais emprunter aux médias leur style journalistique pour rassembler sous forme de scoops les lectures de ce denier dimanche de l’année liturgique.

 

Premier scoop de la part du prophète Daniel. Il témoigne de ce qu’il a entendu de la part de Dieu : Moi, Daniel, j'ai entendu cette parole de la part du Seigneur : « En ce temps-là se lèvera Michel, le chef des anges, celui qui veille sur ton peuple… En ce temps-là viendra le salut de ton peuple, de tous ceux dont le nom se trouvera dans le livre de Dieu. »

 

Deuxième scoop, celui du psalmiste qui a rédigé le Ps 15 et qui s’adresse personnellement et directement à Dieu: tu ne peux m'abandonner à la mort ni laisser ton ami voir la corruption. Mon Dieu, j'ai fait de toi mon refuge. Tu m'apprends le chemin de la vie :

 

Troisième scoop de la part de l’auteur de la lettre aux Hébreux (He 10,11) : Jésus Christ, après avoir offert pour les péchés un unique sacrifice, s'est assis pour toujours à la droite de Dieu…Par son sacrifice unique, il a mené pour toujours à leur perfection ceux qui reçoivent de lui la sainteté.

 

Enfin, ce dernier scoop étonnant de la part de Jésus (Mc 13, 24) : Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas.

 

Que faire de tous ces scoops? Comment nous situer ? En fait, loin de nourrir nos peurs archaïques, ils nous mettent en présence d’une fin des temps qui n’a pas lieu de nous effrayer outre mesure. Pourquoi ? Parce que cette annonce de la fin des temps n’est pas l’annonce d’une fin catastrophique au terme de laquelle il n’y a plus rien  mais bien plutôt l’annonce d’un passage et d’un accomplissement. Cet accomplissement des temps est comme le passage à quelque chose de radicalement nouveau. Une nouveauté radicale qui pourtant ne nous est pas totalement étrangère si du moins nous marchons habituellement aux côtés de Celui qui est le Maître de nos vies. Ce compagnonnage avec le Christ a l’avantage de nous permettre de comprendre que ce passage et cet accomplissement s’effectuent en fait dans la victoire du Christ sur le péché et sur la mort.

 

Ce qui est derrière tout cela, c’est le fait que Dieu ne revient pas sur son projet créateur qui est l’expression de sa bonté. Face à notre liberté et à notre capacité à le refuser, Dieu patiente, Dieu se donne. En Jésus, il nous a pardonnés une fois pour toutes sur la Croix. En Jésus, il nous apprend au cœur même de notre condition humaine,  à retrouver les mots et les gestes de notre consentement libre au don gratuit qu’Il nous fait de son amour dans sa Création, dans son Fils et dans l’Esprit-Saint.

 

La fin des temps est bien un accomplissement et un passage au même titre que le figuier qui reverdit  est le signe de tout ce qui s’est accompli de façon invisible au creux de la terre et de l’hiver. Arrivé le Printemps, le figuier lance ses ramures tendres annonciatrices d’un fruit doux et suave.

 

Ce qui fait que cette fin des temps ne doit pas nous effrayer, même si notre imaginaire essaye constamment de la dépeindre de façon inquiétante, c’est la Parole forte de Jésus : Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas. Les Paroles de Jésus ce sont celles du Verbe Eternel de Dieu qui nous a rejoint au cœur de notre condition humaine. Les Paroles de Jésus qui ne passent pas sont précisément ces paroles dans lesquelles se trouve notre vie éternelle, notre vie de plénitude dès maintenant comme au moment de l’avènement du Fils de l’Homme, avènement dont Jésus nous dit dont  qu’il sera semblable à l’éclatement de vie et de couleurs du figuier au moment du Printemps…

 

Hommes et femmes de foi, rassemblés autour du Christ en ce dernier dimanche de l’année qui symbolise le dernier de nos jours et des jours du monde, c’est dans cette confiance-là que nous devons recevoir l’annonce de la fin des temps, nous qui sommes les compagnons de cette Parole de Vie qui traverse toute les Ecritures et qui s’accomplit en Jésus une fois pour toutes.

 

En fait, s’il y a une urgence attachée à cette fin des temps, c’est celle de notre conversion, c’est celle de notre responsabilité et liberté, c’est celle de notre témoignage. Il est urgent que notre monde souvent loin de Dieu et qui parfois le rejette, puisse recevoir lui aussi cette Parole de Vie qui ne passe pas au moment où tout le reste passe, et il en va de la responsabilité de notre propre conversion et témoignage…

 

Prions avec foi, au cours de cette célébration Eucharistique. Demandons les uns pour les autres le don de l’Esprit Saint afin de discerner toutes choses qui nous concernent sur l’horizon de notre vie déjà là et encore à venir. Oui, nous sommes destinés à passer,  oui, nous sommes appelés à accomplir notre Pâque en inscrivant nos vies dans l’unique Pâque du Christ. Oui, nous pouvons prier d’un seul cœur avec le Psalmiste :

 

« Seigneur mon partage et ma coupe, de toi dépend mon sort. Je te garde devant moi sans relâche ; tu es à ma droite : je suis inébranlable. Mon cœur exulte, mon âme est en fête, ma chair elle-même repose en confiance car tu ne peux m’abandonner à la mort ni me laisser, moi ton ami, voir la corruption. Mon Dieu, aujourd’hui encore je décide librement de faire de toi mon unique refuge car c’est Toi qui m’apprends le chemin de la vie : sous ton regard mon cœur déborde de joie ! En ta présence, ce sont déjà ici-bas les délices de ton Royaume éternel, Amen.

 

Fête de la Toussaint - année B, 1er novembre 2015, Fr Henri Namur, ofm

Ap 7, 2-4.9-14 / Jn 3, 1-3 / Mt 5, 1-12a

 

  • Avec l'Apocalypse de Saint Jean nous sommes plongés dans le monde de l'image et des symboles : Saint Jean nous donne à voir ! Venons donc et voyons… Voici une foule immense, une foule qui échappe à la dévastation de la terre et de la mer par l'intervention de l'Ange de Dieu. Cette foule n’est pas anonyme, ce sont les serviteurs de Dieu, et ils sont reconnaissables parce que porteurs du sceau, qui est la marque du Dieu vivant. De plus, ils sont vêtus de blanc et ils proclament d'une voix forte que le Salut ne vient pas des hommes mais qu'il est donné par notre Dieu… : le message est clair ! Pourtant, un des Anciens qui observe cette foule prend la parole : qui sont tous ces gens vêtus de blanc et d'où viennent-ils ? Réponse : ils viennent de la grande épreuve…ils ont lavé leurs vêtements, ils les ont purifiés dans le sang de l'Agneau... Transposé en langage d’aujourd’hui la réponse pourrait se formuler ainsi : tous ces gens, ce sont les saints de la vie de tous les jours, hommes et femmes marqués par le sceau du baptême. Plongés dans la mort et la résurrection du Christ, ils ont fait de leur baptême un témoignage quotidien de purification, de conversion et d'amour. Eux aussi, en leur temps, ils sont venus, ils ont vus et ils sont devenus disciples du Christ .

 

  • La deuxième lecture, toujours en Saint Jean mais cette fois-ci dans sa première lettre, nous fait progresser. Saint Jean affirme que lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu'il est et il ajoute :        « tout homme qui fonde sur le Christ une telle espérance se rend pur comme lui-même, Jésus, est pur » Comment comprendre ce mot « pur », de quelle pureté s’agit-il ? A bien lire Saint Jean, il est clair que nous ne sommes pas dans la logique d'une pureté rituelle mais dans celle d'une pureté qui se fait accueil. Accueil de Celui qui transforme notre regard, nos intentions et notre agir. En fait, est pur, celui qui consent à sa vocation à la sainteté, quels que soient son caractère, ses limites, ses petits côtés et même son péché. Emprunter les chemins de la sainteté, c'est donc croire, pour en vivre, qu’ au cœur même des contradictions et des nuits de nos vies, nous sommes comblés de l'amour du Père qui nous appelle ses enfants. Pureté et sainteté sont intimement liés…le cœur pur, dans toute la tradition biblique, c’est celui qui n’est pas double ! Quant à la sainteté, elle n’est autre que la Bonté de Dieu. C’est St Bonaventure qui rend équivalent ces deux mots de sainteté et de bonté. C’est même sur le mot « Bon » que l’on trouve dans cette réplique de Jésus à un homme qui accourt vers Lui pour savoir ce qu’il doit faire pour avoir la vie éternelle « pourquoi m’appelles-tu bon, Dieu seul est bon » que Bonaventure construira toute sa théologie. Cette bonté qui dit Dieu, dit donc ce qu'est la sainteté comme chemin d’accueil d’un amour que le monde ne connaît pas et que nous avons à lui révéler en en vivant tout simplement...

 

Quand à l’Evangile il nous dévoile ce qu'est cet amour qui rend saint. Pour cela, il nous propose de contempler Jésus. Jésus a prié toute la nuit, il voit la foule, il appelle ses disciples et se met à les instruire. Ne nous y trompons pas, ce n'est pas

 

un savoir qu'il leur transmet. Il prend le temps de construire en eux une nouvelle manière d'être : celle des enfants du Royaume. Les Béatitudes, cette jubilation de Jésus qui prend sa source dans sa communion à son Père, écoutons-la avec l'oreille de notre cœur :

 

  • Heureux êtes-vous, vous qui choisissez la vie en devenant des chercheurs de Dieu,
  • Heureux êtes-vous de faire vôtres les valeurs évangéliques d'humilité, de douceur, de pureté, de sainteté et de justice.
  • Heureux êtes vous d'être des artisans de paix en toutes circonstances et, plus important que tout,
  • Heureux êtes vous d’oser venir et voir en mettant vos pas dans mes pas afin d’emprunter le chemin qui fut le mien : de riche que j'étais, je me suis fait pauvre pour vous afin de vous enrichir de ma propre pauvreté.
  • Oui, heureux êtes-vous, vous faites le bon choix même si aux yeux du monde cela paraît fou ! Mais n'est-ce pas précisément la folie de ma Croix qui vous sauve en vous révélant qui vous êtes et, surtout, qui est Dieu dans son amour ?

 

Vous l’avez compris, les Béatitudes ne sont pas de l'ordre d'un savoir, mais de l’ordre de l'expérience : elle ne se donnent qu'à ceux qui les vivent.

 

Permettez-moi d’ajouter, non pas une dixième béatitude, mais une remarque en forme de béatitude…: heureux sommes-nous quand nous ne confondons pas sainteté et perfection ! Le risque de la perfection, c'est la performance héroïque : or, ce n'est pas ce genre de performance qui fait les enfants du Royaume! Dans ce genre d'exercice, le risque est trop grand d'être prisonnier de sa propre image, de sa « belle » image ! Dans la sainteté, il n'y a rien de tout cela ! La Sainteté est un humble et fidèle chemin d'Alliance… Un chemin qui permet à la vie de Dieu de grandir en nous. Alors, pas de découragement… ! Certes, choisir l'Evangile du Christ, c'est inévitablement affronter l'épreuve, parfois même la persécution mais heureux sommes-nous car, au cœur de tout ce réel de nos vies quotidiennes, brille déjà la joie et l'allégresse qu'il y a dans le cœur de Dieu et dans tous ces saints qui ont vécu et vivent en enfants de lumière. Quelle joie et quelle Espérance de découvrir ce lien indissoluble qui unit le ciel et la terre… un lien qui fait que tout ce qui a été semé sur cette terre, et qui vient d'en haut, s'épanouit au ciel en un fruit que Dieu reconnaît comme sien.

 

A la suite de tous les saints, avec lesquels nous sommes en communion de vie, ceux que l’Eglise a canonisés et les autres, veillons à prendre le temps de contempler le visage de notre Dieu. Son visage nous est donné à voir dans les Ecritures, dans l’Eucharistie, dans les sacrements, dans l’exercice de la charité envers nos frères et sœurs. C’est seulement au cœur de cette contemplation que nous lui deviendrons semblables et que nous participerons à sa sainteté qui n’est autre que sa Bonté…AMEN                

 

31ème dimanche ordinaire - année B, 8 novembre 2015, Fr Christian de Montaigu, ofm

 

Livre des Rois 17,10-16 / Hébreux 9,24-28 / Mc 12,38-44

 

La sécheresse sévissait. Un homme de Dieu, Elie, se trouva fort dépourvu alors qu'il prenait la route pour la ville de Sarepta. Avant d'y entrer il rencontra une femme à qui il demanda de l'eau puis du pain. Elle lui fit part de son dénuement extrême au point d'attendre la mort une fois qu'elle et son fils auraient fini le peu qui leur restait. Pourtant Elie demanda une part de ce peu que la veuve partagea avec son fils. Elle s'exécuta, forte de la promesse que lui fit le prophète de la part de Dieu: Jarre de farine point ne s'épuisera, vase d'huile point ne se videra; mais aussi à cause de la tradition de l'accueil que l'on pratiquait depuis toujours dans ses régions arides et désertiques du Moyen orient. Et la jarre de farine ne s'épuisa pas ni le vase d'huile ne se vida comme l'avait promis le Seigneur par la bouche de son prophète. Ainsi la veuve a tout donné avec confiance, et la promesse lui fut faite jusqu'au jour où le Seigneur donna la pluie pour arroser la terre.

C'est à une samaritaine que Jésus demanda de l'eau. Une schismatique qui s'étonna même qu'un juif lui adresse la parole. De cette rencontre une femme découvrit une source vive qui allait irradier sa vie. Elle se précipita dans son village pour annoncer ce qui lui avait été dit.

Un jour Jésus rappela aux scribes et pharisiens que le prophète Elie fut envoyé non pas à une veuve d’Israël mais bien à une veuve étrangère.  Elle accueillit la promesse de la vie alors qu’elle n’appartenait pas au peuple élu. Scribes et pharisiens comprirent le message de Jésus, ce qui les mit en colère.

Aujourd'hui, il y a beaucoup de samaritaines dans notre monde. Mère Thérésa évoquait la misère affective de l'Occident. Elle évoquait avec tristesse la pauvreté de notre monde, l'absence de la reconnaissance d'un véritable amour. La soif de beaucoup à qui l'on ne donnait pas cette eau vive. Le pape François est convaincu qu'évangéliser c’est annoncer à chacun qu'il est aimé de Dieu et que dans l'amour il est sauvé.

Parfois le feu de l'Evangile couve dans des endroits qu'on n'imagine pas. Il y a des hommes et des femmes qui sont comme ces veuves prêts à tout donner. Ils allument le feu avec du bois qu'ils ramassent même là où on ne pense pas le trouver, trouvent de l'eau pour faire la pâte avec trois fois rien et savent partager le peu qui reste. Les pauvres savent faire cela. Ils possèdent la spontanéité de la confiance, comme mon coiffeur. Son échoppe est dans un recoin que l'on voit à peine. Il coiffe pour 10 euros. Il est toujours heureux, souriant, accueillant. Autour de lui des gens seuls se rassemblent, certains sont sans emploi. Il les écoute, leur parle, leur offre un café. Il sait qui je suis. Alors on se raconte. On parle de tout, de nos origines, de nos histoires, de sa famille, de ses enfants. Un jour seuls tous les deux il me lance comme ça au milieu de notre conversation : « je suis le coiffeur des pauvres ». Il coiffe de temps en temps gratuitement des gens sans rien, qui vivent seuls dans des caves, pour leur redonner un peu de dignité, leur permettre d'aller au boulot ou chercher un emploi. Sans le savoir il me raconte l'Evangile. Il me parle de Dieu. Il me dit qu'ici tout prêt il y a des pauvres dans des caves. A 10 euros, il ne doit pas gagner beaucoup d'argent, pourtant il donne. Il est dans la confiance. Il est comme la veuve, elle n'est pas juive et lui n'est pas chrétien et pourtant il m'évangélise.....

Jésus avec le fruit du travail des hommes, juste un peu de pain et un peu de vin, se donna tout entier. A Sarepta, une femme donna ses larmes et sa vie.  Ceci est mon corps, ceci est mon sang. Mangez et buvez. Mon coiffeur écoute et offre de l'amour, il me fait penser à la femme qui verse du parfum sur la tête de Jésus. Laissez là, elle prépare mon ensevelissement pour que vous les hommes soyez le sel de la terre et la lumière du monde.

Comment suis-je lumière du monde devant la sécheresse de la terre

30ème dimanche ordinaire - année B, 25 octobre 2015, Fr Benoît Dubigeon, ofm

Jr 31, 7-9 / He 5, 1-6 / Mc 10, 46b-52

 

Introduction générale

Portons notre regard sur le Christ que la Lettre aux Hébreux contemple comme le Grand Prêtre unique. C'est lui qui célèbre cette eucharistie. Allons à lui avec la confiance des déportés à Babylone et la foi de l'aveugle qui crie : ‘Aie pitié de moi, fais que je voie !’ Qu'alors, ayant été "illuminés", nous suivions Jésus sur sa route.

Homélie

Notre équipe liturgique, au moment où elle préparait cette eucharistie, avons été très ému, jusqu’aux larmes, masi ces scènes de migrants traversant la Slovénie. Jusque ce petit enfant porté par un militaire dans cette longue marche sans fin, boueuse, éprouvante jusqu’à dépasser les limites humaines.

Jérémie s'adresse aux frères du royaume du nord qui ont subis la déportation : Vous qui n'êtes qu'un reste, avec vos aveugles et vos boiteux : eh bien poussez des cris de joie car le Seigneur veut vous ramenez sur vos terres, dans vos maisons, vers des cours d’eau et des chemins droits. Vous êtes partis dans les larmes et de très grandes épreuves. C'est dans les consolations que vous reviendrez. Car je suis un père pour Israël, Ephraïm (autre nom pour le royaume du Nord) est mon fils aîné. Je vais vous ré-engendrer à la vie et vous serez mes fils. Exilés, je vous ramènerai au pays pour lequel vous êtes destinés, à savoir le Royaume des cieux, des amis de Dieu. Ce petit reste, c’est notre Eglise, fait de saints, c’est-à-dire des saints boiteux et aveugles qui entrent dans cette amitié de Dieu. Dieu te redressera, Il t’illuminera.

Voilà pour la 1ère lecture. Dans la 2ème lecture, le prêtre, homme parmi les hommes, est chargé d’intervenir en faveur des hommes pour favoriser leur relation avec Dieu. Service qu’on reçoit de Dieu mais qu’on ne s’attribue pas à soi-même. Tu es mon fils, je t’ai engendré pour qu’à ton tour tu engendres des fils de Dieu, pour Dieu.

Dans l’Evangile, nous sommes dans un contexte d'aveuglement. D’abord les scribes et les pharisiens. Mais aussi les apôtres eux-mêmes qui ne veulent pas comprendre les annonces de la passion. Tous ont peur. Alors, devant leurs yeux aveuglés, Jésus fait le dernier miracle raconté par Marc, une "illumination".

Voici un homme, un aveugle, il mendie, il assis, qui plus en dehors de la route où Jésus effectue l’avant dernière étape en montant de Jéricho vers Jérusalem et Gethsémani. Ce peut être chacun de nous quand nous sommes aveuglés par notre idéologie, nos addictions, nos volontés de puissance. Cela nous cloue au sol. En dehors du chemin de vie. Cela nous exclue des autres et nous isole. Nous n’existons plus vraiment car nous nous sommes laissés aveuglés par ce qui ne donne pas la vie de Dieu à laquelle chacun de nous est appelé.

Bartimée, -c’est son nom-, apprend que c'est Jésus, le Nazaréen, qui passe. Il se met à crier de toute sa souffrance d'aveugle. Etre aveugle, ce n’est pas être sourd au passage du Christ ou de ses messagers. « Jésus, fils de David, aie pitié de moi ». En Orient, cette prière du pauvre qui n’a plus rien à perdre, est appelée prière du cœur. Il n’invoque pas un guérisseur ou un thaumaturge. Mais il appelle Jésus "fils de David". Cet aveugle de corps est probablement le seul qui voit déjà avec les yeux de la foi, au milieu d’une foule qui a des yeux mais qui ne voit pas.

On veut alors le faire taire et le repousser. Mais de plus belle, il crie. Jésus entend ce cri qui lui perce le cœur, il s'arrête ; il interrompt sa route vers la croix. Appelez-le ! On entoure l'aveugle et on lui dit : « Confiance, lève-toi ; il t'appelle ».

Jésus ne l’appele pas directement mais par des intermédiaire. Chacun de nous pour les autres qui se sont éloignés. De telle sorte que Bartimée est de nouveau réintroduit dans le tissu social. Bartimée rompt avec son passé en jetant son manteau qui contient les aumônes dont il n'aura plus besoin. Avant même de voir clair, il bondit et court vers Jésus. Il n’en est pas capable physiquement, mais il court du désir de son cœur, comme Madeleine, Jean, Pierre courront au tombeau le matin de Pâques.

Rabbouni, dit l'aveugle, ou plutôt avec grande tendresse "grand rabbin" : ‘Que je voie !’ Plus que la vue corporelle, accorde-moi une vue meilleure, la foi. Pas un seul geste de la part de Jésus, pas une parole du type : sois guéri, vois. Mais : ‘Va, ta foi t'a sauvé’. Suis-moi sur la route qui monte vers la croix et par delà vers l'illumination de Pâques. Aies des yeux pour voir les merveilles de Dieu. Passe de l’esclavage à la liberté, de l’aveuglement à la lumière, de la peur à la confiance, de l’exclusoon à la communauté, de la mort à la vie.

Le miracle n'est pas là où on l'imagine. Jésus ne guérit rien. Il n’appelle rien d’autre que la confiance et la foi que chacun de nous a en lui. Confiance qui l’engendre au meilleur de lui-même. "Ta foi t'a sauvé." Ta foi, c'est ce qui t’apprend à voir le monde avec des yeux renouvelés.

Ainsi, dans notre Evangile, il y a comme deux miracles.

  • Celui d’un homme tenu à l'écart qui devient proche de Jésus. Il était "au bord du chemin"... et le voilà en plein sur le chemin. Il était loin de Jésus et devait crier pour se faire entendre... il se retrouve juste derrière Jésus. Il était rabroué par l'entourage de Jésus qui essayait de le faire taire... on se met à l'encourager : "Courage, lève-toi, il t'appelle". Et il reprend sa place parmi les autres.
  • 2ème miracle, celui d’un homme condamné à l'immobilité qui se met soudain en marche. La foi n'est pas un ensemble de doctrines ou d'idées, c'est un chemin, une "voie". Saint Jean ira jusqu'à dire que le chemin, la route, c'est Jésus lui-même ! C'est autour de ce chemin que se passe la conversion de Bartimée. Il était assis en train de mendier... on le voit se lever d'un bond et courir à Jésus. Sa vie était une longue attente, il se met à suivre Jésus sur le chemin comme disciple. Bartimée appelait Jésus et comptait sur lui. Désormais c'est Jésus qui l'appelle et compte sur lui !

Frères & sœurs chrétiens, ce double miracle accompli en Bartimée, Dieu est assez puissant pour le faire en chacune de nos vies. Dans cette Eucharistie, rendons-Lui grâce : alors que nos péchés nous éloignent de Lui, il nous appelle à Lui et veut faire de nous ses proches et ses disciples. Et quand, nous voulons nous arrêter, c'est encore Lui qui relance notre marche !

29ème dimanche ordinaire - année B, 18 octobre 2015, Fr Christian de Montaigu, ofm

Is 53,10-11 / Heb 4,14-16 / Mc 10,35-45

 

L'ensemble de ces trois textes, autant chez Isaïe que dans la lettre aux Hébreux et que dans l'Evangile, est traversé par un  même fil rouge à savoir la souffrance. Sujet délicat s'il en est puisque notre appartenance au Christ nous demande forcément de nous en approcher. Or la douleur qu'elle procure peut nous éloigner de la foi ou au contraire nous ouvrir à un chemin de conversion voire une dimension mystique. Dans tous les cas il faut la vivre et pour certains la traverser jusqu'à la mort.  La grâce nous est nécessaire car être confronté à une telle soumission délabre notre volonté et peut nous remettre en tout dans la dépendance.

Aujourd'hui nous sommes dans la condition de regarder le Christ. Nous ne pouvons y échapper non seulement dans la relation de Jésus avec Jacques et Jean, mais aussi dans ce qu'il leur propose de traverser en vue de leur avenir.

Que voulez vous que je fasse pour vous? Jésus avait posé la même question à l'aveugle né: « que veux-tu que je fasse pour toi? » « Que je voie » avait répondu ce dernier. Et il avait vu à cause de sa foi. Les disciples ne sont pas loin de la même réponse: «donne-nous de siéger à ta droite et à ta gauche dans ta gloire». Etre dans la gloire! Il y a donc de leur part un acte de foi dans ce que Jésus est capable. Le dialogue s'instaure donc et comme ils assurent qu'eux aussi pourront vivre ce baptême-là, alors Jésus leur promet qu'ils verront sa gloire et en l’occurrence ce sera la Croix que Jacques vivra aussi dans le martyr. Et la Croix est celle du dernier des derniers. Et c'est parce qu'elle est celle du dernier des derniers que cette Croix récapitule la plus ultime souffrance du possible humain afin que tout homme soit touché par la grâce du Père. Etonnant n'est-ce pas, ce chemin choisi par le Christ? Où a t'il trouvé la force de se donner ainsi si ce n'est dans l'amour. Pour que nous ayons la vie.

Dans son humanité Jésus a trouvé le chemin des prophètes. Ceux rejetés par le peuple comme ceux qui ont ouvert le chemin. Moïse, Elie, Isaïe, Jonas et tant d'autres. Jésus rappellera de temps en temps aux scribes et pharisiens comment ceux-ci ont été traités, alors qu'ils étaient les envoyés de Dieu. Le serviteur souffrant devient alors le prototype de la démarche du Christ. Celui qui se donne alors qu'il n'est pas reconnu, celui qui assume l'histoire de la présence de Dieu mais qui dérange la vie au quotidien. Celui qui crie la colère de Dieu pour tous ceux qui vivent l'injustice, la maladie, le martyr et qui inlassablement rappelle aussi le devoir envers le pauvre, la veuve, l'orphelin, celui enfin qui accueille le pêcheur, le lépreux, le publicain....... tous des lieux de souffrance causée par l'homme à l'homme.

Il m'a été donné de voir sur internet la décapitation d'un homme. Mon frère de sang m'avait demandé de regarder. J'ai hurlé! Le Christ crie encore et appelle pourtant à suivre la volonté du Père. Non pas ce que je veux mais ce que tu veux. Tu veux Père que tous les hommes même le plus honteux reçoivent la proposition de ta miséricorde et que celui touché par l'innocence connaisse ton amour. C'est l'histoire de l'homme qui devait des millions de pièces d'argent et à qui la dette fut remise. Il fit pourtant mettre en prison celui qui lui en devait seulement 100. Il n'a pas eu pitié alors que son maitre a lui eu pitié! Sans doute que dans bien des cas nous serions sans pitié avant même que la justice puisse s’exercer.

La lettre aux Hébreux n'hésite pas à nous inviter tous vers le Trône de la grâce du grand prêtre par excellence que nous avons dans le Christ, le seul qui peut nous offrir à la présence de Dieu, afin que nous obtenions miséricorde et recevions la grâce de son secours.

28ème dimanche ordinaire - année B, 11 octobre 2015, Fr Henri Namur, ofm

Sg 7, 7-11 / He 4 ; 12-13 / Mc 10, 17-30

 

On dit souvent que la santé n’a pas de prix, or le livre de la Sagesse n’hésite pas à prendre le contre-pied de cette affirmation en déclarant que la sagesse a plus de prix que la santé et la beauté… Afin d’aller plus avant dans la compréhension d’une telle affirmation, je vous propose de commencer par méditer sur l’Evangile qui nous donnera une clé de compréhension :

S’il fallait condenser l’Evangile de ce jour en une seule phrase ce serait celle-ci : Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? Voilà en effet une question qui a le mérite d’être simple, directe, essentielle. Elle est posée par un homme qui, pour rejoindre Jésus sur la route, se met à courir… ce qui en dit long sur l’importance  et l’urgence de la question qu’il porte en lui.  

Il commence par aborder Jésus en l’appelant « Bon Maître ». Cette salutation n’est pas anodine. Dans la culture religieuse sémitique attribuer à quelqu’un le titre de Bon revient à l’identifier à Celui qui seul est bon, le Dieu Unique d’Israël.  Et c’est bien ce que Jésus confirme lorsqu’il répond à cet homme « Pourquoi m’appelles-tu bon, personne n’est bon sinon Dieu seul. » Donc, c’est bien le Dieu unique que cet homme vient interroger. Manifestement l’observation des commandements, qui sont comme la déclinaison de la bonté de Dieu pour les hommes, ne lui apparaît pas suffisante pour répondre à son désir de vie éternelle. En fait, on pourrait dire qu’il éprouve comme un sentiment d’insatisfaction. Il éprouve un manque et c’est ce manque qui lui permet d’une part d’exprimer un désir fort et vrai, à savoir obtenir la vie éternelle, et d’autre part de confesser humblement sa difficulté à y parvenir par lui-même. C’est précisément ce désir vrai et cette humilité qui font que Jésus pose son regard sur lui et se met à l’aimer.

Jésus va alors lui dévoiler ce qui se cache derrière ce manque: « Une seule chose te manque : va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor au ciel ; puis viens et suis-moi. » Cinq verbes dynamiques pour ouvrir en son cœur le chemin du Royaume, le chemin de la vie éternelle : il s’agit d’aller, de vendre, de donner puis de venir et suivre Jésus. Pour le résumer en seulement deux verbes, Jésus invite cet homme à se détacher de tout ce qui le retient pour mieux s’attacher à sa personne. Désormais l’obtention de la vie éternelle ne se fait plus au prix d’une adhésion scrupuleuse à la Loi…fut-elle d’amour,  mais au prix d’une adhésion à la personne de Jésus en qui toute la Loi et les prophètes trouve son expression plénière car c’est bien en Jésus-Christ que se trouve tout l’amour de Dieu pour nous, d’où l’appel qu’il nous adresse à tous aujourd’hui : « viens et suis-moi ».

Ce détachement et cet attachement sont la condition nécessaire pour suivre Jésus et être assuré de trouver en Lui la vraie liberté des enfants de Dieu ; suivre Jésus, c’est accepter d’être associés au plus près à sa mission d’amour pour la Création et les Créatures. Une telle suite du Christ passe  nécessairement par la Croix et c’est ce qu’il nous rappelle dans l’Evangile de ce jour en nous prévenant que sur cette terre déjà nous recevrons au centuple ce que nous aurons quitté à cause de son Nom mais avec des persécutions et, dans le monde à venir, la vie éternelle. Nous le savons bien, le disciple n’est pas au-dessus du Maître…

Et c’est ici que je peux revenir au livre de la Sagesse pour en faire une lecture dans la lumière de la Résurrection, c’est-à-dire en reconnaissant dans la Sagesse le Verbe de Dieu lui-même.  Si je relis maintenant ce texte de la Sagesse en remplaçant le mot « Sagesse » par Jésus-Christ, voici ce que ça donne :

J’ai prié et Jésus m’a été donné. J’ai supplié et l’esprit de Jésus est venu en moi. A côté de Lui, Jésus, j’ai tenu pour rien la richesse…j’ai aimé Jésus plus que la santé et la beauté…Je l’ai choisi de préférence à la lumière car sa clarté ne s’éteint pas. Tous les biens me sont venus avec Lui et par ses mains une richesse incalculable.

En nous disant que la Sagesse vaut mieux que la santé et la beauté ce texte exprime admirablement ce qui est en jeu dans l’Evangile et donc dans notre vocation de chrétiens : Jésus est notre trésor le plus précieux en tant qu’Il est l’expression dans nos vies d’hommes de la Bonté de Dieu, non seulement l’expression de cette bonté mais le chemin pour y parvenir et en vivre.

Evitons donc de nous prendre pour les propriétaires de la Création et des créatures. Un seul est propriétaire et ce propriétaire c’est Celui qui seul est Bon et qui nous donne tout en partage. Réjouissons-nous d’être en Jésus-Christ les amis et les enfants d’adoption de ce bon propriétaire. Renonçons à vouloir nous approprier des richesses qui ne donnent pas la vie éternelle et, si nous en avons, n’y mettons pas notre cœur. Alors,  à la différence de cet homme qui nous est présenté par l’Evangile d’aujourd’hui, ce qui emplira notre cœur ce n’est pas la tristesse mais bien la joie et la bonté de Celui qui seul est Bon…

Au cours de cette Eucharistie prions donc avec grande confiance car ce qui est impossible à l’homme est possible à Dieu. Prions pour recevoir de Dieu en Jésus-Christ un bon usage de sa bonté et de ses richesses pour le bien de tous…Comment ?  En faisant de nos biens, selon la spiritualité franciscaine, de simples serviteurs et en mettant Jésus au centre de notre cœur et de notre vie…ce qui est le meilleur gage de vie éternelle dès maintenant et par-delà notre mort corporelle. 

26ème dimanche ordinaire - année B, 27 septembre 2015, Fr Henri Laudrin, ofm

Nb 11, 25-29 / Mc 9,38-43. 47-48 / Jc 5, 1-6                   

Chaque dimanche la Parole de Dieu provoque les chrétiens. Une Parole qui nous atteint non seulement dans notre pensée, mais aussi dans notre corps, dans nos tripes. C’est une parole que nous intériorisons et qui nous fait agir. Sinon notre foi est morte.

Aujourd’hui, le Seigneur met le doigt sur un péché véritablement mortel, c’est-à-dire qui provoque la mort. La jalousie est la source de toutes les violences perpétrées en notre humanité. La jalousie conduit tout droit à l’exclusion, à mentir pour exclure, à fausser le droit et la justice. La jalousie est mortel parce qu’elle tue. Elle tue de manière bien particulière. Le jaloux fait mourir par strangulation. Il s’agit d’empêcher l’autre de respirer, Il faut étouffer sa victime. C’est le complexe d’Othello.

Le jaloux demande que l’autre existe, vive et respire pour lui, que pour lui autrement il n’a pas le droit de respirer. La victime du jaloux le dit fort bien : « Tu me pompes l’air » ou « laisse moi respirer » ? ou encore « arrête, j’étouffe ». L’exemple médiatique le plus récent sur le sujet est Bertrand Cantat.

Non seulement le jaloux ne partage pas, mais il soupçonne tout ce qui est hors de son monde. Le soupçon le conduit à la méfiance, la mauvaise foi jusqu’à considérer l’autre comme une intrusion malfaisante. Il y a danger pour l’identité, une peur irraisonnée d’une perte d’identité. Celui-là n’est pas de notre groupe, celui-là prophétise, celui-là n’est pas de ma « bande ».

Le chrétien, disciple de Jésus le Christ doit-il se laisser aller à la jalousie ? Collectivement, les chrétiens pratiquants peuvent-ils exclure ou refuser d’accueillir ?

Vous me direz, « bien sûr que non ». Le journal « La Croix » de jeudi dernier titre : « Les catholiques bousculés par le pape ». En effet, 51% des catholiques français pratiquants s’opposent à la demande du pape d’accueillir les migrants dans notre pays.

74% des catholiques pratiquants refusent de donner de leur temps pour les migrants et 68% ne veulent pas faire un don en argent pour les aider. Le chiffre est plus important chez les catholiques non pratiquants. Est-ce que çà veut dire encore quelque chose d’être catholique ?

Un catholique, qui n’entend pas la Parole de Dieu, qui ne se nourrit pas de l’Évangile, pervertit le sens même de la foi et se paye de mots. La lettre selon saint Jacques aujourd’hui parle très bien aux catholiques qui ne mettent pas la foi en œuvre. Nous étranglons, nous étouffons notre semblable par jalousie, jaloux de nos biens. Nous les refoulons à la mer dans laquelle ils se noient, étouffés.

Mon Dieu, que la prière de Moïse soit exaucée : « serais-tu jaloux de moi ? Ah ! Si le Seigneur pouvait faire de tout son peuple un peuple de prophètes ! Si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux ! »

Par Jésus Christ nous sommes un peuple de prophète. « Celui qui vous donnera un verre d’eau au nom de votre appartenance au Christ, amen, je vous le dis, il ne restera pas sans récompense. » « Celui qui sera une occasion  de scandale pour un seul de ces petits qui croient en moi, qu’on le jette à la mer. »

Aujourd’hui, c’est aussi la fête de saint Vincent de Paul. Les catholiques français pratiquants ou non peuvent s’en inspirer pour nous préparer sérieusement à l’année sainte de la Miséricorde au-delà des vœux pieux.

25ème dimanche ordinaire - année B, 20 septembre 2015, Fr Benoît Dubigeon, ofm

Sg 2, 12.17-20 / Jc 3, 16 à 4,3 / Mc 9, 30-37

 

Nous rêvons d'un christianisme de réussite ou tout simplement de nous mettre en valeur. Voici qu’aujourd’hui Jésus nous parle de croix : il nous demande de nous faire petits et serviteurs. De laisser tomber toute forme d’arrivisme, de convoitises, source de tant de conflits et d’entrer dans un chemin d’humilité.

Pour nous préparer à l'évangile du jour où le Christ annoncera sa passion, l’Eglise nous donne à méditer dans le livre de la Sagesse l’acharnement contre le juste.

Ceux qui font le mal ne supportent pas que le juste leur soit un vivant reproche. Pourquoi ceux qui sont justes, vrais, honnêtes font mal, même inconsciemment, suscitent, pour ceux qui ne sont ni justes ni vrais, violence, envie d’éliminer sous des formes diverses et perverses. Comment est-il possible que certains préméditent le mal, et qui plus est passent aux actes, avec parfois une rare violence ? Comment est-il possible de ne pas respecter la vie humaine, créée par Dieu Lui-même ? Ces personnes vont alors outrager le juste, le condamner à une mort infâme et provoquer Dieu lui-même, puisque persuadés que Dieu ne l'assistera pas, ni ne le délivrera… Ils pêchent contre le juste et ils pêchent contre Dieu Lui-même !

Le juste, ce sont tant d'hommes aujourd’hui persécutés, sans assistance. Pensons en particulier aux centaines de milliers de personnes fuyant leur pays sur des rafiots, exploités par des passeurs honteux, pour ne citer que ceux-là… Jésus est le juste parfait : il incarne toutes les victimes des violences perverses. Sur le chemin vers Jérusalem, traversant pour l’instant la Galilée, il sera "testé", il sera contesté, il sera détesté. L’amour n’est pas aimé : il est haï, anéanti, crucifié. Jésus, le juste, n’a pas été arraché à la puissance des violents. Il a subi le sort de tant de justes, la mort infâme.

Il en parle seul à seul avec ses disciples qu'il instruit. Il ne voulait même pas que l'on sache qu’il est le Messie, qu’il prendrait la dernière des dernières places, condamné à cette mort infâme. A quoi bon ! Ils ne pourraient pas le comprendre, attendant un Messie de gloire humaine, préoccupés surtout par leurs rivalités, la recherche de la première place et du pouvoir. De toute façon, son "mystère" ne sera compris qu'après les événements, dans la lumière de sa Pâque.

L'Eucharistie a retenu cette phrase pour la consécration : "la nuit qu'il fut livré". Il y a là quelque chose d'insondable, de scandaleux. Le Fils de l'homme est livré aux mains des hommes. Arrêtez le massacre ! Arrêtez ! Eh bien oui, il sera arrêté ! Jésus, le Prince de la Paix, le Fils de Dieu, le Créateur de toute vie !

Mais de ce être livré jusqu'à être tué va surgir notre libération : trois jours après sa mort, il ressuscitera. Dieu son Père le délivrera. Comme pour tout juste, Dieu prendra soin de lui. Les disciples voulaient savoir qui est le plus grand. Craignant d’être révélés à leurs propres paradoxes et de se croire exister selon la réussite extérieure, le rendement, la bonne place, ils ont peur de l'interroger. Jésus nous montre qu’être le plus grand, ce n’est pas être le plus fort mais le plus grand dans la douceur, dans la bienveillance et dans la miséricorde.

Jésus renverse nos échelles de valeurs, il nous retourne comme des crêpes, il nous convertit : ne cherche pas à être le premier, sois le serviteur de tous. L’enfant qui se tient là est placé par Jésus au milieu d'eux. Au temps de Jésus et dans tout l'Orient, un enfant ne compte pas : il n'intéresse pas les adultes. Il n’a aucun statut, aucun droit, aucun accès à la parole. Là au milieu d'eux, cet enfant est moins signe de l’innocence que signe de la faiblesse, de celui qui ne compte pas, du mineur. Jésus l’embrasse. François d’Assise a voulu devenir mineur comme le Christ, lui et ses frères.

Si tu accueilles un de ces sans droits en mon nom, si tu donnes un verre d’eau à l’un de ces petits qui sont les miens, c’est à moi, dit le Christ, que tu le donnes et tu accueilles alors le Père qui m’a envoyé. Pour que Dieu ait toute sa place en nous.

24ème dimanche ordinaire - année B, 13 septembre 2015, Fr Benoît Dubigeon, ofm

Is 50, 5-9a / Jc 2,14-18 / Mc 8, 25-35

 

La prière du Serviteur souffrant que nous avons entendu dans la 1ère lecture est l’anticipation de celle du Christ venu en notre monde pour nous faire le cadeau de sa vie avec son Père. Cadeau que l’homme a refusé, cadeau qu’il a bafoué, torturé, rejeté, éliminé. Mais le Christ, ne s’est pas dérobé, il n’a pas sombré dans la révolte ou la haine. Dans sa grande souffrance, il n’a pas laissé sa foi se réduire car il a fait l’expérience que le Seigneur habite profondément sa vie, son esprit, jusque sa souffrance. Dieu est venu à son secours : Il lui a fait le don de Sa  vie, de sa Foi et de Sa résurrection.

Sa foi est bel et bien une foi qui agit, comme le dit saint Jacques dans la 2ème lecture. Une foi qui sauve de la haine et de la violence, de la rancune et du ressentiment, de la désespérance et de la mort. Une foi qui montre la beauté de celui qui en vit, non par des mots, en matuvu, mais dans l’humilité de celui qui se sait habité et conduit par un autre que lui-même.

Le serviteur, celui dont l’action est le prolongement de sa foi, c’est chacun de nous quand il existe au meilleur de lui-même, mû, non pas par sa volonté de puissance ou celle de briller, mais par son désir de consonner avec la source qui le fait vivre profondément.

Dans cet Evangile, Jésus interroge ses disciples sur son identité : « Pour les gens, qui suis-je ; et pour vous, qui suis-je ? ». Jean-Baptiste, Elie, un des prophètes. Et Pierre de prendre à son tour la Parole : « Tu es le Messie ».

Immédiatement après cette magnifique confession de foi, Jésus annonce officiellement à ses apôtres qu’il va subir le même sort que tous les prophètes : pour lui, le Christ, serviteur des serviteurs, porteur de sa source qu’est son Père et aussi notre Père,il monte résolument avec ses disciples vers Jérusalem, lieu où tous les prophètes ont été supprimés parce qu’ils ont su allier dans les actes vérité et amour, car il n’est pas de vérité sans amour. Et Jésus sait que ce même sort lui est réservé. Il le dit. Mais les disciples, Pierre en premier, ne peut le comprendre, l’accepter, ni l’envisager d’aucune façon que ce soit.

Quand le Christ se donne, il se donne totalement. Quand le Christ dit la vérité, il la dit en sa totalité. Quand le Christ aime, c’est sans rien retenir pour lui. Quand le Christ montre son Père, il le fait en se dépouillant, à nu, sans donner prise à Satan, le père du Mensonge, sans se dérober. Quand nous confessons le Christ vivant, nous le confessons dans ses passages qui passent du centrement sur soi au décentrement sur l’autre, dans la Foi en Celui qui est source et fin de tout don de soi.

C’est ce à quoi notre vie de foi peut nous conduire quand nous risquons le pardon au lieu du ressentiment, quand nous donnons notre bienveillance au lieu de mal juger l’autre, quand nous osons la rencontre alors même que l’autre est bloqué, souffrant ou même rempli de difficultés immenses, quand nous prenons la croix de l’autre au lieu de penser à nourrir notre cher moi d’estime et de gloriole, quand nous nous donnons au lieu de tout retenir, quand nous posons des actes concrets de vie au lieu de tuer par un mot ou par un jugement. L’appel du pape pour être présent aux migrants en pleine désespérance est à entendre en ce sens.

Seigneur, sois loué de nous lancer cet appel à vivre autrement, grâce à ton saint Evangile.

23ème dimanche ordinaire - année B, 6 septembre 2015, Fr Christian de Montaigu, ofm

Isaïe 35,4-7 – Jc 2,1-5 – Ps 145 – Mc 7,31-37

 

Tous les textes de ce jour parlent d'handicap. Il est question de sourds, de boiteux, d'aveugles. C'est un appel pour nous à regarder la différence, à l'accueillir, à lui tendre la main.

Comme Jésus nous devons aller dans la Décapole lieu de brassage de population, des migrations. Osons à l'appel de notre vocation chrétienne aller accueillir celui qui est vient d'ailleurs, handicapé parce qu'il a tout quitté, tout perdu portant le lourd fardeau des violences du monde. Certes il est plus facile d'ouvrir sa porte à celui qui est bien habillé que de l'ouvrir au pauvre qui passe dans des vêtements mal repassés.

François d'Assise a été touché lui aussi par ce texte de St jacques et s'en est inspiré pour ses frères dans sa deuxième règle. Notre préférence doit se porter sur celui qui en a le plus besoin non pas pour exclure quiconque mais pour dire à tous que tout homme est aimé de Dieu. Qui que nous soyons, quoi que nous ayons vécu personne ici-bas n'est hors l'amour de Dieu. Il faut le vivre et l'annoncer.

22ème dimanche ordinaire - année B, 30 août 2015, Fr Benoît Dubigeon, ofm

Dt 4,1-2.6-8 / Jc 1,17-18.21b-22.27 / Mc 7,1-8.14-15.21-23

 

"Vous faites une belle brochette d'hypocrites", vient de dire Jésus aux Pharisiens. "Et Isaïe parlait de vous, lorsqu'il évoquait ce peuple qui honore Dieu des lèvres, mais dont le cœur est loin de lui. Ce culte-là, Dieu n'en veut pas. Vos doctrines ne viennent pas de Dieu ; elles ne sont que préceptes humains."

On est un peu surpris d'une réaction aussi violente de la part de Jésus. Comment se fait-il que Jésus soit entré si violemment en conflit avec les Pharisiens, lui qui, d'ordinaire, accueillait si bien les autres ? Et d'ailleurs, pourquoi s'en prendre aux Pharisiens précisément ? N'était-ce pas, dans la Palestine du premier siècle, le groupe religieux dont justement Jésus se sentait le plus proche ? N'aimait-il pas, tout comme les Pharisiens, prier dans le temple de Jérusalem, y venir en pèlerinage depuis la Galilée ? Ne partageait-il pas leur espérance en la résurrection ? N'avait-il pas en commun avec eux cet amour de la Loi, lui qui, dès l'âge de douze ans, se mêlait à Jérusalem aux discussions des docteurs de la Loi ?

On n'est exigeant qu'avec ceux qu'on aime... Alors, il doit y avoir quelque chose d'essentiel en jeu et qui serait comme perverti.

Pour Jésus, enfermer les principes, la loi, la piété et même les bonnes œuvres comme dans une carapace, pour asseoir leurs petits pouvoirs et croire gérer ce qui en eux n’est pas assumé : voilà ce que Jésus leur reproche. Surtout parce que cela a pour conséquence d’exclure et de mépriser les autres sur des détails secondaires. "Filtrer le moucheron et laisser passer le chameau" et, finalement, de faire porter aux autres les fardeaux les plus lourds : cela, Jésus ne pouvait le tolérer : c’est une insulte à Dieu son Père, qui veut entourer tous les hommes de sa tendresse, en particulier ceux qui en ont le plus lourd à porter.

Ce mépris des autres, ne vient-il pas aussi de ce que les Pharisiens se voulaient "coupés", "séparés" des pécheurs (c'est d’ailleurs l'origine du mot "pharisiens"). Ils s'estimaient placés en position plus avantageuse que les autres par rapport au salut de Dieu. "En règle" avec Dieu, respectant scrupuleusement toutes les règles afin que soit garantie leur pureté extérieure. Être capables finalement de dire : "Merci, Seigneur, parce que je ne suis pas comme ces pécheurs". Suffisance qui fait bondir Jésus. Car Dieu seul suffit !

Et nous, aujourd’hui ? Après vingt siècles de christianisme, Dieu peut-il encore nous surprendre ? Le connaît-on par cœur, comme on croit connaître telle personne par cœur ? Ou bien par le cœur ? Les Pharisiens d'hier avaient vite fait de classer les gens entre "purs" et "impurs", "pharisiens" et "pécheurs"..., de leur coller des étiquettes. "Celui-ci ? Pas intéressant !... Celui-là ? Indécrottable, irrécupérable, il n'y a rien à en tirer !"

Mais avec le Christ, nous ne pouvons plus oser poser de pareils jugements, aussi tranchés et définitifs. Dieu nous apprend à ne plus juger selon les apparences, à écarter toute condamnation définitive, à être les témoins d'un Dieu qui, Lui, regarde le cœur et ne désespère d'aucune de ses créatures.

Avec le Christ, en apprenant à regarder comme lui et dans sa direction, essayons de changer notre regard sur Dieu, sur les autres et sur nous-mêmes.

Sur Dieu : Il ne m'appartient pas. A la mesure de ma disponibilité, Il peut m'apparaître toujours nouveau, si j'accepte de Le rencontrer là où je ne l'attendais pas.

Changer mon regard sur les autres : être les témoins d'un Dieu qui ne désespère de personne, qui ne réduit jamais personne à ses erreurs ou son apparence. Car Dieu qui ne juge pas à la manière des hommes.

Changer mon regard sur moi-même enfin : en apprenant à avoir beaucoup de miséricorde sur moi-même, de l’exigence aussi, de l’humilité, et me mettre au service des autres. Que tout ce qui est tordu en nous par le péché, envie d’éliminer, jalousie, médisance et parfois pire, se laisse évanouir, comme le brouillard par le soleil, par l’amour de Dieu.

Comme le dit l’apôtre saint Jacques, « Accueillez la Parole qui est semée en vous, et qui a le pouvoir de sauver vos âmes. Ne soyez pas seulement des auditeurs de la parole ; qu’elle se traduise en actes ! ». C’est grâce à notre intériorité que nous pouvons accueillir la Parole de Dieu, seule capable du meilleur. Cette Parole nous est donnée, elle nous engendre ; accueillons là avec grande humilité, mais aussi avec la Foi, la confiance qu’elle seule produit le bien, le bon et le vrai, qu’elle seule peut sauver ce qui en nous n’est pas de Dieu.

Et n’oublions pas ce que saint François dit dans son admonition 16 : « Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu. Ont vraiment le cœur pur ceux qui ne cessent jamais d’adorer et de voir rien d’autre que le Seigneur Dieu Vivant et vrai.

21ème dimanche ordinaire - année B, 16 août 2015, Fr Henri Laudrin, ofm

Jos 24, 1-2a.15-17.18b / Ep 5, 21-32 /Jn 6, 60-69

 

Voici donc que le succès populaire de Jésus s’arrête ici. Voilà un maître qui a des paroles rudes. La séduction de notre Seigneur cesse maintenant d’exercer son attrait sur ses disciples. Son enseignement est irrecevable. Personne ne peut se donner aussi totalement, aussi librement, aussi gratuitement que lui. Dieu se donne corps et âme dans notre humanité. Beaucoup de ses disciples cessent de le suivre car il s’agit de recevoir en nous la chair de Dieu. Le Christ remet totalement en cause ou re-questionne une distinction pratique  entre le corps et l’âme, ou la totale différence entre Dieu et l’homme. Désormais, c’est mélangé : « comme cette eau se même au vin pour le sacrement de l’Alliance, puissions-nous être unis à la divinité de celui qui a pris notre humanité. » Maintenant nous sommes unis à la divinité du Christ Jésus.

Si nous ne sommes pas entrés dans ce mystère-là, dans ce signe nouveau précisément, la foi chrétienne sera toujours incompréhensible et scandaleuse, et même des chrétiens de culture quitteront le Christ pour une vision apparemment plus facile du dualisme violent et bien trop humain.

C’est pourquoi, saint Paul, dans ce passage, n’est pas compris. Nous nous arrêtons bien trop vite à un morceau de verset sans vouloir entendre le reste. « Femmes soyez soumises à vos maris » et effectivement si nous  n’entendons pas la suite « comme au Seigneur Jésus, et comme l’Église est soumise au Christ » nous perdons le sens du mot soumission : dans une vision à la fois paulinienne et plus tard franciscaine : « Frères soyez soumis à tous ». C’est sous la mission de vivre le Christ et dans la révélation de son amour que nous acceptons, sans aucun sacrifice, de nous donner librement.

Les misogynes, chrétiens ou non se sont emparés de ce morceau de verset en négligent la suite. Cette suite qui,  justement donne sens à la réciprocité libre. Mais pour justifier leur misogynie  ils ont coupé la Parole à saint Paul et tordu le cou à son texte. Il faut alors comprendre la réaction féministe, qui dans ce contexte étroit, se justifie pleinement. L’interprétation misogyne de ce morceau de verset découpé est une imposture. La réaction à cette imposture est tout à fait justifiée.

Pour saint Paul, la femme est soumise à un mari qui s’est donné totalement à elle de corps et d’âme. Ce n’est pas la femme qui se sacrifie, c’est l’homme : « Vous, les hommes, aimez votre femme à l’exemple du Christ : il a aimé l’Église, il s’est livré lui-même pour elle ».  Voyez, si ce n’est pas le cas, la femme n’est pas sous la mission du Christ, puisque son mari n’est pas dans le sacrifice du Christ envers sa femme. Pour l’épouse comme pour le mari, il y a un engagement volontaire et libre, réciproque dans le mystère du Christ. C’est cet engagement volontaire qui fait entrer en masse les femmes de l’antiquité dans la communauté chrétienne, puisque les hommes s’engagent à se sacrifier pour elle au nom du Christ.

Ce mystère là est grand, puisque c’est l’expression même de l’amour de Dieu en notre humanité : un amour libre.

Fête de l’Assomption - année B, 15 août 2015, Fr Henri Laudrin, ofm

Ap 11,19a; 12,1-6a.10ab / 1Co 15,20-27a / Lc 1,39-56

 

                   La période estivale est propice à la visite : ce repos dynamique. Cette volonté de se déplacer de chez soi ou de nous même nous fait expérimenter la rencontre : mystère d’une relation. Nous visitons d’autres lieux : dépaysement ; d’autres temps : monuments, musées, visite de notre mémoire collective dans le temps présent. Et nous rendons visite à notre famille, à nos amis et même à des inconnus au gré de nos rencontres. Nous faisons connaissance. C’est la Visite avec ses découvertes, toujours avec étonnements, la joyeuse surprise. Quelque chose, quelqu’un nous déplace de nous même, nous remue, nous meut et nous émeut. Mystère joyeux de la rencontre intime et ultime à la fois. Le mystère de Dieu qui se fait homme, ce déplacement divin est réellement vécu dans l’humble et simple expérience de nos visites, de nos visitations.

                   La Visitation est le mystère de la Rencontre de deux femmes enceintes. Elles sont signes des promesses de Dieu. Elles sont mues et émues par celui qu’elles portent. Elles portent en elles celui qui n’est pas elles. Elles forment de leur chair celui qui est déjà une chair autre dans leur chair. La grande profondeur spirituelle, l’expérience divine se vit dans les entrailles de notre humanité et nous exalte de joie.

                   Les Visites, les beautés mystérieuses de la relation à l’autre, tout autre et l’ouverture qu’elles provoquent font de chacun et chacune d’entre nous un signe pour l’autre. Signe qui nous montre l’invisible : un dépassement de nous mêmes vers l’autre. Avec Marie se dépassant elle-même, nous voyons l’invisible amour de Dieu. Dans le terreau de notre humanité nous devenons alors signe cosmique : frères et sœurs du soleil, de la lune et des étoiles dans l’harmonie des sphères cosmiques. Signe d’une humanité assumée : une femme simplement habillée par le soleil, un visage majestueux dont les yeux sont plus beaux que les étoiles qui entourent sa tête d’une couronne, la lune pour piédestal. Marie de notre terre, elle même en plénitude,  est une femme assumée : adsumptio par son Fils qui est homo asumptus, le verbe divin assumé dans notre humanité. Marie a assumé sa parole et la parole de Dieu.

                   La fête de l’Assomption de Marie nous invite à assumer en nous aujourd’hui le Verbe de Dieu et lui donner naissance dans le monde tel qu’il est et l’ouvrir à la Paix, au Bien et à la Joie.

19ème dimanche ordinaire année B – 9 août 2015, Fr Christian de Montaigu, ofm

1R 19,4-6 / Eph 4,30 – 5,2 / Jn 6, 41-51

 

 

Dans la vie missionnaire on nous a appris que pour annoncer Jésus Christ il valait mieux que les gens écoutent avec un minimum dans l'estomac. Et souvent les missionnaires commencent à s'occuper du nécessaire avant de pouvoir parler de Jésus. Cette disposition d'esprit nous vient à la fois de Jésus et aussi du rôle que joue le repas dans la tradition sémitique. Regardez Elie dans la première lecture, il reçoit son repas du Seigneur alors qu'il fuit l'hostilité de la Reine Jézabel. Cette nourriture est à la fois spirituelle car elle vient de Dieu et à la fois destinée à refaire ses forces en vue d'un projet prévu à la montagne de l'Horeb. Le projet étant celui d'une rencontre entre le prophète et Yahweh. Jésus a le même projet pour l'humanité et Dieu. Nous le connaissons comme le chemin, la vérité et la vie, celui qui nous conduit vers le Père afin que nous ayons part au royaume de Dieu.

Nous sommes donc dans un climat normal. La foule écoute un prophète. On s'assoit et comme par enchantement chacun est servi à sa place par les disciples du maitre. Pensez-vous que la foule se soit inquiétée d'où venait le repas, à part évidemment ceux qui étaient proches de Jésus. Bien sûr que non! Certains ont peut-être dit merci. En tout cas ils ont tous été rassasiés. Et c'est bien pourquoi ils reviennent et non parce qu'ils ont vu des signes. Ils n'ont rien capté des signes que Jésus a fait. Et  encore moins de ce qu'il dit. Cela devient même difficilement audible. En effet  des membres de l'assemblée connaissent bien son père et sa mère: alors comment en effet peut-il dire «  je suis descendu du ciel » C'est abracadabrantesque selon une formule présidentielle. Il y a effectivement un écart considérable de la réalité visible à la réalité invisible que procure la foi. Nous pourrions chacun de nous, nous interroger sur l'effet que nous procureraient les déclarations de Jésus: « je le ressusciterai au dernier jour », « le pain qui descend du ciel est tel que celui qui en mange ne mourra pas », « Il a la vie éternelle celui qui croit » ou « Le pain que je donnerai, c'est ma chair, donnée pour la vie du monde ».

Il nous faut évidemment le regard de la résurrection pour entrer dans la réalité de Jésus. Il nous faut voir que les signes et la parole sont intimement liées, que la Parole est efficace. Et celle-ci nous invite à penser que Jésus par son agir, dans ses lignes évangéliques, est à la fois maître de la matière comme le pain tout comme il est le maître des éléments que sont le vent et la tempête. Les disciples ont été les témoins à la fois de la multiplication des pains et de l'apaisement des éléments. L'un comme l'autre préfiguraient le don de Dieu dans sa croix et sa résurrection. L'un comme l'autre préfiguraient la présence divine dans le monde et dans le pain pour nous les hommes.  Nous sommes dans  une réalité qui manifestée aujourd'hui nous entraine déjà à l'Horeb de la vie éternelle.

Un jour, c'était la Pâque, jésus désirait d'un grand désir vivre cette fête avec ses disciples. Ils trouvèrent une salle comme aujourd'hui, salle pour l'occasion de fêter une profession de foi. Alors qu'ils étaient à table, il prit du pain, le bénit et le donna à ses disciples en leur disant « ceci est mon corps livré pour vous »; puis la fin du repas arrivant, il prit la coupe remplie de vin, la donna à ses disciples et leur dit « prenez et buvez en tous, car ceci est le sang de l'alliance nouvelle et éternelle qui sera versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés. Faites cela en mémoire de moi ». L'assistance a sans doute été stupéfaite. Sans doute s'est-elle souvenu ce qu'il leur avait dit le jour de la multiplication des pains :

« Le pain qui descend du ciel est tel que... ». «Tel que », c'est là que se situe la foi, c'est dans ce « tel que » que nos hésitations, nos fulgurances se situent pour notre rencontre avec le Christ.

La parole est efficace, elle manifeste la présence du Christ pour la vie éternelle... tu ne mourras pas: tu vivras. Amen

17ème dimanche ordinaire année B-26 juillet 2015, Fr Christian de Montai-gu, ofm

Rois 4,42-44 / Eph 4,1-6 / Jn 6,1-15

 

D'un côté la prison, l'enfermement et de l'autre le lac, l'espace, la liberté d'une foule qui vient pour écouter, s'instruire et boire les parole de Jésus. Mais d'une prison une voix peut s'élever pour exhorter ses frères à tenir bon comme témoins du Christ non pas par bravade mais dans l'humilité, la douceur, la patience à l'opposer de la violence faite à Paul dans sa privation de liberté. La réalité humaine s'impose à Jésus, ces hommes et ces femmes assis là sur cette herbe fraiche, ont faim aussi de pain.  En fait où que nous soyons dans la vie nous avons besoin de la parole et du pain, de l'espérance et de la communion. La liberté du chrétien ne peut être enfermée, elle a besoin d'être portée par chacun en gardant l'unité de l'Esprit.

Jésus est attentif à la foule, on sent son regard se poser sur chacun dévoilant ainsi qu'il a compris son besoin. C'est assis que l'on mange le mieux. Le dialogue avec Philippe et André nous plonge dans notre réalité. Aujourd'hui comment faire pour nourrir tous ceux qui viennent à nous? Ne veulent-ils que manger? Car la foule de Jésus suivait déjà quelqu'un comme nous aujourd'hui; après avoir écouté la parole nous quittons le livre pour suivre le Christ ressuscité. Ceux qui ont été rassasiés par Jésus veulent le faire roi. Il le voit en effet dans l'action. Mais lui, en s'esquivant, choisit l'humilité car c'est par cette seule voie qu'il rejoint chaque génération qui se nourrit de sa présence. Il avait devant eux tous préfiguré ce qu'il réaliserait, dans l’intimité, avec ses apôtres lors du dernier repas: « ceci est mon corps, ceci est mon sang livré pour vous ». En le recevant tous ensemble dans notre intimé, nous réalisons la communion qu'il a voulu à l'image de l'unité du Père, du Fils et du Saint Esprit.

Dans quelques instants nous vivrons la consécration. Cette consécration intervient après avoir comme des centaines de générations écouté l'histoire de notre rencontre avec Dieu. Dans l'ancien testament, le peuple qui se constitue, se convertit puis chute et se rebelle mais qui découvre son Seigneur. Le nouveau testament qui nous rend concret le passage du fils de Dieu au milieu de nous et aussi qui nous raconte comment les premiers chrétiens ont vécu de cette Parole. Puis la consécration nous rend présent le Christ tel qu'il l'a promis à ses apôtres, les témoins de l'évènement. Prenons conscience alors que nous quittons le livre pour suivre quelqu'un. Cela change tout. Notre communion reste libre dans le secret de notre vie avec le ressuscité. La vérité est une personne qui se donne mais qui ne nous appartient pas. Voilà pourquoi nous pouvons dire avec Saint Paul: « comme votre vocation vous a tous appelés à une seule espérance, de même il y a qu'un seul Corps et un seul Esprit. Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, au-dessus de tous, par tous et en tous ». Notre communion est totale. Amen

16ème dimanche ordinaire année B-19 juillet 2015, Fr Christian de Montaigu, ofm

 Jr 23,1-6 / Eph 2,13-18 / Mc 6,30-34

 

Quand il est né Jésus, ce sont les bergers qui les premiers lui ont rendu hommage. Jésus s'est identifié à eux dans sa vie publique. Le berger, en effet, est celui qui guide, qui connait la route, qui connait ses brebis. Nous savons tous qu'au niveau biblique le berger possède un rôle considérable au point que le peuple élu attend avec impatience le berger par excellence, celui qui conduira Israël. Lui Jésus, descendant de David, est le berger annoncé par Jérémie, dans la première lecture: « Je susciterai pour mes brebis des pasteurs qui les conduiront; elles ne seront plus apeurées ni effrayées » « Je susciterai pour David un Germe juste ». Jésus a formé ses disciples pour la mission. Ce sont ceux qu'il a choisis pour en faire des pasteurs. Ils sont destinés à aller au-delà des mers, annoncer le royaume de Dieu. Il leur a montré comment enseigner les saintes écritures lorsqu'il prêchait dans les synagogues, comment répondre lorsqu'il était interrogé sur les routes ou les places publiques par les docteurs de la loi ou les scribes, comment parler aux foules, et c'est le cas dans notre évangile de ce jour. Ainsi Jésus a utilisé la parole et l'exemple pour former les apôtres, se dévoilant lui-même à leurs yeux. Voilà comment s'est transmise la formation distribuée par Jésus de génération en génération depuis les apôtres jusqu'à nos jours, permettant au Christ de se découvrir à tous. La grâce est inscrite dans un Evangile vivant, animé par l'Esprit. Lorsque deux ou trois se réuniront en mon nom, je serai au milieu d'eux a t’il promis.

Après donc l'enseignement, voilà la praxis. Notre évangile raconte comment les disciples sont envoyés annoncer la bonne nouvelle, guérir les malades. C'était leur première mission nous précise le texte. Un peu comme les étudiants de cet été qui font des stages afin de confronter leur connaissance avec la réalité. A leur retour il y a comme un débriefing autour de Jésus et chacun de raconter ce qu'il a fait et enseigné. Jésus se rend compte qu'ils sont fatigués et leur propose un temps de repos. « Venez à l'écart dans un endroit désert et reposez-vous un peu » leur dit-il. Lui-même pratique ce temps de mise à l'écart et montre l'exemple quand il se retire dans la montagne pour prier. Jésus vit ce qu'il dit. Voilà pourquoi c'est un excellent coach. Il écoute, évalue, enseigne, envoie, tout en connaissant les limites humaines.

Pour quitter l'endroit ils prennent une barque afin de se rendre de l'autre côté à l'écart. Seulement le temps du repos n'a duré que le temps d'une petite traversée. La foule s'en rendit compte et fut plus rapide que les rames de la barque. Elle avait tant besoin d'un berger.... Jésus est touché par la démarche de ces gens, il privilégie alors la mission et se met à enseigner. Souvent nous sommes confrontés à cette situation: savoir évaluer et décider de la bonne marche à suivre afin de répondre à ce qui nous semble prioritaire. Il faut alors savoir saisir le repos, fusse t'il le temps d'une petite traversée, pour décompresser. L'eau c'est le lieu du silence et de la fraîcheur.

Dans cette description qui semble un peu idyllique et qui pourtant nous rejoint, nous savons que la mission ne porte pas de fruit à tous les coups. Nous sommes nous même bien souvent déçus. Il y a de grands moments où l'on sent bien nos contemporains désireux d'entendre une voix qui remet les choses à leur place comme quand le Pape François parle aux JMJ et puis, une fois que l'émotion est passée, notre enthousiasme s'émousse. Paul a vécu la même chose. Il rappelle dans la deuxième lecture de ce jour combien cette Parole vivante est destinée autant aux juifs qu'aux païens. La mort et la résurrection du Christ sont pour toute l'humanité. Le christ est venu annoncer et donner la paix à tous les hommes. Pourtant à travers ces paroles on sent pointer le drame intime de Paul: son propre peuple ne reconnaît pas le messie crucifié. Il dira même que les juifs portent un voile sur les yeux qui les empêchent de voir le Fils de Dieu. Lui qui est venu réconcilier l'humanité toute entière avec le Père. Lui qui porte l'espérance pour tous. C'est de cette espérance que les pasteurs et tous les chrétiens sont chargés de transmettre, quoi qu'il arrive.

Amen.

15ème dimanche ordinaire année B – 12 juillet 2015, Fr Henri Laudrin, ofm

Am 7,12-15 / Ep 1, 3-14 / Mc 6, 7-13

 

         Par notre baptême, nous sommes devenus Roi, Prêtre et Prophète. Ce n’est pas juste symbolique. En ce monde nous le sommes vraiment. Bien sûr, nous pouvons considérer que nous n’avons pas atteint cette dignité. C’est possible. Mais ce qui est certain, c’est que nous sommes quand même Roi, Prêtre et Prophète.

         En ce monde, nous avons le souci de nous comporter comme tel et avec beaucoup de tact. C’est à dire sans jamais se courber devant l’injustice, le mépris et la haine; sans jamais accepter que nos semblables meurent par notre égoïsme et sans jamais nous imposer à personne. Debout et digne dans les circonstances de la bêtise humaine. Nous sommes appelés à exercer la Royauté divine dans un esprit de service, d’un don de soi pour les autres avec discernement et sans faire peser un quelconque pouvoir. Mais au contraire dans l’exercice sacerdotal se donner entièrement en offrande à l’Amour par le biais de la prière, d’une vie spirituelle, d’un art de vivre en Christ et dans la relation aux autres et à partir de là vivre notre vocation prophétique en osant parler franc, dénoncer toutes les injustices comme le fera le prophète Amos.

         Y a t-il une condition humaine et sociale pour être prophète ? Non, Amos le dit lui-même: « J’étais au cul des vaches quand le Seigneur m’a dit : Va! Tu seras prophète pour mon peuple Israël »

         Les Douze que Jésus appelle pour la mission, c’est à dire annoncer la Nouvelle la plus importante au monde, les Douze sont-ils sortis des grandes écoles de Jérusalem ? Des milieux cultivés de Capharnaüm? Non, les envoyés de Dieu, du Très haut Tout-Puissant et Bon Seigneur sont des pauv’gars établis dans la dignité royale, sacerdotale et prophétique. Ils sont jetés sur les routes humaines pour donner le trésor des cieux. La Parole de Dieu et du salut du monde en sandale, sans vêtements de rechange en quémandant l’hospitalité. Ils ne sont pas plus crédibles aujourd’hui qu’autrefois. Et pourtant, il y eu Gandhi.

         François d’Assise a été touché par cette parole de Dieu en l’Évangile de Matthieu. Il en a fait sa charte pour la mission des frères mineurs. Être en ce monde pauvre volontaire pour que l’annonce du Royaume soit entendue de nos contemporains. Comme le disait récemment Edgar Morin en réagissant à l’encyclique du pape : « Le pape a eu la chance de trouver dans le christianisme saint François d’Assise ! Car s’il n’avait pas été là, il aurait été bien maigre en référence... »

         Les pauvres et les pauvres de Dieu qui ne payent pas de mine à nos yeux sont les porteurs de Nouvelle du Royaume de Dieu dans la plus haute dignité de ses fils et de ses filles. Et nous le sommes par notre baptême.

14eme dimanche ordinaire année b – 5 juillet 2015, Fr Henri Laundrin, ofm

Frères et sœurs, par notre baptême, mort et ressuscité en Jésus le Christ, nous sommes devenus prophètes du Seigneur. Désormais, nous portons en nous et devant nous le projet de Dieu, son Royaume dans l’humanité aujourd’hui.

         Tout d’abord, comme Ézékiel nous avons reçu un esprit qui nous fait tenir debout. Les baptisés, bien que faibles, ne peuvent pas se coucher lâchement, devant l’injustice, le mépris, le rejet d’une partie de l’humanité. Nous ne pouvons supporter aucune exclusion. « Lève-toi, debout, même dans l’adversité. Le Christ est mort debout sur la croix. Vivre debout, c’est la position du prophète. Debout, nous entendons mieux, nous voyons mieux les situations. C’est la position idéale pour proclamer ce que nous avons à dire : justice, paix, Espérance vivante, amour volontaire et gratuit. C’est la position de la dignité. Les baptisés sont des prophètes levés au milieu de ce monde.

         Ensuite, dans cette position verticale, nous pouvons mettre un pied devant l’autre. Le prophète marche et proclame en marchant. La Parole se véhicule, se transmet, se traduit, se déplace. Les prophètes sont des nomades, des gens de passage qui ne s’attache pas au lieu, ni à leur famille de sang. Les prophètes sont des migrants pour que la Parole migre, que la Parole nous déplace, physiquement, spirituellement. C’est pourquoi, les prophètes sont pauvres. Ils n’ont rien à emporter pour la route. Ils ne peuvent alourdir leur marche. Le mot paroisse signifie à l’origine le quartier des émigrés dans une ville. (Parocchia : 'désigne ceux qui séjournent en étrangers' dans ce monde, avec la conscience de leur existence éphémère) Il s’agit de proclamer hautement et marcher humblement devant le Seigneur. L’humilité dont la racine est ‘humus’ à aussi donné le mot humanité. Le prophète est humble c’est à dire plein d’humanité avec ses semblables.

         Enfin, vivre debout, est la meilleure façon de vivre pour avancer. Pour mettre un pied devant l’autre. Pour marcher. Pour aller vers l’extérieur. Les prophètes véhiculent la Parole en apprenant d’autres langues que sa langue maternelle, en accueillant d’autres cultures, en s’ouvrant à d’autres façons de vivre. Allez à sa propre source, à sa propre origine ne permet pas de s’y retrouver. La Parole s’est vraiment déplacée. Nous sommes devenus étrangers à notre propre patrie. Les baptisés suivent le Christ en marchant : « Va, quitte ton pays », Va, vis et devient vers les autres pour les autres et devient autre. Alors, ainsi, le Royaume de Dieu est prophétisé. Les chrétiens font vraiment signe quand ils étonnent le monde.

13eme dimanche ordinaire année b – 28 juin 2015, Fr Benoit Dubigeon, ofm

Sg 1,13-15 ; 2,23-24 / 2Cor 8,7.9.13-15 / Mc 5,21-43

 

tendresse

 

La guérison de la fille de Jaïre est relatée par les trois synoptiques. Mais c’est un miracle très particulier qui met en valeur le visage de Dieu que l’Ancienne Alliance privilégiait déjà : sa tendresse.

Jésus est tout occupé par les foules lorsque Jaïre, un chef de synagogue, le dérange. On sait que les chefs de synagogue ne sont pas parmi ses plus proches, mais plutôt les publicains et les pécheurs. D’ailleurs, on peut se demander ce que Jaïre a du penser quand ses autres collègues chefs de synagogue et grands prêtres ont conspué le Christ au moment de son procès dérisoire et l’ont cloué sur une croix… Avait-il encore de la reconnaissance pour le Christ qui avait ressuscité sa fille ?

Si Jésus connaît le vrai cœur de l’homme et comment il peut trahir celui qu’il aura sauvé une demi-heure avant, il n’hésite pas pour autant une seconde à quitter les foules pour se consacrer à lui et à sa fille. Ce chef de synagogue fait appel au Maître, -ce qui n’est pas rien comme titre pour celui qui n’est même pas un chef de synagogue et souvent tellement critiqué-. Jaïre évoque auprès de Jésus un drame personnel, la mort prochaine de sa petite fille. La foule semble ne plus alors compter pour Jésus mais seulement cette jeune fille de 12 ans. Ils quittent alors la foule et arrivent à la maison. Jésus passe outre les cris assourdissants des pleureuses ; il écarte tout le monde, épargnant à l’enfant ce spectacle lorsqu’elle reprendra vie. La vie est tellement précieuse et belle qu’il convient, lorsqu’elle est ressuscitée de la confier aux intimes, en priorité aux parents. Il choisit ses Apôtres préférés, Pierre, Jacques et Jean, comme dans les grands évènements. Puis Jésus s’adresse directement à l’intéressée qui, pour les juifs, est passée récemment de l’enfance à l’âge adulte. « Jeune fille », l’appelle-t-il pour mieux prendre en compte son nouveau statut de jeune adulte. « Je te le dis, lève-toi » !

Le Christ montre alors la puissance de vie, d’amour et de tendresse dont il est capable au nom de notre Père des cieux, tellement riche en vie. Toute la création est un reflet de sa puissance de vie et d’amour, car Dieu, non seulement n’a pas fait la mort, nous dit le livre de la Sagesse, mais il a créé tous les êtres comme porteurs de vie. Et puisque tous les êtres sont l’image de Dieu lui-même, recevant la vie, ils la portent pour la donner et la faire fructifier en abondance, 100 pour 1, 1000 pour 1. Le mal provient uniquement de la jalousie de cette puissance de vie et, nous dit encore le livre de la Sagesse, ceux qui sont du côté du diable en font la douloureuse expérience.

La fille de Jaïre, dont on ignore d’ailleurs le nom, est ressuscitée dans la vie, ressuscitée. « Ne crains pas, crois seulement ». Tel est, me semble-t-il, la clé de voute de cet évangile et de l’Evangile tout entier : tout est possible à celui qui croit, à celui qui fait confiance et qui accepte de ne plus avoir peur, de ne plus être la victime de ses angoisses et de ses doutes, à celui qui quitte la jalousie pour entrer dans un chemin de bienveillance et de tendresse.

Alors, le premier soin de Jésus après le relèvement de cette jeune fille est de convier les parents à la servir pour manger, se nourrir. Jésus impose ensuite le silence sur cet événement majeur qui est celui de chacune de vie : sors du doute et accède à la foi, quitte tes peurs et fais confiance, passe de la haine à la tendresse. Pour tous ces passages à opérer avec la grâce de Dieu, la publicité n’est pas de mise : elle se vit dans le silence d’un être qui aime et qui sert. Le bien ne fait pas de bruit alors que le bruit ne fait pas de bien.

Qu’il est touchant, notre Christ, touchant de tendresse, de délicatesse pour accompagner ce passage de la mort à la vie. Pour laisser sortir de lui cette puissance de vie et de guérison que cette femme a reçue au milieu de la foule parce qu’elle a cru qu’en touchant, ne serait-ce que la frange de son manteau, elle obtiendrait la vie de Dieu.

Cette femme, cette petite jeune fille, c’est nous-mêmes dans chacune de nos vies, quand nous nous approchons de Dieu, le touchons ou plutôt en nous laissant toucher par sa Parole et son pain de vie. Alors nous retrouvons notre véritable identité d’êtres créés par Dieu lui-même, êtres qu’il veut protéger des forces mortifères et de la mort elle-même. Et puisque nous sommes inscrits dans le cœur de Dieu, Lui que nous rencontrons dans nos Eucharisties et dans nos prières, dans le service de notre prochain chaque fois que nous passons de notre moi à la rive de l’autre, accueillons avec confiance cette tendresse sans faille qui surpasse tout 

12ème dimanche ordinaire année B – 21 juin 2015, Fr Christian de Montaigu, ofm

Job 38,1.8-11 / 2Cor 5,14-17 / Mc 4,35-41

 

La semaine dernière il a été question de semence qui quoique face le laboureur pousse en silence. Lorsque le temps est venu et que les blés sont mûrs on y met la faucille et on ramasse le fruit. Jésus racontait en parabole la venue du règne de Dieu. Et pour être clair il évoquait à la foule devant ses disciples cet avènement à travers des évènements du quotidien. Et parfois ces derniers avaient besoin d'une explication comme dans la parabole du semeur qui envoie des graines sur le chemin, les ronces puis sur la bonne terre. Nous la connaissons tous.

Aujourd'hui Jésus a fini d'expliquer la présence du Royaume. Et il invite ses disciples à passer sur l'autre rive. Et pendant la traversé la mer s'agite au point de faire peur à des pécheurs expérimentés. Or Jésus dort la tête sur un coussin. Les cris des disciples le réveillent. Il apaise la mer, le calme revient. « Pourquoi ce manque de foi? » leur reproche-t-il. Ici, on n'est plus dans la théorie même fort explicite mais dans l'expérience. On est dans la pratique, car la foi est mise à l'épreuve. « Qui est-il donc puisque même les éléments lui obéissent. »

Le règne est donc semé. Il pousse en silence, il dort même. Quelles que soient les violences du monde, le règne de Dieu est là au milieu de nous en silence. L'essentiel est là, et vous n'avez pas la foi? Vous n'aviez donc pas compris? La charrue qui creuse le sillon, ne fait-elle pas violence à la terre. La tempête est comme le monde, elle fait peur aux hommes. Mais Dieu est là en silence comme la semence dans la terre. Il attend son moment afin que nous donnions du fruit à profusion. Le Règne se dit, se vit, se manifeste en son temps. Les disciples ont eu peur, ils ont crié leur désarroi et Jésus rassura ses amis. Il apaisa leur propre violence, il apaisa les éléments mais ils gardèrent leur inquiétude : qui est-il? On peut noter que la prière fait des merveilles. Quand le temps est venu, le Seigneur exauce. Pour autant les récipiendaires n'ont pas tout compris.

Et pour cause, car leur foi n'est pas achevée. Jésus à leurs yeux n'est pas encore le Christ même s'ils ont parfois des fulgurances qui les approchent de la vérité. Il leur faudra la résurrection. Le pivot est bien sûr le Christ mort et ressuscité. La mort dit toute l'humanité du Christ et la résurrection dit l'acte total de Dieu. Le don d'Amour absolu pour nous. L'homme est assumé par le Christ en tant que créature nouvelle. L'acte créateur du Père commence et s'achève dans le Christ. Mais il faut passer par la foi, passer sur l'autre rive. Ce passage nous conduit à une vie nouvelle, c'est la Pâque de l'humanité croyante. Le christ nous rappelle aujourd'hui qu'il y a des turbulences sur notre chemin mais qu'il veille en silence. Il a confié le monde à l'Esprit Saint, il a promis que le Père et Lui feront leur demeure en nous. Il est là en tout cœur de nos vies.

Amen

11ème dimanche ordinaire année B – 14 juin 2015, Fr Jean-Marie Burnod, ofm

Ez 17, 22-24 / 2Cor 5, 6-10 / Mc  4, 26-34

 

L’un sème, l’autre moissonne. Entre ces deux temps forts d’activité, la terre travaille automatiquement. Il y a des choses qui ne dépendent pas de nos efforts. Certes, il faut sarcler, il faut mettre des engrais. Mais la vie travaille toute seule. C’est le mystère de la vie, le mystère de la croissance.       

         Celui qui sème, c’est le Christ. Son activité se situe dans un contexte de conflits, de rupture avec les chefs d’Israël. Il enseigne au bord du lac. Monté dans une barque à quelque distance du rivage, il parle à la foule massée sur la terre. Sur la terre, cette expression revient neuf fois de suite en quelques versets. Sur la terre, c’est de la façon dont la terre accueille la semence, la parole, que le fruit pourra produire. Dans notre parabole, les semailles correspondent au ministère de Jésus.

         Au début le semeur, à la fin la moisson. La parabole fait allusion à un passage bien précis du prophète Joël : “Que les nations, dit Joël, se réveillent et qu’elles montent à la vallée de Josaphat. Car là je siégerai pour juger toutes les nations à la ronde. Lancez la faucille, car la moisson est là” (Jl 4/13). La moisson, c’est le terme de l’histoire, le jugement final, le grand rassemblement en Dieu.

         Les auditeurs de Jésus attendaient, avec la venue du règne de Dieu le jugement divin et la punition des impies. Ne voyant rien venir, ils manifestent leur impatience et leur déception. A travers le langage des paraboles, Jésus leur répond : entre le temps de la semence et la moisson finale, il y a le temps de la germination et de la croissance. Pendant ce temps, Dieu, à l’image du paysan, semble inactif et parait se désintéresser de son oeuvre.

         Et cependant, ce temps est nécessaire à la vie du royaume. La parole semée en terre ne cesse de travailler le coeur des hommes, préparant ainsi le jour de la moisson, la venue de Dieu à la fin des temps.

         La période de longs murissements, c’est le temps de l’Église, symbolisée par l’arbre où viennent nicher les oiseaux du ciel. A ceux qui sont déçus par la modestie des débuts, Jésus annonce que son ministère inaugure l’avènement du règne de Dieu, que ce règne est déjà là et qu’il s’offrira un jour à tous les hommes : “la semence a grandi, elle dépasse toutes les plantes et elle étend de longues branches, si bien que les oiseaux du ciel peuvent faire leur nid à son ombre”.

         Le temps de la croissance, ce temps de l’Église, c’est bien le notre. Si Dieu parfois semble absent, ce n’est pas qu’il ne se passe rien. Le Dieu véritable est un Dieu caché disait le prophète. Les philosophes modernes ont inventé le thème de la mort de Dieu. Mais si Dieu n’en finit pas de mourir, c’est qu’il n’en finit pas de vivre.

         L’essentiel est invisible pour les yeux disait le renard au petit prince. Quand je regarde en profondeur le bouillonnement des initiatives aujourd’hui, ce qui peut paraître comme une décomposition et la mort d’un certain christianisme ne révèle-t-il pas en réalité le véritable enfantement d’une ère nouvelle pour l’évangile.

Dimanche du Saint Sacrement - année B, 7 juin 2015, Fr Henri Laudrin, ofm

Ex 24, 3-8 / He 9, 11-15 / Mc  14, 12-16.22-26

 

Le sang irrigue nos chairs. Ce fleuve rouge de vie a sa source à l’aube de la création et va se jeter dans un océan d’humanité. C’est le liquide qui transmet génétiquement, générationellement, par les gènes, le bouillonnement de la vie.

Lorsque le sang est contaminé, nous le savons, c’est la vie même de l’humanité qui est en danger avec les réflexes de la peur d’une fin du monde et les exclusions humaines voulues nécessaires pour la pureté des rescapés et la perpétuation du genre humain. La confiance par l’amour disparaît, le lien social est détruit. Le clan reprend ses droits. Pareillement, si le lien social se détruit par la jalousie, si le lien de confiance disparaît par la peur de l’autre, de l’étranger. Alors, il faut faire couler le sang. Ce sont les sacrifices humains. Plus le danger est grand, plus le sang royal sera versé. Ce sont les guerres, les pogroms. C’est mettre en ligne des égorgements de prisonniers pour retrouver l’illusion d’une identité forte et d’une cohésion sociale sans faille. C’est ainsi qu’au cours de l’histoire humaine, cette terre a été abreuvée, jusqu’à plus soif, du sang humain. Comme si ce fleuve rouge allait régénérer le sol. Que notre mère terre allait donner son fruit avec un Père soleil qui devait se lever et darder ses rayons grâce à notre sang versé. Le tribut à payer, notre contribution pour avoir le droit de vivre. C’est l’origine du lien du sang et du sol qui deviendra droit du sang et du sol, qui exclut et tue.

Dans le premier monothéisme, au livre de l’Exode, il valait mieux que les jeunes garçons servent les holocaustes en immolant les taureaux plutôt que d’être eux-mêmes immolés aux dieux pour régénérer le clan. Et ce sera la bénédiction du sang des taureaux qui fera le ciment social du peuple et sa libération de sa culpabilité envers sa divinité.

Ce sacrifice par le sang sera dévolu au sacerdoce. C’est le système du sacré qui est mis en place. Ce sang vital est précieux et sacré. Verser le sang demande un rituel qui doit être scrupuleusement respecté sous peine de mort. Il ne faut pas en cette affaire tromper Dieu.  

La lettre aux Hébreux subvertit le système. Le seul Sacrifice, le seul Sacerdoce est celui du Christ. Le seul sang versé pour les hommes et qui libère l’homme de son enfermement, le sang régénérant, la seule transmission de vie par le sang est le sang du Christ, il n’y en a pas d’autre, nouveau fleuve de vie, ultime don qui annule tous les sacrifices. Ceux d’aujourd’hui sont devenus inutiles, scandaleux et barbares. Le sang versé du Christ annule toutes les dettes et c’est fait une fois pour toute. Ceci est un testament nouveau, un renversement complet des perspectives de la violence humaine.

Ce que nous faisons en rendant grâce à Dieu, Eucharistie, est un mémorial, un faire mémoire pour nous dire à nous-mêmes et à toute l’humanité que le sang versé des hommes est une injure à Dieu, qui par le Christ a versé son sang pour nous et pour la multitude.

A chaque fois que les chrétiens célèbrent ce mémorial, c’est pour dire à chaque fois et jusqu’à la fin des temps : plus jamais ça. « Vous ferez cela en mémoire de moi ». Désormais, nous sommes dans la généalogie du Christ en Dieu, et cela se transmet par les sacrements.

Dimanche de la Trinité - année B, 31 mai 2015, Fr Henri Laudrin, ofm

Dt 4,32-34.39-40 / Rm 8,14-17/ Mt  28,16-20

 

         Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit : voilà notre Dieu, voilà son nom. Ne cherchez pas ailleurs.

Nous aussi nous portons un nom. Il nous a été donné et nous le recevons,  et au plus profond de notre être nous l’assumons. Notre nom est une Parole vitale. Si quelqu’un nous appelle par notre nom, c’est toute notre âme, notre esprit, notre cœur, notre corps qui réagit, qui répond ou ne répond pas. Mon nom donné par un autre dit que beaucoup d’autres m’appellent, me parlent.

         Dans la foi en ce Nom de Dieu, un chrétien ne parle de la foi en son nom propre, dans un nom dont il serait propriétaire et qu’il aurait enfermé dans une définition : le mystère de la Trinité. Un chrétien parle au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Un chrétien parle dans le nom d’un autre. A plus forte raison, il n’est pas propriétaire de la Parole de Dieu qu’il porte cependant en lui, en elle.

         Interpellé par mon nom suppose une réponse en don gratuit et dans l’absolu du nom de Dieu, un don total libre et gracieux de sa part. Cela se nomme communément par le mot Amour.

         Aimer dans son nom et dans le nom de celui ou de celle que nous aimons demande un don généreux, large, ouvert et confiant envers quelqu’un d’autre que je ne connais pas totalement et qui me demeure mystérieux. Cet appel à aimer requiert de notre part une réponse volontairement libre et assumée. Nous avons reçu en nous dès la création du monde cette recherche d’amour en héritage à la démarche d’amour de Dieu. Lui qui nous a aimés le premier. Nous n’avons pas à aimer par peur de ne pas être aimé. Nous ne sommes pas des esclaves, mais des fils et des filles héritiers de Dieu. Nous acceptons ou nous refusons cet héritage... L’amour est une relation libre.

Lorsque nous affirmons aisément que Dieu est Amour parce que c’est sympathique et recevable que tout le reste sur Dieu. Nous affirmons en même temps que Dieu est une relation en lui-même et pas juste Dieu quelque part, qui m’aime moi Henri et les autres. Dieu est relation d’Amour en lui-même. Il est relation de don libre, autonome en lui-même qui pose, pour  se faire, la différence au cœur même de Dieu. Dieu manifeste en lui-même le respect de la différence, le refus de la confusion et de la relation fusionnelle entre les personnes. Il est en lui-même l’accueil de l’autre. Ainsi le Père aime le Fils et le Saint-Esprit, il en est de même pour le Fils et pareillement pour le Saint Esprit. Chacune des personnes se donne à l’autre sans fusion ou confusion dans la relation d’amour. Chacune reste elle-même.

         C’est cette relation d’amour libre de réciprocité qui crée l’univers. C’est la Trinité qui est sans cesse créatrice. La création toute entière vient d’un excès d’amour de la Trinité.

         Le prolongement de cet Amour va se manifester vraiment pour nous par le fait que le Fils dans la Trinité prend notre nature humaine. Se fait homme. Cet homme Jésus, Verbe de Dieu assumé, nous révèle que Dieu est cet Amour là. Et par surcroît, et par la croix, nous sommes entraînés, si nous le voulons, dans cette dynamique d’amour qu’est la relation non fusionnelle entre les trois personnes de la Trinité.

         Dans le fait qu’une personne de la Trinité épouse notre nature humaine jusque dans sa capacité d’horreur, nous est par là même révélé que Dieu est en lui-même cette relation d’amour et que désormais nous savons que nous y participons si nous le voulons.

         Chrétiens nous sommes appelés à révéler à toutes les nations que nous sommes dans la relation d’amour entre les trois personnes de la Trinité : nous sommes dans la relation du Père, du Fils et du Saint Esprit liée à notre baptême.

Dimanche de Pentecôte - année B, 24 mai 2015, Fr Christian de Montaigu, ofm

Ac 2,1-11/ Gal 5,16-25/ Jn 15,26-27; 16,12-15

 

Aujourd'hui nous fêtons  l'ultime réalité de la promesse. Dieu s'est fait connaître aux hommes en s'investissant dans leur vie. Il a parlé par les prophètes et accompagné la vie du peuple élu. Au sein de celui-ci devait naître un messie qui viendrait sauver les hommes. Messie mort et ressuscité. Ce que nous avons fêté il y a 50 jours: c'est la pâque du Seigneur. Messie qui s'effaçant, a promis l'Esprit afin que nous, les hommes, puissions annoncer la bonne nouvelle à travers le monde.

L'étonnant mystère de cet événement commence d'abord par l'union des apôtres qui à l'heure de la croix se sont tous dispersés. C'est par les témoignages de la rencontre avec le ressuscité que ceux-ci se sont retrouvés à attendre la dernière promesse: la venue de l'Esprit. Celui-ci de fait avait donc déjà travaillé à les rassembler. Ils avaient cependant tous encore besoin de voir pour croire comme Thomas avec les plaies de Jésus.

Aussi, l'Esprit se manifesta avec puissance afin que chacun en soit pénétré et littéralement imprégné jusqu'au plus profond de leur cœur. Ainsi, laissèrent-ils jaillir le langage universel de Dieu, celui de l'amour. La Parole de Dieu touche le cœur de tous les hommes. C'est le signe par excellence de la présence de l'Esprit. C'est comme une fleur qui s'ouvre pour accueillir l'oiseau. Celui-ci va transporter le pollen qui fécondera l'autre fleur. Tout comme le disciple témoigne de la parole qui féconde celui qui ouvre son cœur au désir de Dieu. C'est pourquoi chacun entendra dans sa langue les merveilles de Dieu.

Le but de l'Esprit est qu'en ce monde nous vivions du Christ, que nous l'annoncions. Suivre le Christ n'est pas une mince affaire car notre propre monde est difficile et chaque jour j'entends combien il est difficile d'être chrétien. Pour beaucoup de ceux qui essayent d'en vivre, on parle de crucifixion. Car en effet, cela exige une ascèse qui cherche à maitriser toutes passions et convoitises. 

Paul dans sa lettre aux Galates est très dur sur le conflit de la chair et de l'Esprit. Ceux en effet qui se laissent conduire par les actions de la chair qui ne sont que beuveries et autres turpitudes ne recevront pas l'héritage du royaume des cieux. Par contre celui qui se laisse envahir par l'Esprit vivra de fruits savoureux parmi lesquels: l'amour, la joie, la maitrise  de soi.

Mais heureusement Jésus veille. Il cherche, avec les armes de l'Esprit, à toujours nous convertir. L'Esprit est un apôtre qui témoigne en faveur de Jésus lui-même. Il procède du Père mais reçoit aussi tout ce qui vient du Fils afin que nous connaissions l'amour de Dieu. Avec le Fils, le chemin de l'Esprit est de faire connaître le Père. Le souffle du Christ sur les apôtres est un souffle trinitaire qui rejoint chacun de nous aujourd'hui. Cette puissance est inscrite dans nos livres saints. En les accueillant au creux de nos vies, la grâce y est toujours présente et féconde encore et encore notre intelligence et notre cœur.

Notre prière y puise sa source éternellement comme la samaritaine au puits de Jacob. Elle aussi a accueilli la langue du cœur qui a fait d'elle l'annonciatrice de la bonne nouvelle pour son propre village.  ''Venez donc voir un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait. Ne serait-il pas le Christ ?'' Ils sortirent de la ville et allèrent vers lui. »

Le Christ attire et l'Esprit envoie. Ce sont les deux mains du Père. Avec elles, Il ne cesse de se donner.

Amen.

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