La Clarté-Dieu, maison franciscaine, 91400 ORSAY
La Clarté-Dieu, maison franciscaine, 91400 ORSAY

Homélies

25ème dimanche Ordinaire – Année A, 24 septembre 2017, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Is 55, 6-9 / Ph 1, 20c-24.27a / Mt 20, 1-16

 

Saint Paul nous dit : « Pour moi, vivre, c’est le Christ ». Être un vivant pour que « la grandeur du Christ soit manifesté dans mon corps », dans mon cœur, dans mes relations, dans ma vie. Mais comment ?

En cherchant d’abord le Seigneur et son Royaume. C’est le prophète Isaïe qui nous le dit. Le chercher là où il se laisse trouver. Cela suppose de quitter nos chemins parfois trop humains pour rejoindre le chemin de Dieu. D’élargir nos pensées pour rejoindre les pensées de Dieu. Cela suppose de nous former mais en sachant que Dieu est plus grand que notre savoir. De bouger et de changer car Dieu n’est pas statique : il se découvre sur un chemin. D’aimer mais de savoir que Dieu est plus grand que notre cœur. Où est-il sinon toujours plus haut que nos pensées, plus haut que nos idées ? Si je sais faire entrer dans mon univers et mes pensées l’univers et les pensées de Dieu bien plus élevées que les miens, je deviens un chercheur en quête de Dieu.

Chercher le Seigneur, oui, mais la parabole de l’Evangile nous révèle que c’est le Seigneur qui nous cherche. Elle est centrée, non pas d’abord sur ces hommes embauchés au fur et à mesure des heures de la journée, mais sur le maître du domaine. Ce n’est pas tant nous qui cherchons Dieu que Dieu lui-même qui nous cherche. Il vient à notre rencontre. Dès l’aurore, il sort, il se met à la recherche de ceux qui n’ont rien à faire. Du lieu de nos ténèbres pour nous illuminer. De nos lieux mortifères pour nous ressusciter. Du lieu de nos défigurations pour nous transfigurer. Du lieu de notre humanité pour la susciter à sa dimension divine.

Le Maître du Royaume sort au petit jour pour embaucher des ouvriers à sa vigne, et les associer à sa divine création, pour partager son unique richesse entre tous, pour que Dieu soit tout en chacun de nous, pour donner du travail et de la dignité à ceux qui n’en n’ont pas, pour donner sa présence à ceux que personne n’a visité.

Il sort dès l’aube, il sort une nouvelle fois à 9h, puis à l’heure la plus chaude de midi, à 15h, et enfin une heure avant que les ténèbres de la nuit ne reviennent. Il n’a de cesse de quitter le rang qui l’égale à Dieu pour donner à chacun ce qui peut le nourrir. Depuis l’aube jusqu’au soir. De la crèche à la croix.

Et il nous dit : vous ne faites rien de vos vies ? Vous vous perdez dans vos pensées qui ne sont pas celles de Dieu ? Perdus dans vos addictions ? Dans vos tocs ? Dans votre recherche de vous-mêmes ? Et vous ne produisez rien, affairés sans rien faire ? Parce que ce qui est premier dans vos vies ne vous nourrit pas et ne donne pas sens à votre vie. Un jour ton enfant dit à son père : tu veux gagner toujours plus et tu travailles sans arrêt, mais tu n’as pas même une heure à me consacrer pour jouer avec moi…

Eh bien, ce qui est premier en ta vie, accepte de le mettre en dernier. Pour que ce qui est dernier devienne premier : c’est-à-dire ta capacité à aimer, ta capacité à te laisser rencontrer tel que tu es, ta qualité de relation dont tu crois te protéger par un évitement de l’autre ou de la vérité de toi-même ; quitte ta vie fondée sur du donnant-donnant, comme ces ouvriers de la 1ère heure qui se permettent de juger la bonté de leur maître, et mets de la gratuité dans ta vie.

Dieu veut donner à chacun la plénitude de la vie de Dieu. Autant pour le dernier arrivé que le premier. Pour que Dieu soit tout en chacun. Car Dieu est bon, Dieu est riche en pardon. La vie passe tellement vite qu’un jour que nous sommes invités à nous dire : qu’est-ce que fait de ma vie ? Affairé sans rien faire ou me laissant embaucher par le vrai maître de ma vie pour lui dire : « pour moi, vivre, c’est le Christ ».

Eh bien, si « pour moi vivre c’est le Christ », je peux comme mon maître sortir de moi-même, fort de la richesse de son Royaume pour rejoindre ceux qui n’en peuvent plus et qui sont affairés sans rien faire, rejoindre la pauvreté de mon frère le plus proche pour l’inviter à la vigne du Seigneur. Vivre avec le Christ pour épouser sa cause, c’est-à-dire pour partager son Royaume aux esseulés, aux sans emploi, aux victimes des injustices humaines. Associer les plus faibles au travail de cette vigne éternelle où sont promis des fruits d’abondance.

Comme le Christ, sortir. Comme le Christ, inviter. Comme le Christ, être bon avec le premier comme le dernier. Comme le Christ, être bon et riche en pardon. Comme le Christ, quitte à traverser un désert ou même vivre dans ce désert, y planter une vigne, une fleur de bonté, une fleur de pardon.

Loué sois-tu pour tous ceux qui ne jugent pas les autres en critiquant la bonté du Seigneur qui est pour tous. Loué sois-tu pour tous ceux qui accueillent l’invitation du Seigneur à s’y embaucher. Merci Seigneur, pour tous les ouvriers de ta vigne.

21ème dimanche Ordinaire – Année A, 27 août 2017, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Is 22, 19-23 / Rm 11, 33-36 / Mt 16, 13-20

 

Avec ses disciples, Jésus commence par un sondage d’opinion : « D’après les gens, le Fils de l’Homme, qui est-il ? ». Un sondage donne un reflet du réel, mais ce n’est pas le réel. Jésus se méfie toujours de ce qui n’est qu’apparence, de celui qui dit et ne fais pas, de celui qui dit croire mais ne s’engage pas.

C’est pourquoi il insiste : « et pour vous, qui suis-je ? ». Pour moi Benoît, pour chacun de vous, qui est le Christ ? Quelqu’un qu’on observe de l’extérieur ? Quelqu’un qu’on écoute ? Ou quelqu’un à qui on donne sa confiance. Une totale confiance.

La foi en quelqu’un, en Christ, suppose aussi un engagement. De toute sa personne. Sinon, cela n’est rien. D’ailleurs, dans la 1ère lecture, on retire le pouvoir au gouverneur Shebna car il a utilisé son pouvoir à ses propres fins et non pas pour s’engager pour Dieu au service de ses sujets. Et c’est à un autre que ce pouvoir de servir est donné.

Voilà qu’à la question du Christ : « Pour vous, qui suis-je ? », Pierre dit toute sa foi au Christ : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! ». Il engage toute sa personne, toute sa vie, pour le suivre, même si l’on sait qu’il reniera le Christ. Mais ce qui compte, c’est de lui donner toute sa foi et sa confiance. Et le Christ de lui répondre : « Tu es Pierre et sur cette Pierre, je bâtirai mon église ».

La pierre est le symbole fort du Messie, de celui qui vient pour tout sauver. Il est réservé au Christ. Pensez au rocher que Moïse a frappé dans le désert et d’où il sorti de l’eau pour abreuver le peuple assoiffé. Pensez au psaume : « tu es mon rocher, mon abri dans la détresse ». Et voilà qu’à cause de la foi de Pierre, Christ lui change son nom : il ne s’appellera plus Simon, mais Pierre. Pour être comme le Christ. Pour être pour les autres un homme sur qui s’appuyer, un homme qui dit du bien et qui fait du bien.

C’est notre vocation à chacun de nous. Confesser notre foi au Christ, s’engager de toute notre vie avec lui et pour lui, car là est notre bonheur. Du coup, c’est devenir pour les autres une pierre solide, malgré nos propres fragilités, une pierre sur laquelle ils peuvent s’appuyer.

Jésus me dit aujourd’hui, comme à vous, à cause de notre foi, même fragile : « Tu es Pierre ».

  • Ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. Celui qui était attaché, enchaîné dans la vie par telle addiction, tel esclavage, tel pouvoir, telle jalousie, quelle que soit l’enchaînement, et nous en connaissons tous, eh bien je te charge de contribuer à le délier et ce sera délié dans le ciel.
  • Et ce que tu auras lié sur la terre, sera lié dans le ciel. Celui qui était sans lien, sans amis, sans secours, sans terre, sans espoir, sans travail et auquel tu auras permis de créer des liens de fraternité, cela sera lié dans le ciel.

Voilà ce que nous pouvons faire les uns les autres, voilà ce que la communauté des croyants permet : relier celui qui n’est pas en liens avec ses frères ; délier ce qui est chaine mortifère pour autrui. Et Dieu se porte garant de ce que la communauté a décidé de lier ou de délier.

Voilà notre mission : croire de toute notre vie au Christ, recevoir notre vrai nom du Christ pour être une pierre solide pour les autres, quelqu’un qui crée des liens forts, éternels et qui délie là où la souffrance de destruction est trop forte. Je rends grâce à Dieu pour toutes ces pierres que nous sommes les uns pour les autres à cause de notre foi au Christ.

Solennité de l’Assomption de la Vierge Marie– Année A, 15 Août 2017, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Jn  11, 19a ;12,1-6a.10ab / 1Co 12, 20-27a / Lc 1, 39-56

 

Marie, tu es l’une de nous, de la même humanité, et pourtant la première d’entre nous, la croyante réussie aux yeux de Dieu.

Marie, tu es une jeune femme parmi tant d’autres, et pourtant maison de Dieu, tabernacle de Dieu, palais de Dieu, pour citer cette prière de saint François.

Marie, tu vis et souffres comme nous, et pourtant tu es parfait consentement à la Parole de Dieu, à la volonté de Dieu qui n’est qu’amour.

Marie, tu es vierge mais pourtant féconde. Et ton « Oui » rend tes impossibles ouverts à l’amour gratuit de Dieu.

Tu es la femme ayant pour manteau le soleil, la lumière de Dieu, et la lune, part obscur de nous-même, est l’escabeau de tes pieds. Une femme sujette comme nous au dragon du mal qui occupe le tiers du ciel et qui veut précipiter ton Enfant pour le détruire.

C’est donc qu’avec le Christ par toi, Marie, il y a, pour les deux-tiers du reste du ciel et de nos vies, il y a de la place pour le oui à la vie, à la bonté et à l’amour des autres et de Dieu.

Marie, la totalité de ta vie est ouverte au « Oui » à Dieu et les deux-tiers de nos personnes, parfois complices du péché, ouvertes aussi à cette Vie du Royaume. A quelle espérance tu nous convies de croire que la mort et l’égoïsme n’auront pas le dernier mot de nos vies, mais la résurrection du Christ et notre oui à la vie de Dieu pour aimer toute créature.

Marie, tu mets au monde un fils, qui est le berger de toutes les nations. Et qui plus est le Fils de Dieu. Il n’y a qu’à toi que cela a été donné. Marie, par la totalité de ton consentement, il n’y a que toi qui est « chez toi » dans la Parole de Dieu. Tu vis de la Parole de Dieu, ton Fils. Ta vie prend la source dans les paroles de Dieu. C’est la raison pour laquelle tu es aussi resplendissante d’amour et de bonté. Le fait que la Parole de Dieu te soit totalement intime te confère la lumière intérieure de la sagesse. Celui qui pense avec Dieu pense bien. Celui qui parle avec Dieu parle bien. Il possède des critères de jugement valables pour toutes les choses du monde. Il devient sage, et, dans le même temps, il devient bon. C’est d’autant plus beau que par le Magnificat que l’Église entonne chaque soir, Marie, tu parles avec nous, tu nous parles et tu nous invites à connaître la Parole de Dieu, à aimer la Parole de Dieu, à vivre la Parole de Dieu, le Christ.

Ton secret, Marie, est là. Tu es tellement habitée par l’Esprit de Dieu, tu es tellement accueillante à la Parole de Dieu, que la Parole prend corps en toi : tu mets Dieu au monde. Et quand tu rencontres Elisabeth, parce que tu portes le Christ en toi, tu éveilles en elle le meilleur qu’elle porte en elle, Jean, son Fils. Ta visitation chez elle fait que le plus profond d’elle-même tressaille d’allégresse.

Il en est de même pour nous. C’est ce que nous dit saint François : nous pouvons, comme toi, Marie, enfanter Dieu au monde, si je puis dire, le rendre visible, crédible, tangible, chaque fois que nous l’enfantons par des actes de bonté et de lumière. Chaque fois que nous partageons la vie du Christ, au plus intime de notre existence, et qu’il devient plus nous-mêmes que nous-mêmes. Alors nos rencontres peuvent devenir des visitations. Nous quittons l’indifférence et l’égoïsme tellement généralisés, nous nous décentrons de nous-mêmes pour nous centrer sur la vie, la joie et la lumière du Christ. Et toutes nos rencontres en deviennent les bénéficiaires : nous éveillons alors le meilleur de l’autre en lui parce que nous portons en nous le meilleur qui est le Christ qui vit en nous. Vous savez, quelqu’un que nous rencontrons et qui est habité de la sorte nous donne envie profondément de vivre à tel sommet. Quand nous ne le sommes pas, interrogeons-nous : de qui je vis ? qui m’habite ? À qui je consonne ? Nos rencontres familiales, professionnelles, communautaires sont-elles de simples rencontres et plus après plus rien parce que nous aurons voulu utiliser la présence de l’autre pour soi, comme faire valoir. Ou bien sont-ce plutôt des visitations où l’on peut demeurer en présence de l’autre et communiquer à partir du meilleur que nous portons chacun de nous ?

Marie, tu es désormais revêtue de gloire. Nous contemplons en toi la gloire que Dieu destine à chacun de ses enfants. Car cette gloire est celle de ton fils, la tienne propre, que tu nous donnes en partage. Au fond, la vérité ultime de notre joie est qu’aujourd’hui nous célébrons avec toi la victoire du Christ, même sur la mort elle-même, et notre humanité en bénéficie gratuitement, ainsi que le proclamait la voix puissante du livre de l’Apocalypse : « Voici maintenant le salut, la puissance et la royauté de notre Dieu, voici le pouvoir de son Christ ! ».

Dimanche de Pentecôte – Année A, 04 juin 2017, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Ac 2, 1-11 / 1Co 12, 3b-7.12-13 / Jn 20, 19-23

 

Introduction

Quand on dit de quelqu’un qu’il a l’esprit de la maison, on dit beaucoup. Nous, chrétiens, avons l’Esprit de notre Maison qu’est l’Eglise. L’Esprit qui descendit sur la terre informe a créé notre monde. L’Esprit de Pentecôte qui descend sur les Apôtres crée l’Eglise et donnant aux pierres vivantes que nous sommes la vitalité, la guérison et le dynamisme du témoignage dans nos veines pour en irriguer le corps tout entier, le monde tout entier.

Pentecôte, c'est Pâques, plus que jamais. Pâques en son dernier sommet. Au dernier jour de la grande Fête éclate avec magnificence ce qui s'était accompli dans le divin silence du matin de la Résurrection.

C'est l'accomplissement pascal. Et le soleil du matin de la résurrection brille maintenant à son midi.

 

Homélie

Pentecôte : cinquantième jour après Pâques. Il est dit que le jour de la Pentecôte a lieu le soir venu après la mort du Christ et que c’est le premier jour de la semaine, c’est-à-dire le premier jour de la nouvelle création de Dieu. Pâques et Pentecôte ne sont donc pas deux fêtes différentes, car elles célèbrent le Ressuscité transformé par l'Esprit et l'Esprit envoyé par le Ressuscité. L'Esprit-Saint parachève ce qu'il a commencé. Tout était dans le bourgeon, mais le bourgeon a gonflé, et maintenant il éclate.

Saint Paul dit dans son épître que c’est uniquement dans la Foi, c’est-à-dire lorsque nous sommes animés par l’Esprit du Père et du Fils, que nous pouvons découvrir que Jésus, l’homme Jésus de Nazareth, est bien le Seigneur. C’est-à-dire le Seigneur de toute vie, le Seigneur de gloire, le Seigneur ressuscité.

Et dans l’Évangile, il est précisé que cet événement a lieu dans le lieu où les apôtres sont enfermés, portes verrouillées. Cet évangile, à mon sens, récapitule toute la vie du Christ en quelques mots. C’est extraordinaire !

Dans le lieu où nous sommes enfermés, avec nos portes verrouillées par crainte de beaucoup de choses, verrouillés par nous-mêmes ou par les autres, eh bien là, et pas ailleurs, il est dit dans l’Évangile que Jésus vient : c’est tout le temps de l’Avent.

Là où nous sommes enfermés, portes verrouillées, il est au milieu de nous : c’est Noël, Emmanuel, Dieu avec nous. Et Jésus nous dira la fin de sa vie : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ».

Ensuite, là où nous sommes enfermés, portes verrouillées, Jésus nous donne sa paix : « La paix soit avec vous ». La paix du Christ soit au cœur de toutes nos réalités, les plus dures soient-elles, les plus belles soient-elles.

Là où nous sommes enfermés, portes verrouillées, il nous montre les marques de sa passion. La passion, c’est le drame d’une vie donnée avec amour et refusée par les autres à cause du mal qui est à l’œuvre en eux. En montrant les marques de sa passion le jour de la Pentecôte, Jésus veut montrer à ses disciples qu’on ne peut pas faire l’économie d’une vie donnée avec amour qui ne fasse l’expérience de la croix. Mais puisque Jésus-Christ est le premier-Né d’entre les morts, cette vie donnée avec amour a vaincu la haine et la mort.

Là où nous sommes enfermés, portes verrouillées, après nous avoir montré les marques de sa passion, Jésus nous donne à nouveau sa paix, la paix du ressuscité avec la joie de Pâques et l’illumination du nouveau Jour de la Création.

Là où nous sommes enfermés, portes verrouillées, il nous envoie. C’est l’Ascension. Il nous fait le don de son souffle qu’est l’Esprit Saint avec la mission de soulager les autres des blessures de notre vie. C’est la Pentecôte. À nous de le recevoir, ce don, ce souffle, cet Esprit saint.

Vous voyez notre Evangile : Avent, Noël, la vie ordinaire, la passion, Pâques, Ascension, Pentecôte : tout en quelques lignes.

Il nous est dit dans la 2ème lecture que tout remplis de l’Esprit Saint, les disciples étaient baptisés, c’est-à-dire plongés dans la vie et le dynamisme de cet Esprit saint. Quel que soit notre origine ou nos déterminations, nous sommes tous, par ce baptême, égaux devant le Christ. Egaux et désaltérés, c’est-à-dire soulagés de nos maux et de nos peines, de tout retour sur nous-mêmes qui nous recroqueville et nous enroule comme le serpent de la Genèse pour nous dérouler de nous-mêmes grâce au dynamisme de l’Esprit saint. Nous sommes alors capables de nous tourner vers les autres et capables de communiquer dans la langue de l’autre selon le don de l’Esprit Saint. Communiquer quoi ? Les merveilles de Dieu. La seule vraie communication, c’est recevoir et donner toutes les merveilles de Dieu. Cela forme de nous un seul corps dans le Christ, une unité qui permet l’épanouissement des différences. Pour manifester tous les dons de l’Esprit saint en vue du bien commun. C’est servir les autres dans cet Esprit et dans ce souffle de Jésus-Christ mort et ressuscité.

« L'Esprit est votre vie », dit saint Paul. Avant, nous étions esclaves, enfermés, portes verrouillées. Avec l'Esprit-Saint, nous sommes devenus libres et vivants. Nous pouvons laisser l'Esprit saint gonfler nos voiles pour déployer en nous et chez les autres des énergies nouvelles. Pour être capables de passer sur la rive de l'autre et sur d'autres rives. Pour y chanter, vivre et annoncer les merveilles de Dieu qui nous fait passer des ténèbres à son admirable lumière.

Ascension du Seigneur - Année A, 25 mai 2017, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Ac 6, 1-17 / Ac 2, 4-9 / Jn 14, 1-12

 

         En cette fête de l’Ascension, nous regardons vers le ciel. Le ciel ? Certains pensent – et j’en suis – à ces superbes soirées d’été où nous nous laissons attirer vers l’infini en contemplant dans le ciel la "voie lactée". Je pense aussi aux psaumes :  "Le ciel, c’est le ciel du Seigneur ; Aux hommes, Il a donné la terre." Ou encore : "La vérité germera sur la terre et du ciel se penchera la justice." "Il fut enlevé au ciel." Ac 1, 2. "Celui qui était descendu est le même qui est monté au plus haut des cieux." Ep 4, 10. "Le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et s’assit à la droite de Dieu." Mc 15, 19.

         Dans la Bible, pas d’opposition entre le ciel et la terre comme des "mondes à part", ou les oppositions dont les hommes ont le secret ! Le Ciel, c’est Dieu ; la terre, ce sont les hommes créés par Dieu. Il y a certes distinction, mais pas d’opposition. Dans le ciel, Dieu n’oublie pas sa créature car Il continue de la désirer de son immense amour : « Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde ».

         La fête de l’Ascension, c’est cette "solidarité" entre ciel et terre, entre le « monde de Dieu » et le « monde des hommes », dans leur juste autonomie et leur heureuse amitié. Le Christ en est le pont, le pontife.

         A l’Ascension, le Christ ne « s’évade pas » dans un autre monde appelé ciel. Il porte plutôt son amour immense répandu sur la terre jusqu’à son Père qui en est la source. Toute notre humanité est ainsi assumée, accomplie, récapitulée dans le Christ.

         L’Ascension, c’est Pâques dans son exaltation, dans son élévation. Frères et sœurs, au jour de l’Ascension, nous sommes attirés vers le Haut qu’est Dieu, la tête dans le ciel tout en gardant les pieds sur terre. N’est-ce pas là notre vocation ?

         Et si le Christ est la tête de l’Église, nous sommes son corps. C’est pourquoi l’Eglise s’engage dans les combats de ce monde, parfois très durs, pour tout conduire vers le tout qu’est Dieu. Le ciel a pris chair pour que la terre soit attirée vers Dieu.

  • Oui, nous sommes bien de Dieu et non le fruit du hasard.
  • Nous pouvons marcher avec Dieu chaque jour ; nous ne sommes pas seuls car Il nous assure de Sa présence.
  • Et si nous sommes en Dieu, nous sommes vraiment nous-mêmes : nous sommes attirés vers Celui qui rassemblera toutes les générations, toutes les cultures, toutes les croyances. Le Christ, notre frère aîné, venu déposer le ciel sur la terre, apportera sa moisson bien travaillée de la terre dans les mains célestes du Père.

         C’est là notre chemin. C’est là notre vocation. C’est là notre espérance et notre dynamisme.

         Notre foi se déploie depuis Pâques jusqu’à l’Ascension insufflée par le dynamisme de l’Esprit saint. Nous croyons, non pas aux "forces de l’esprit" qui sont sans consistances, mais à la communion des saints, présence du ciel à nos côtés, pour que notre terre devienne ce laboratoire de l’amour de charité dont le Christ est la tête. Un laboratoire où le Christ déploie son amour en purifiant nos égoïsmes, en attirant la très haute vocation de l’Homme à sa vocation de fils de Dieu.

         Avant de les quitter, Jésus réunit ses amis. Pour leur donner l’amitié de Dieu. Rien que cela. C’est cette amitié qui les transforme et les envoie vers toutes les nations de la terre. La vraie amitié n’a peur du large. Elle rayonne. Elle donne force et enthousiasme pour aller vers les autres. Et s’ils regardent le ciel quand le Christ s’en retourne près du Père, ce n’est pas pour pleurer un ami qui disparaît à jamais, mais pour accueillir un ami éternellement présent. Plus de nostalgie : c’est le temps du témoignage.

         Le Christ a vécu sur notre terre en assumant les limites d’un corps d’homme. Quelques proches partageaient son intimité. Ressuscité, il fait exploser nos limites humaines et c’est l’humanité toute entière qui peut le voir et partager son intimité. Invisible désormais aux yeux de chair, il est présent à celui qui croit. Son amour dépasse le cercle des intimes pour que toutes les nations deviennent des disciples. Et pour cela, le Christ a besoin de nous comme ses témoins. Nouvelle preuve de son immense amitié : c’est par nous que le Christ veut maintenant être visible et être ami de tous.

         Bonne fête de l’Ascension !

5ème dimanche de Pâques – Année A, 14 mai 2017, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Ac 6, 1-17 / Ac 2, 4-9 / Jn 14, 1-12

Une vie active est remplie d’objectifs divers et variés. Elle est aussi marquée par les épreuves et les souffrances. Elle est formée par le travail, les amitiés, les affections.  Tôt ou tard nous devons nous arrêter pour prendre du recul, pour lever la tête du guidon et choisir l’essentiel : Quel est le cœur de ma vie, le centre de mon existence ? Être centré sur ce cœur-là, cela me paraît être le principal objectif de notre vie et de nos relations.

La première communauté chrétienne s’est posé, bien évidemment, cette même question. Un conflit entre les frères de langue grecque et les frères de langue hébraïque, dans l’expansion des premières communautés chrétiennes, leur ont fait poser la question : que deviennent la prière et la Parole de Dieu ? Du coup, ils choisissent des hommes, les premiers diacres, pour permettre à toute la communauté chrétienne, y compris ces diacres, d’être assidus à la prière et au service de la Parole de Dieu. L’objectif est de garder au cœur de notre existence la fécondité de cette Parole de Dieu qui est une Parole de vie et une Parole de vérité, une Parole qui fait cheminer, une Parole qui se donne à tous sans exception, une Parole qui veut soutenir les plus vulnérables.

Et saint Pierre, dans la 2ème lecture, nous invite à être des pierres vivantes et d’entrer dans la construction de la demeure spirituelle. Construire l’homme intérieur, fondé sur le Christ, bâti par la Parole de Dieu, c’est l’objectif de toute notre vie de chrétien. Une personne qui est capable de tenir quand tout autour de lui s’écroule ; une personne qui assume son histoire de blessures et capable de tenir debout lorsque les tempêtes à la surface pourraient le détruire ; une personne sereine comme le fond de l’océan est calme alors que la surface est tempête… voilà le chemin, l’objectif et notre vie.

Cette personne avec ceux de son entourage est alors capable de construire avec d’autres cette existence qui donne à voir le visage du Christ, un coeur bon et miséricordieux, un visage rayonnant -même avec ses rides-, des bras qui portent ceux qui n’en peuvent plus. Quand nous construisons nos églises ou nos cathédrales, c’est l’ensemble des pierres qui dessinent un espace qui n’est pas vide mais rempli de la présence de Dieu. Un espace ouvert à tous qui donne avoir le visage du Christ ressuscité à toutes les croyants mais bien au-delà au monde entier.

Chacune de nos personnes est invitée à devenir cette pierre vivante qui a pour fondation la pierre d’angle qu’est le Christ, pierre qui a été rejetée par ceux qui n’ont pas voulu accueillir la richesse de cette Parole. Pierres reliées entre elles par le ciment de l’amour comme les pierres de la cathédrale sont reliées entre elles. Bâtir l’homme intérieur, le vrai temple de Dieu, c’est alors devenir capable de donner une descendance, des fruits. Vous le savez comme tant de personnes veulent léguer à leurs enfants et leurs petits-enfants, quand ils partiront, le meilleur d’eux-mêmes qu’ils ont construit tout au long de leur vie. Il en est de même : tous ceux qui laissent construire leur existence par le Christ seront féconds et donneront beaucoup de fruits.

« Je suis le chemin, la vérité et la vie », dit le Christ.

Saint Pierre nous dit de nous approcher du Seigneur, de cheminer avec lui, de le fréquenter comme deux personnes se fréquentent ce qui va permettre peut-être d’éveiller en elles un véritable amour. Être un ami avec le Christ comme un ami est avec son ami. Certes cet ami qu’est le Christ a été refusé par ceux qui ont refusé de le fréquenter, de cheminer avec lui sur le chemin de la résurrection. Mais il est un véritable ami si nous acceptons de devenir cette pierre vivante posée sur la pierre d’angle que le Christ.

C’est parce que le Christ est dans l’intimité du Père qu’il peut accomplir les œuvres du Père. De même, si nous construisons cet homme intérieur, cette maison intérieure de Dieu en nous, nous ferons nous-mêmes les œuvres du Christ et donc celles du Père. Et le Christ nous dit même que nous en ferons de plus grandes encore. Les œuvres qui découleront de notre amitié et de notre intimité avec lui seront des œuvres de vérité et de bonté. Nous délaisserons tout ce qui est mensonge, faire-valoir ou hypocrisies pour devenir vrais avec nous-même, avec les autres et avec Dieu. Nous irons dans le sens de la vie : nous savons bien qu’un chrétien veut respecter la vie du commencement jusqu’à la fin et entre deux celle des plus vulnérables.

« Je suis le chemin, la vérité et la vie », dit le Christ pour que nous soyons pour d’autres chemin de vie et de vérité.

4ème dimanche de Carême – Année A, 26 mars 2017, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

1S 16, 1b.6-7.10-13a / Ep 5, 8-14 / Jn 9, 1-41

 

Une remise en question, un changement de regard...

Une remise en question tout d'abord. "Je suis venu en ce monde, dit Jésus, pour une remise en question : pour que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles."

En apparence, il ne se passe rien, puisque le récit s'achève comme il avait commencé, sur la question du péché. Mais il s'est produit entre-temps un fameux retournement de situation : au début, en effet, lorsqu'on parlait de péché, on n'envisageait que deux hypothèses : ou bien l'aveugle était pécheur, ou bien c'était ses parents qui étaient pécheurs. Or, voilà qu'à la fin du récit, le passage de Jésus fait apparaître une troisième éventualité : les vrais pécheurs, ce ne sont ni l'aveugle ni ses parents, mais ceux-là mêmes qui les soupçonnent de péché. Les soupçonneurs sont soupçonnés. Les accusateurs sont accusés !

"Des pharisiens qui se trouvaient avec lui entendirent ces paroles et lui dirent : "Serions-nous des aveugles, nous aussi ?" Jésus leur répondit : "Si vous étiez des aveugles, vous n'auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : "Nous voyons", votre péché demeure." Le comble de l'aveuglement, nous dit Jésus, c'est de ne pas voir qu'on est aveugle ! Et en ce sens, le pire des péchés, c'est peut-être de prétendre n'en jamais commettre ! Oui, cet évangile est une remise en question.

Mais l'évangile d'aujourd'hui, c'est aussi un long chemin... le long chemin que parcourt l'aveugle tout au long des interrogatoires qu'on lui inflige, la reconnaissance progressive de Jésus comme Seigneur. Le vrai miracle n'est pas celui qu'on croit. Il n'est pas tant la guérison de cet aveugle que le changement radical de son comportement. Un homme qui mendiait, poli et docile aux autorités se met à leur tenir tête ! une foi qui grandit dans l'adversité. Une foi qui grandit en proportion des risques qu'elle prend.

L'aveugle avait peur des Juifs. Et il sort guéri : il prend le risque de se faire jeter dehors ! Mais dans le même temps, il découvre qui est Jésus : "Je crois, Seigneur."

Si la foi de l'aveugle est la figure de la nôtre, cela veut dire qu'il nous faut prendre les risques de faire la lumière autour de nous et en nous pour découvrir en vérité que Jésus est Lumière. Seuls ceux qui aiment peuvent bien parler de l'amour. Seuls ceux qui prennent au sérieux et qui essaient de mettre en pratique l'Évangile ont des chances de découvrir qui est en vérité Jésus. Seuls ceux qui font la paix, peuvent découvrir en Jésus le Prince de la Paix. Seuls ceux qui font la lumière peuvent de découvrir que Jésus est lumière pour le monde !

Oui, une remise en question, mais aussi un changement de regard sur les situations et sur les personnes. Apprendre à regarder comme Dieu et nous verrons en chacun personne un frère que le Christ aime.

Acceptons la remise en question de l'Évangile, car c'est la condition pour que Jésus puisse nous guérir de notre aveuglement. Mettons-nous en chemin, risquons-nous à la suite de Jésus, car c'est le seul moyen de découvrir vraiment qui il est. Enfin, changeons de regard sur les choses, les situations et sur les gens, car Dieu ne regarde pas à la manière des hommes.

3ème dimanche de Carême – Année A, 19 mars 2017, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Ex 17, 3-7 / Rm 5, 1-2.5-8 / Jn 4, 5-42

 

Quelle surprise et même quel scandale pour les amis de Jésus qui reviennent de la ville de trouver Jésus assis sur la margelle d’un puits en conversation avec une femme de Samarie.

Les Juifs vouaient aux Samaritains une haine séculaire. Les Juifs purs les méprisaient comme un peuple hérétique car ils ne fréquentaient pas le temple de Jérusalem. Et il était de bon ton de rendre gloire à Dieu en détestant les Samaritains. C’était devenu une injure de jeter à quelqu’un le nom de "Samaritain" et encore plus de "Samaritaine" !

Jésus est là. Dans ce pays ennemi et hérétique. Pour y demeurer deux jours, et il va accoster cette femme dite "impure". Impure parce que Samaritaine. Impure parce femme légère avec ses vrais ou faux maris.

Mais avec la liberté qui n’appartient qu’à lui, Jésus accepte d’aller au-delà de ce que la société de son temps a déclaré impur. Pour lui, il n’y a pas d’exclus, pas d’ennemis, pas de maudits, pas d’impardonnables, pas d’irrécupérables ! D’où que tu es, Jésus vient pour toi. Aucun obstacle ne peut venir de tes origines, de ta culture, de ta religion, de ta manière de vivre. Dieu se propose à toi : à toi de le chercher. A tous est promis l’eau vive de sa Parole et de son Amour.

Pour les nomades, un puits dans le désert, c’est bien plus qu’un puits ou qu’un point d’eau : c’est un lieu de rencontre et d’échanges. Un endroit où l’étranger devient l’ami. Un le lieu aussi où les mariages se nouent.

L’eau, rare en ce lieu aride, devient maintenant la Parole de cet homme mystérieux. Une parole merveilleuse, profonde comme ce puits et qui dévoile la vérité de toute une vie. "Il m’a dit tout ce que j’ai fait, venez l’écouter". Une parole plus vitale qu’une source au milieu du désert. Une parole aussi définitive puisque la Samaritaine peut laisser là sa cruche avec laquelle elle puisait l’eau du puits. Elle n’a plus soif de cette eau-là, elle n’a plus soif de ces amours-là. La Parole de Dieu a comblé sa soif.

A ce puits, où se nouent les mariages, se déclare un mariage spirituel : la nouvelle alliance entre le Christ et l’humanité, qu’elle soit pécheresse ou sainte. Et l’adoration du Père en esprit et en vérité, ce ne fera plus, dit Jésus, au temple de Jérusalem, dans le cœur des hommes et des femmes qui se tourneront vers Dieu.

Aujourd’hui comme hier, Jésus fait jaillir l’eau vive de sa Parole en nos Samarie d’aujourd’hui. Ces Samaritains, ces Samaritaines, qui sont-elles pour nous ? C’est peut-être cette belle-sœur divorcée que la famille rejette, ou ce fils homosexuel, ce collègue de travail dont on se détourne ? Un croyant d’une autre religion ou cet homme suspecté à cause de ses idées, de ses origines, de son ethnie, ou tout simplement de son "look" ?

Et cette Samarie, elle peut être parfois en chacun de nous. Il y a des personnes qui désespèrent d’elles-mêmes : "Ma vie est inconsistante, trop en désordre : Dieu ne peut pas m’aimer ainsi"… N’oublions jamais cette Bonne Nouvelle de l’évangile de la Samaritaine. Jésus propose l’eau vive de sa Parole à toute personne, en commençant par les plus isolés.

Jésus est assis sur la margelle de ton puits. Quand tu vas y chercher la source de tes profondeurs à ton puits, Jésus y est déjà là : il y est arrivé avant toi. Et là, il te demande : « Donne-moi à boire ». Il se révèlera à toi comme le Messie, le Fils du Dieu éternellement vivant. Ne passe donc pas près de ton puits sans t’y arrêter !                 

2ème dimanche de Carême – Année A, 12 mars 2017, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Gn 12, 1-4a / 1,8b-10 / Mt 17, 1-9

 

Une remise en question, un changement de regard...

Une remise en question tout d'abord. "Je suis venu en ce monde, dit Jésus, pour une remise en question : pour que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles."

En apparence, il ne se passe rien, puisque le récit s'achève comme il avait commencé, sur la question du péché. Mais il s'est produit entre-temps un fameux retournement de situation : au début, en effet, lorsqu'on parlait de péché, on n'envisageait que deux hypothèses : ou bien l'aveugle était pécheur, ou bien c'était ses parents qui étaient pécheurs. Or, voilà qu'à la fin du récit, le passage de Jésus fait apparaître une troisième éventualité : les vrais pécheurs, ce ne sont ni l'aveugle ni ses parents, mais ceux-là mêmes qui les soupçonnent de péché. Les soupçonneurs sont soupçonnés. Les accusateurs sont accusés !

"Des pharisiens qui se trouvaient avec lui entendirent ces paroles et lui dirent : "Serions-nous des aveugles, nous aussi ?" Jésus leur répondit : "Si vous étiez des aveugles, vous n'auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : "Nous voyons", votre péché demeure." Le comble de l'aveuglement, nous dit Jésus, c'est de ne pas voir qu'on est aveugle ! Et en ce sens, le pire des péchés, c'est peut-être de prétendre n'en jamais commettre ! Oui, cet évangile est une remise en question.

Mais l'évangile d'aujourd'hui, c'est aussi un long chemin... le long chemin que parcourt l'aveugle tout au long des interrogatoires qu'on lui inflige, la reconnaissance progressive de Jésus comme Seigneur. Le vrai miracle n'est pas celui qu'on croit. Il n'est pas tant la guérison de cet aveugle que le changement radical de son comportement. Un homme qui mendiait, poli et docile aux autorités se met à leur tenir tête ! une foi qui grandit dans l'adversité. Une foi qui grandit en proportion des risques qu'elle prend.

L'aveugle avait peur des Juifs. Et il sort guéri : il prend le risque de se faire jeter dehors ! Mais dans le même temps, il découvre qui est Jésus : "Je crois, Seigneur."

Si la foi de l'aveugle est la figure de la nôtre, cela veut dire qu'il nous faut prendre les risques de faire la lumière autour de nous et en nous pour découvrir en vérité que Jésus est Lumière. Seuls ceux qui aiment peuvent bien parler de l'amour. Seuls ceux qui prennent au sérieux et qui essaient de mettre en pratique l'Évangile ont des chances de découvrir qui est en vérité Jésus. Seuls ceux qui font la paix, peuvent découvrir en Jésus le Prince de la Paix. Seuls ceux qui font la lumière peuvent de découvrir que Jésus est lumière pour le monde !

Oui, une remise en question, mais aussi un changement de regard sur les situations et sur les personnes. Apprendre à regarder comme Dieu et nous verrons en chacun personne un frère que le Christ aime.

Acceptons la remise en question de l'Évangile, car c'est la condition pour que Jésus puisse nous guérir de notre aveuglement. Mettons-nous en chemin, risquons-nous à la suite de Jésus, car c'est le seul moyen de découvrir vraiment qui il est. Enfin, changeons de regard sur les choses, les situations et sur les gens, car Dieu ne regarde pas à la manière des hommes.

8ème Dimanche du temps ordinaire - année A, 26 février 2017, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Is 49, 14-15 / Co 4, 1-5 / Mt 6, 24-34

Isaïe, au nom de son peuple qui subit la déportation et toutes ses conséquences, crie vers le Seigneur : « le Seigneur m’a abandonné ». Souvenons-nous sur la croix, le Christ en pleine souffrance, en plein anéantissement, reprend le cri de son peuple avec le psaume 22 : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ». C’est le cri de tant de souffrants, partout, sur toute la Terre, sur un lit d’hôpital, dans une cellule de prison, en pleine solitude vide, un amour trahi.

C’est alors l’occasion de douter de tout : de Dieu, de soi, les autres. Mais douter n’est pas péché, mais crier sa souffrance. D’abord pour ne pas la garder en soi. Crier sa détresse, c’est l’occasion d’un acte de foi, de confiance. Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné et en même temps, Seigneur aide moi faire confiance.

La réponse de Dieu à Isaïe : Même si une mère abandonnait son enfant, moi je ne t’abandonnerai jamais. Dieu, s’il est un père pour chacun de nous, il est aussi une mère ! Et quand tu nous sommes perdus, avec ce sentiment d’abandon, c’est lui, le Seigneur, qui n’a de cesse de nous chercher pour nous retrouver comme il le fait pour la brebis égarée.

Saint Paul, quand il s’adresse aux chrétiens de Corinthe, ne dit-il pas la même chose ? Les corinthiens, attirés par toutes sortes d’idoles, comme nous aujourd’hui, sont tentés de mal juger les autres et même parfois de mal se juger eux-mêmes ; ils deviennent alors les victimes de leur jugement qui est faussé parce que mal orienté vers une fin qui ne rend pas heureux. Paul leur dit et nous le redit : ne te laisse pas fausser et désorienter par ton seul jugement, par ton seul sentiment. Car ta foi en Dieu est plus grande que ton jugement et que ton sentiment. Dieu seul est capable te rendre justice, c’est à dire d’ajuster ton jugement, ton sentiment et les intentions de ton cœur, au réel de Dieu et des autres.

Il en est de même pour l’Évangile : nous ne pouvons servir deux maîtres à la fois. Nous jugeons parfois le réel à l’aune de ce que nous possédons ou alors de ce que nous ne possédons pas mais que nous voudrions. Nous sommes parfois affairés sans rien faire parce que nos désirs sont mal orientés en étant en quête de ce qui ne nourrit pas pleinement. Le souci excessif ne produit rien de bon : seule la confiance permet de vivre en paix et d’accueillir la vie comme un cadeau. Le but de notre vie est de rechercher ce qui comble : c’est le Royaume de Dieu et sa justice. Cherchons d’abord le Royaume de Dieu et tout le reste nous sera donné en plus. Gratuitement.

Bien sûr, il est de notre devoir de bien gérer notre existence et de ne pas vivre comme un oiseau sur la branche. Mais en même temps, ne vivons pas comme si tout dépendait de nous et en rien de Dieu. Si les soucis que nous avons et qui sont légitimes, nous paraissent parfois insurmontables, n’est-ce pas parce que nous ne comptons uniquement que sur nos propres forces. Or, notre vie consiste à chercher le Royaume de Dieu et sa justice : travaillons donc beaucoup mais comme si tout dépendait de Dieu est en rien de nous. Et en même temps, faisons confiance totalement à Dieu dans l’abandon, comme si tout dépendait de notre bon usage de notre liberté.  Alors oui, dans ces conditions, on peut dire avec le Christ : « chaque jour suffit sa peine ».

Je résume. Travailler et en même temps s’en remettre à Dieu. Exercer notre liberté et s’abandonner à sa grâce car il est une mère pour chacun de nous. Calmes dans la confiance et la foi, dignes de confiance et tendus vers ce Royaume de paix et de justice à construire pour tous et pour la plus grande gloire de Dieu. C’est cela qui rend heureux.

 

6ème Dimanche du temps ordinaire - année A, 12 février 2017, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Si 15, 15-20 / 1Co 2, 6-10 / Mt 5, 17-37

 

"Dieu qui veut habiter les cœurs droits et sincères" il vient faire sa demeure en ceux qui gardent sa Parole. Saint Paul nous le dit à sa manière : nous sommes le temple du Seigneur. Mais comment garder un "cœur droit et sincère" ?

La 1ère lecture montre que Ben Sirac le Sage n'ignore pas le drame du péché ; mais il fait confiance à la Sagesse. Elle s'offre comme une mère à ceux qui sont disposés à accueillir son enseignement. Dieu nous a créés libres et responsables, et nous avons à choisir : d'un côté la vie en observant les commandements d’amour du Seigneur, de l'autre la mort, à cause de l'orgueil qui les rejette. Si l'homme est libre de ses choix, il n'est pas seul, livré à lui-même. Nous pouvons toujours compter sur la protection du Seigneur. Lorsque la mort physique n'a pu prendre qu'un corps accidenté, usé, vieilli ou malade, elle ne prend rien d'essentiel. Par contre, si elle s'empare d'une vie dominée par la haine, le mépris des autres, la recherche du profit, alors la mort est victorieuse. Elle humilie l'homme et sa liberté ; elle le tue deux fois ; elle prend tout. Beaucoup confondent la liberté avec l’absence de règles morales. Il est difficile de rester vraiment libres devant les séductions de l’argent, du plaisir et du pouvoir. La vraie liberté s’obtient par un combat de tous les jours contre nos tendances égoïstes.

Saint Paul nous invite également à faire "le choix de Dieu". "Ce qui est folie aux yeux des hommes est sagesse de Dieu". C'est dans cette sagesse que nous trouvons la vraie vie. Et c'est l'Esprit Saint qui fait de nous des adultes dans la foi, des êtres capables de dire non à l'esprit de domination. Choisir de suivre le Christ, c’est prendre le même chemin que lui, celui du service, du don de soi, de l'ouverture à Dieu et aux autres. C'est ce qui nous fait reconnaître disciples du Christ.

« Je ne suis pas venu abolir mais accomplir ». L'ancienne alliance était une étape dans la croissance de sainteté. Elle reste toujours valable, mais aujourd'hui nous sommes invités à aller plus loin : "On vous a ditMoi je vous dis…". Obéir à des commandements ne fait pas de nous des "justes", des personnes ajustées à Dieu. La pratique scrupuleuse d'un règlement ne suffit pas à rendre heureux. Il lui faut aussi de la solidarité, de l'amour. Avec le Christ, nous pouvons faire un pas de plus, davantage : « Si votre justice ne surpasse pas celle des anciens… ». Non seulement il faut être juste comme les pharisiens, mais en plus aimer votre frère comme vous-mêmes. L’amour du prochain transfiguré par le Christ. Nous sommes donc invités à choisir, non plus entre le bien et le mal, mais entre le bien et le meilleur, vers ce qui tend vers la sainteté de Dieu. Il n'est plus question d'obligations ou d'interdits. Ce que Jésus attend de nous c'est que toute notre vie soit remplie de l'amour qui est en Dieu : "Soyez parfaits comme votre Père du ciel est parfait !".

Certes, il n’a que Jésus qui peut aimer comme cela !". Il a pardonné à Zachée en le regardant dans son arbre et en s'invitant chez lui. Il n'a pas jeté la pierre à la femme adultère, mais il lui a donné la force de poursuivre sa route. Il a pardonné à Pierre qui venait de le trahir. Il a pardonné à ceux qui le faisaient mourir sur la croix. Il nous a révélé le véritable amour, celui de la brebis perdue ou du fils prodigue…

Ce chemin est exigeant. Que votre oui soit oui, que votre non soit non. Amen et oui, cela revient au même. Si l’on choisit Jésus, tout ce qui ne conduit pas à l’amour doit être abandonné. Si l’on dit Amen à Jésus, c’est cela seul qui compte. Jésus est le Seigneur. Dieu l’a ressuscité des morts. Nous savons qu’il a réussi en Christ. Il nous offre son Esprit Saint qui se déploie dans notre faiblesse pour avancer sur le chemin de son Amour. Toutes les lignes de l’Ancien Testament se rassemblent dans le Christ : c’est lui le fondement de notre Amen à Dieu. Nous n’avons qu’un seul oui, qu’un seul Amen, c’est Jésus lui-même.

3ème dimanche Ordinaire – Année A, 22 janvier 2017, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Is 8, 23b-9,3 / Co 1, 10-13.17 / Mt 4, 12-23

 

Voici le début de la vie publique de Jésus. Jean-Baptiste l’a baptisé, il vient d’être tenté dans le désert quarante jours et Jean-Baptiste est emprisonné. Des risques pour tous en cette période trouble. Jésus quitte alors Nazareth, le pays de son enfance et va sur les bords du Lac de Galilée, un véritable carrefour, un lieu d’échange, là où sont entremêlés les diverses religions, de nombreux étrangers et même les païens. Au cœur du danger. Et c'est là qu'il commence son ministère, sur la terre de Zabulon et de Nephtali. Pas à Jérusalem dite pieuse, mais aux frontières, aux périphéries, là où sont des étrangers. Jésus choisit Capharnaüm, ville douanière, étape sur la route de la mer, entre Damas et Césarée-Maritime. Ce sera "sa ville", son port d'attache, son centre de rayonnement.

C’est là que, 700 ans avant, les armées violentes assyriennes détruisent les terres de Zabulon et de Nephtali. Sur ces mêmes rives du lac de Galilée, la population est vaincue, dominée, puis traînée en esclavage. Isaïe console alors le peuple de Dieu en prédisant une grande lumière : la libération de cet esclavage. Ce qui s’est effectivement réalisé. Lumière des lumières, Dieu lui-même vient libérer son peuple.

Dans cet évangile, Matthieu reprend ce texte d'Isaïe. Une façon de nous dire que l'action de Jésus vient accomplir ce qui s’était préparé du temps d’Isaïe. Mais Jésus vient cette fois nous délivrer du véritable esclavage : le péché. “Convertissez-vous, car le Royaume de Dieu est là”. Il est à portée de main, accessible. Suis-je ouvert à recevoir une telle parole qui éclaire ma vie, qui transforme la petite étoile des Mages en une puissance lumière qui me sauve ?

Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu se lever une lumière...”, « tu as prodigué l’allégresse, tu as fait grandir la joie ». Or, cette lumière, c'est le Christ Jésus, le Royaume de Dieu parmi nous.

Oui, dans le chemin de notre propre histoire, nous pouvons constater que des lumières durables sont intervenues dans notre existence ; qu’il s’est opéré des passages des ténèbres à la lumière ; d’un zapping à une unité ; d’une vie sans relief à une vraie paix, une vraie joie -ce qui ne signifie nullement absence de soucis, voire d’événements graves à vivre, à porter, à assumer-.

« Le Royaume de Dieu est tout proche », « Jésus proclamait la Bonne Nouvelle du Royaume, guérissait toute maladie et toute infirmité dans le peuple ». Voilà ce que nous annonce le Christ dans son Evangile. Non seulement il l’annonce, mais il est en acte : c’est lui-même. Chaque fois qu’un malade retrouve la guérison, chaque fois qu’un pêcheur accueille le pardon, chaque fois que quelqu’un qui s’auto justifie se laisse ajuster à la vie de Dieu. Et si notre vie est une marche, une marche vers l’autre, une marche avec des projets, une marche vers l’inconnu, vers les frontières, de manière exposée, elle est aussi une attente active où nous nous laissons rejoindre par l’autre, par les événements, par Dieu également.

Oui, le Royaume de Dieu se fait proche. Il est lui-même la lumière dans nos ténèbres.

  • Là où nous ne pouvions pas rejoindre l’autre, un Autre nous a rejoints.
  • Là où nos ténèbres intérieures étaient un obstacle, une lumière s’est rapprochée pour éclairer notre regard et y donner à reconnaître Celui de Dieu.
  • Là où nous étions paralysés par nos peurs et nos doutes, par nos histoires relationnelles difficiles parfois, par nos blessures, là où tu étais enfermé dans tes filets mortifères, un autre que nous même t’invite à être pêcheur d’homme pour les libérer de les filets qui les enferment.
  • Là où tu étais paralysé, je te ferai délivrer les autres de leurs paralysies.
  • Là où tu étais aveugle et tu ne voyais pas la vie, je mettrai en toi une lumière pour éclairer ceux qui marchent dans les ténèbres.
  • Là où tu étais bloqué dans ta barque, je te mettrai au carrefour des nations pour être un passeur de frontières.
  • Là où tu étais à ton compte, je te ferai partager mon destin et ma mission.
  • Là où tu étais bloqué par ton passé, aussitôt tu te lèveras vers l’avenir que le Christ te propose.

Sur un seul regard qui relève, Jésus appelle : « Venez derrière moi. Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent ». En le suivant, on devient libres et joyeux : libres dans nos rapports aux biens, libres dans nos rapports aux autres, libres dans nos responsabilités. Libres pour témoigner de Celui qui, gratuitement, s’engage avec nous, pour inaugurer un tissu de relations plus vraies et plus lumineuses.

Solennité de la Vierge Marie – Année A, 1er janvier 2017, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Nb 6, 22-27 / Ga 4, 4-7 / Lc 2, 16-21

 

Chers sœurs et frères dans la foi, Bonne et Heureuse Année ! Une année qui se termine, et l’année 2017 commence, c'est l'occasion de jeter un regard sur le temps qui s'écoule et de voir comment nous l'employons. C'est un moment où nous avons l'impression de pouvoir arrêter le temps... ne serait-ce qu'un instant, pour bien le regarder et ouvrir notre avenir.

Nous savons bien que ce qui est définitif n'est pas limité au monde qui passe. Les biens du monde transitoire et passager ne sont pas notre seule raison de vivre. Si nous sommes rassemblés ici, en ce moment, c'est parce que nous sommes croyants. Ce qui nous attire ici, c'est la présence du Sauveur, une présence toujours neuve au cœur de nos vies.

Nous sommes donc venus rencontrer le Seigneur, le premier jour de l'année, pour lui dire encore notre attachement, notre foi. Car nous savons que le seul moyen de donner un sens à nos années, c'est de vivre le présent en présence de Dieu, de nous remettre chaque jour à la suite de Jésus, de nous laisser entraîner dans son sillage, afin d'être avec lui dans ce qui a poids d’éternité dans le monde qui passe.

Nous savons que la bénédiction pour les autres n’est jamais sans effet. Tout comme son contraire, la malédiction. Si tout est centré sur le Seigneur, c’est parce que tout bienfait vient de lui : Que le Seigneur te bénisse et te garde ! Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu'il se penche vers toi ! Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu'il t'apporte la paix ! En ce jour où nous nous souhaitons une bonne et heureuse année, il n’y a pas de beau souhait à formuler à ceux que nous rencontrons pour que Dieu nous garde à travers heurs et malheurs. Voilà notre raison d'être en paix. Et c’est le jour de l’année pour prier pour la paix.

Le 1er janvier, qu'on appelait autrefois la Circoncision, est aujourd'hui la fête de Marie, Mère de Dieu. Le texte de saint Paul aux Galates est le seul texte de Paul qui parle de Marie. Dieu a voulu faire de nous ses filles et ses fils. Il nous a choisis comme des enfants tellement unis à lui que nous pouvons l'appeler notre Père. “ Son Fils est né d'une femme… pour faire de nous des fils.” Ainsi, le Fils de Dieu, en devenant Fils de Marie, a fait de nous des filles et des fils du Dieu vivant.

Par elle s'accomplit le grand mystère du Dieu vivant dans notre chair, un Dieu venu partager nos espoirs, nos fatigues, nos limites physiques et même notre mort. C'est par le oui de Marie que Dieu est venu vivre dans notre chair, qu'il a partagé notre condition humaine en devenant notre frère, en partageant à son tour avec nous sa condition de Fils de Dieu. C'est par Marie, finalement, que nous sommes devenus filles et fils de Dieu “par une femme”.

C'est Marie qui accueille Jésus en notre nom. C'est elle qui reçoit le message de l'ange et qui dit oui aux projets de Dieu sur nous. Et par elle, nous sommes devenus sœurs et frères de Jésus, filles et fils de Dieu.

En célébrant l'eucharistie aujourd'hui, unissons-nous de plein cœur à la volonté même de Marie, qui a laissé grandir en elle le projet de Dieu. Que durant cette nouvelle année, nous disions aussi notre oui au Dieu vivant, comme elle a su le faire. En ce début de l'année civile, comme Marie qui méditait tout dans son cœur, nous demandons de quoi sera fait l'avenir. Gardons sa disponibilité et sa confiance. Si nous appartenons à Dieu, nous savons qu’il marche avec nous. Même dans les ténèbres, comme le dit le psaume 22, je ne crains aucun mal.

Jour de Noël - année C, 25 décembre 2016, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Is 62, 1, 1-5 / Ac 13, 16-17.22-25 / Mt 1, 18-25

 

Dieu s’est fait homme pour que, marchant derrière un homme, ce que nous pouvons, nous parvenions jusqu’à Dieu, ce que nous ne pouvons pas. C’est saint Augustin qui parle de la sorte.

« Au commencement était le Verbe ». « C’est lui, le Fils unique, lui qui est Dieu, lui qui est dans le sein du Père (de toute éternité). C’est lui qui nous l’a fait connaître ».

Les parents, les éducateurs, les enseignants le savent bien : celui qui ne se sait pas aimé a un immense handicap de départ pour aimer à son tour et être fécond dans sa vie. Celui qui se sait aimé, précédé dans cette vie donnée et reçue, peut devenir à son tour plus facilement fécond. Celui qui fait l’expérience d’être enfant, peut devenir plus facilement parent.

Et voilà qu’en ce jour très saint, Dieu se fait Enfant. Il nous dit ce qu’est être enfant de Dieu pour que nous le soyons vraiment ; même si dans nos engendrements humains nous souffrons de ne pas l’être pleinement. Dieu se fait Enfant pour que nous soyons enfants de Dieu et nous le sommes vraiment.

Un Enfant qui naît dans les ténèbres d’une pauvre crèche pour être la lumière du monde.

Un Enfant qui ne peut pas manger du pain et qui est le pain de la vie.

Un Enfant qui ne sait pas marcher et qui est le chemin.

Un Enfant qui ne sait pas parler et qui est le Verbe éternel, la Parole de Dieu.

Un Fils unique pour que nous soyons uniques aux yeux de Dieu.

Un Enfant qui ne sera pas reçu par les siens parce qu’il est la Vérité.

Un Enfant pauvre pour nous combler de sa richesse divine.

Un Enfant qui se laisse aimer pour nous révéler l’amour de son Père pour les bons comme les méchants.

Un Enfant qui va transfigurer la Loi de Moïse en gratuité de l’Amour de Dieu.

C’est une joie immense que cette fête. Ecoutez la voix des guetteurs : tous ensemble ils crient de joie car tous les lointains de la terre ont vu le salut de Dieu. Tout ce qui est éloigné, même en nous, de nous, des autres, de Dieu, toute notre existence voit le salut de Dieu, le bonheur d’un Dieu qui vient Lui-même pour éclairer nos ténèbres et nous révéler notre véritable identité de fils et de filles de Dieu. Saint François dira que c’est la plus grande fête de l’Année liturgique car tout est déjà dans cet Enfant comme le développement de la plante et son fruit sont déjà entièrement dans son germe. Le reste n’est que déploiement logique de ce qui est déjà là. En lui est la vie et la véritable existence d’un Enfant de Dieu vient le lui. Rien de ce qui existe n’existe sans lui et ne se fait sans lui.

Comme ils sont beaux les pas du messager du Verbe fait chair ! Comme ils sont beaux les gestes de celui qui rend témoignage de celui qui vient dans le monde ! Comme ils sont heureux ceux qui naissent de Dieu, de cette vie donnée gratuitement par Dieu, reçue gratuitement par nous. Comme ils sont heureux quand ils la redonnent gratuitement à leurs proches, et à ceux qui sont si loin de notre Dieu qui nous aime ! Oui, comme ils sont beaux ces enfants de Dieu qui deviennent des messagers de cette Bonne Nouvelle qui jamais n’aurait pu être découverte par l’intelligence humaine, ni même pressentie, tant elle est inouïe, c’est-à-dire, jamais entendue, parce qu’aucune volonté d’homme ne pouvait prévoir. Cette Bonne nouvelle est devenue abordable pour tant hommes éloignés de leurs centres, jusqu’à faire pleurer et craquer le plus grand des meurtriers et l’émouvoir pour qu’il vienne à son tour adorer le Fils de Dieu dans la crèche de sa vie.                     

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